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la Russie méridionale et de la Natolie, il y aura alors une navigation suivie qui contribuera puissamment à la prospérité réciproque de ces diverses contrées.

Depuis deux ans le gouverneur de l'Immirette a donné des ordres pour pratiquer un chemin de halage, tantôt sur la droite, tantôt sur la gauche du Phase. Ce travail est très-avancé. Lorsque le commerce prendra une grande extension dans ces contrées, il deviendra nécessaire d'établir une levée à l'un des côtés du Phase, et de préférence sur la droite du fleuve, afin que le halage ne soit jamais interrompu. Ainsi, on mettra le pays à l'abri des inondations qui surviennent après les orages. C'est alors que les eaux détachent des morceaux de rochers, des masses de cailloux et des arbres de toule espèce, qui, parvenus à la mer, sont entraînés par le courant, qui porte toujours au nord. Ils couvrent la grève de leurs débris, et indiquent aux minéralogistes une partie des richesses que recèlent les montagnes où le Phase prend sa source.

Nous nous trouvions dans la rade de Soukoum-Kalé au moment d'un orage; le capitaine de la frégate nous dit en riant que le lendemain il feroit sûrement sa provision de bois; et, en effet, il arriva du côté de la Khopi et du Phase

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une si énorme quantité de bois de chêne, de hêtre, de noyer et de châtaignier, qu'il en put rassembler au-delà de ses besoins.

· Rien de plus varié que les pierres et les cailloux dont le rivage est couvert sur une assez grande profondeur. Ceux que l'on trouve près de la forteresse de Redoute-Kalé proviennent en grande partie du Phase.

Parmi les porphyres, nous distinguâmes le beau rouge oriental, un bleu tacheté de jaune, un autre tacheté de rouge et de blanc, et quelques autres belles espèces. Dans les granits, on trouve du rose foncé, du rose pâle, du gris, du noir et du bleu; le mica n'y est que foiblement entremêlé. Nous y vîmes du basalte noirâtre de la plus grande beauté. Parmi les albâtres, il y en avoit de blancs et de jaunes plus ou moins foncés. J'y ai ramassé du marbre statuaire aussi blanc que celui de Carrare, un autre marbre blanc presque transparent, du rouge foncé, du rouge clair et du rouge tacheté de vert; enfin, des morceaux de mine de cuivre, de fer, de plomb, de charbon végétal, et du jaspe très-beau.

Lorsque nous nous trouvions à Redoute-Kalé au mois de mai 1824, nous aperçûmes sur la côte, à la gauche de la Khopi, sur une longueur de plus d'une lieue, une traînée de naphte noir

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très-épais, que la mer avoit jeté sur ses bords. Le lendemain, nous fimes la même observation à la droite de la Khopi, jusqu'à une demi-lieue de Redoute. Cette substance ne pouvant provenir des puits si abondants de naphte qu'on trouve près de Bakou, sur la mer Caspienne, et dont je parlerai ailleurs, puisqu'elle supposeroit alors une communication souterraine à deux cents lieues de distance, provenoit sans doute des sources qu'on trouve près de Taman et de Yeni Kalé, c'est-à-dire sur les deux côtés du détroit (1).

A environ une werste sur la gauche du Phase, on trouve le Gouriel, gouverné par un prince soumis à la Russie, ou du moins son tributaire. Son pays est remarquable par la fertilité des terres et la beauté de la végétation; mais il est, comme la Mingrelie et l'Immirette, entièrement couvert de forêts, au milieu desquelles on rencontre de magnifiques pâturages et quelques portions de terres cultivées. Presque toutes les habitations sont placées sur des plateaux d'où on domine sur le pays, et où on jouit d'un air plus salubre que dans les plaines.

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(1) A notre premier voyage à Redoute-Kalé, en juin 1822, nous restâmes près d'un mois dans cette forteresse, et nous ne vîmes aucune trace de naphte.

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J'ai déjà dit que la forteresse de Saint-Nicolas, sur la côte du Gouriel, avoit été abandonnée depuis 1820 par les Russes : ils occupent deux autres positions dans cette principauté, afin de la garantir contre les incursions des Turcs d’Akhaltzikhe.

Le souverain du Gouriel est très-disposé à adopter les usages et les coutumes des Européens. Il admire et desire les produits de leur industrie, et, sans aucun doute, il est un de ceux qui favorisera le plus leurs relations de commerce. Il a même déjà donné quelques terres et des familles d'esclaves à un Anglais, M. Marr, qui y est établi avec sa femme (née Espagnole), et qui devoit essayer d'y cultiver l'indigo.

Qu'on me.permette, au milieu de mon aride description, de citer sur ce prince une anecdote récente, qui rappelle celle dont Chardin fait mention. De son temps, un ambassadeur de Mingrelie étoit arrivé à Constantinople avec une suite de deux cents esclaves qu'il vendoit à mesure de ses besoins; en sorte que, quand il partit, il ne lui restoit que trois ou quatre domestiques. Malgré la gravité de son caractère, il avoit conservé les goûts et les manières des peuples sauvages et des enfants : un jour, ayant acheté une petite trompette, il en joua, en

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marchant, depuis le bazar jusqu'à sa demeure.

Le prince de Gouriel, dont les goûts paroissent se rapprocher de ceux de l'ambassadeur Mingrelien, a été tellement émerveillé d'une représentation que lui ont donnée, le printemps dernier, des sauteurs allemands, qu'il leur a fait concession de quelques arpents de terre et de cinq familles d'esclaves, à condition que, trois fois par semaine, ils viendroient faire leurs sauts devant sa cour, et qu'ils enseigneroient à quelques-uns de ses esclaves à danser sur la corde.

Le peuple du Gouriel parle la même langue, a les mêmes usages et les mêmes moeurs que celui qui habite la Mingrelie. Ces moeurs, sans être très-sévères, ne sont pas, à beaucoup près, aussi dissolues qu'au temps de Chardin, et le caractère de ce peuple s'est beaucoup amélioré.

On cultive dans le Gouriel la vigne, le maïs, le millet, le tabac, un peu de coton, et on y recueillie aussi un peu de soie. Les cotons et les soies servent à la consommation du pays, et ne sont pas assez abondants pour être comptés parmi les marchandises d'exportation. . .

On y récolte également une grande quantité de cire et de miel. Ce dernier est de deux sortes : l’un comparable aux meilleurs miels de l'Italie;

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