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entre Soukoum et Trébizonde, une erreur d'un demi-degré.

Nous passâmes ensuite devant Ilori. Cette ville et Kelassaour sont placées au bas d'un très-beau coteau, derrière lequel on aperçoit deux chaînes de montagnes, dont la seconde est en partie couverte de neiges : elles sont dominées par la haute cime de l’Elbourous.

Le lendemain de bonne heure nous nous trouvâmes devant Anagri , l'une des colonies de l'antique Héraclée, du royaume de Pont. Ce port est situé à l'embouchure de l’Agis et de l'Ingour, et faisoit autrefois avec Trebizonde et Constantinople un commerce assez considérable, dont la vente des esclaves formoit le principal aliment.

La pêche de l'Ingour, rivière très-poissonneuse, étoit autrefois entre les mains de quelques marchands turcs, et formoit un des revenus principaux des rois de Mingrelie. On pêchoit dans cette rivière beaucoup d'esturgeons, de saumons, de soudags et des harengs d'une petite espèce, mais d'un très-bon goût. On y pêche aussi, et sur toute la côte , depuis Soukoum jusqu'à l'embouchure du Phase, un poisson assez rare et recherché dans la Méditerranée, et connu sous le nom de céphalo. C'est avec ses eufs qu'on fait la sorte de caviar, auquel on donne le nom de poutargue. Pour le conserver, on l'enduit de cire, et dans cet état il peut être envoyé jusque dans l'Inde.

Depuis que l'insurrection des Grecs et le départ du baron de Strogonoff de Constantinople ont fait craindre au divan une guerre contre la Russie, les marchands et les pêcheurs turcs ont momentanément cessé de venir à Anagri et à Redoute-Kalé, où d'ailleurs on les fatiguoit depuis deux ou trois ans par des mesures de quarantaine, auxquelles ils n'étoient pas accoutumés, et que leur ignorance et leur fatalisme leur faisoient considérer comme une tyrannie (1)...

J'ai regretté de n'avoir pu descendre à Anagri. On assure que l'embouchure des deux rivières qui s'y jettent offre un port de refuge commode pour les petits bâtiments de commerce tirant cinq à six pieds d'eau. Anagri a été abandonnée depuis deux ans par les Russes, comme un poste inutile, et cependant les troupes placées sur ce point rassuroient entièrement le commerce contre les incursions que les Abazes pourroient faire sur la droite de la Khopi.

Une heure après avoir passé devant Anagri,

(1) Depuis la fin de 1823 ils ont reparu à SoukoumKalé.

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la frégate jeta lancre à trois werstes de RedouteKalé. Le fond de cette rade est bon, et l'eau y est profonde; mais comme elle est ouverte et n'est abritée que par des caps éloignés, elle ne présente pas une sûreté suffisante dans les grandes tempêtes qui ont lieu en hiver.

Après avoir salué la forteresse, le capitaine fit mettre sa grande chaloupe à la mer, et je m'y embarquai avec lui. La nuit précédente, le vent avoit été violent, et la lame étoit encore très-forte. La vitesse des courants, qui du Phase et de la Khopi portent toujours au nord, avoit été augmentée par la quantité d'eau tombée des montagnes, à la suite de nombreux orages survenus depuis quelques jours, et qui, ayant formé de nouveaux bancs à l'embouchure de la Khopi, en rendoient l'entrée très-difficile. Les efforts réunis de douze matelots robustes et l'élite de l'équipage avoient peine à rompre la lame, et peu s'en fallut que nous ne manquassions la passe. L'inquiétude du capitaine se manifestoit par des actes de violence auxquels il n'étoit pas accoutumé, et que déterminoit le danger que nous courions. Enfin un redoublement d'efforts fut couronné du plus heureux succès, et nous ne tardâmes pas à nous trouver dans la Khopi vis-àvis de l'entrée de la forteresse.

J'y rencontrai le général-major prince Pierre Gorstchakoff, dont j'avois fait la connoissance à mon premier voyage en Géorgie, et qui m'avoit accueilli avec tant de bonté. Gouverneur de l'Immirette, où son caractère à la fois bienveillant et ferme lui a mérité l'estime et l'attachement de ses administrés, chargé de la surveillance de la Mingrelie et de l’Abazie, il venoit à Redoute-Kalé avec un détachement de deux cents hommes réclamé comme secours par le prince des Abazes, pour s'embarquer à bord de la frégate qui nous avoit amenés de SoukoumKalé.

J'ai parlé tout à l'heure des difficultés que présentoit l'entrée de la Khopi : lorsque des travaux hydrauliques, indiqués par les localités, seront exécutés avec soin et intelligence, ils la débarrasseront des bancs qui en obstruent l'embouchure, et dirigeront hors de la passe les sables que la rivière charrie à la suite des orages si fréquents dans cette contrée.

La Khopi formera alors le port le plus sûr et le plus commode de la mer Noire pour les bâtiments de commerce, puisqu'elle a, sur une longueur de plus de quatre werstes (une lieue), de quinze à dix-huit pieds de profondeur, et que ses bords sont à pic, de manière que le charge

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ment et le déchargement des navires se font avec la plus grande facilité..

La Khopi parcourt, ainsi que le Phase, la longue plaine de la Mingrelie; mais elle a beaucoup moins de rapidité, ses sources étant placées dans des montagnes peu élevées, comparativement aux hautes chaînes du Caucase, qui fournissent au Phase ses premières eaux.

La distance en ligne directe de la Khopi à la mer est à peine de soixante-dix werstes, et ses sinuosités sont telles, qu'on évalue son cours å. plus de cent werstes. Nous l'avons remontée dans un canot jusqu'à l'habitation d'un prince mingrelien, du nom de Djayan, qui n'est qu'à vingt werstes de Redoute, et, dans ce court espace, nous avons compté cinquante-huit bassins bien distincts, qui, rompant continuellement l'effet du courant, contribuent à l'extrême limpidité de ses eaux. La Khopi, près de son embouchure, surtout dans les temps de grandes pluies, s'élève de quatre à cinq pieds, inonde une partie des campagnes, et entraîne avec elle une grande quantité d'arbres et de terre, mais très-peu de pierres, le sol entier de cette riche plaine étant composé d'argile, de bonne terre végétale et de sable.

A environ une werste de l'embouchure de la

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