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espèce portoient le nom de Jason. S'il n'en reste plus de traces, c'est que Parménion, pour plaire à Alexandre qui craignoit que sa gloire ne fût éclipsée par celle du chef des Argonautes, en ordonna la destruction, ainsi que celle du culte de Jason, qui avoit subsisté long-temps parmi les Barbares (1). Tac te et Trogue Pompée assurent que Jason fit un deuxième voyage dans la Colchide, et que, dans cette circonstance, il assigna et distribua les terres conquises aux peuples qui l'avoient suivi, et qu'il fonda des colonies sur le Phase et dans l'intérieur, afin de protéger dans un pays barbare les relations de commerce des Grecs avec les peuples de l’Asie.

Sinope passe pour avoir été fondée par les Argonautes. Dioscurias devoit son origine aux cochers de Castor et Pollux, connus sous le nom de Dioscures; et, de nos jours, un cap sur la côte de la Natolie, indiqué par M. de Beauchamp, porte encore le nom de Jason. Enfin, les Albaniens des bords de la mer Caspienne, les Ibériens et un grand nombre d'habitants de l'Arménie prétendoient descendre des Grecs, qui avoient suivi ce héros, et peut-être les traits réguliers

(1) Voyez l'Histoire critique des Colonies Grecques, par M. Raoul-Rochette.

de ces peuples sont-ils des preuves vivantes de cette noble origine, et bien autrement sûres que les inscriptions et les monuments qui nous manquent (1). Au surplus, qu’on croie ou non à un événement célèbre, sur lequel le savant M. RaoulRochette a accumulé tant de preuves; qu'on n'ajoute aucune foi à l'existence de cette colonie d’Egyptiens qui, au temps de Sésostris, porta , dit-on, à l'embouchure du Phase l'art de cultiver le lin et d’en tisser des toiles, on n'en restera pas moins étonné qu'un pays entouré de tant de célébrité, un pays qu'on supposoit renfermer des mines d'or, un pays long-temps soumis au grand Mithridate, et qui, pendant plusieurs siècles, a fait partie de l'empire romain, qui a été un des passages les plus fréquentés, comme le plus court pour se rendre en Perse, que cette

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(1) Dans le Poëme des Argonautes d'Appolonius de Rhodes, traduit par M. Caussin, il est dit, en parlant de l'arrivée de Jason dans le Phase : « En entrant dans le » fleuve, les eaux écumantes, à cause de la barre, cédoient » aux coups de la rame; à gauche, le Caucase et la ville » d'Æa; à droite, une forêt consacrée à Mars; le navire » avance dans un marais couvert de joncs. » Enfin, il y parle des platanes qu'il y voit, etc.

Si on vouloit aujourd'hui décrire le pays, on ne pourroit le faire avec plus d'exactitude. Seulement, on ne voit aucunes traces, ni de la ville d'Ea, ni de celle de Phasis, qui en étoit proche.

contrée, dis-je, ait toujours été la moins connue et la plus barbare de l’Asie.

Son territoire fertile, propre à toutes les cultures pratiquées en Europe, à toutes celles de l'Asie, est encore couvert de forêts, comme la Germanie au temps de Tacite. Le Phase, la Khopi, l'Ingour traversent toute la Mingrelie, et vont se jeter dans la mer, sans que les habitants aient jamais su tirer parti de ces fleuves pour la navigation. Enfin, la Providence s'est plu à faire naître dans toute l'ancienne Colchide les plus belles femmes connues, et elles n'ont jamais été pour les peuples de cette contrée qu'un objet de trafic ou de tribut.

Le commerce, depuis plusieurs siècles, a fui une terre où il auroit pu être favorisé par les plus riches et les plus nombreuses productions.

En présentant le tableau des ressources de l'ancienne Colchide et de sa longue misèré, je n'ai pas oublié que son sort étoit celui de toutes les contrées où l'on suit la religion de Mahomet, de tous les pays chrétiens soumis long-temps aux Musulmans. Ses princes ou rois, toujours tributaires des Turcs, ont cherché dans leur pauvreté même un moyen de mettre des bornes aux contributions qu'on exigeoit d'eux, et les forêts sont devenues leur refuge contre l'oppression.

Le Phase a un quart de lieue de largeur au fort de Rionskaïa. Un peu plus loin, il se divise en deux bras, que sépare une petite île couverte de bois, aujourd'hui inhabitée, et sur laquelle on voyoit, il y a quelques siècles, les restes d'un temple consacré à Cybèle. Sur la gauche du Phase, est placée la forteresse de Poti. Sa possession par les Turcs prive la Russie de la navigation de ce fleuve.

Le prince Gortschakoff avoit proposé au général en chef de donner une nouvelle déviation au Phase, en lui ouvrant un canal qui du fort de Rionskaïa, devoit se rendre directement à la mer, et l'exécution de ce projet paroissoit d'autant plus facile, que de cette forteresse à la mer on ne compte que quatre werstes, tandis que de ce point à l'embouchure actuelle on en compte près de douze.

Ce plan avoit été agréé, et déjà on avoit donné les ordres nécessaires pour s'assurer du nivellement et des moyens d'exécution ; mais comme on a reconnu que les travaux à faire présenteroient beaucoup de difficultés, et qu'on a craint qu'ils n'exposassent le pays aux inondations, on paroît y avoir renoncé.

Ce qui semble beaucoup plus prompt et plus sûr que la déviation du Phase, seroit la jouissance de sa navigation jusqu'à la mer, en débarrassant son embouchure de la barre qui en obstrue l'entrée; mais il est difficile de croire que la Turquie consente jamais à la rétrocession de Poti, et jusque-là l'entrée de ce fleuve sera interdite aux bâtiments chrétiens.

Un peu plus loin, la Turquie possède Batoum: c'est un port commode, et dans lequel des navires de trois cents tonneaux sont à l'abri de tous les vents. Malheureusement ce port n'est d'aucune utilité pour les Européens, ni même pour les Turcs, le pacha qui y commande se considérant comme indépendant, et ayant donné refuge sur son territoire à tous les fugitifs de la Géorgie et des provinces voisines jusqu'au Caucase.

Par les détails que j'ai donnés sur la côte de la mer Noire, depuis Anapa jusqu'au Phase, il est facile de voir que lorsque le gouvernement de la Russie aura pris les mesures propres à déterminer la pacification des montagnards, alors la navigation entre l'Europe et l'Asie sera favorisée par deux baies vastes, commodes et sûres, celle de la Pitzunda et de Soukoum-Kalé, et par deux rivières, l'Ingour et la Khopi.

Entre ces divers points si commodes, non-seulement pour la sûreté des bâtiments, mais pour leur construction et leur radoub, et la côte de

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