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l'autre enivrant, qualité qu'on attribue aux fleurs du rhododendron, dont les abeilles se nourrissent dans les parties élevées où cet arbrisseau est abondant.

Xénophon, dans sa retraite des dix mille, lorsqu'il traversoit le pays qui avoisine la Colchide, fait mention de ce même miel enivrant.

Avant de clore ce chapitre, j'opposerai à cette longue description celle que Strabon nous a laissée sur cette contrée.

Ce célèbre géographe dit qu'en partant de Corocondama, aujourd'hui Taman, la navigation se dirige au levant, et qu'au bout de cent quatre-vingts stades, on trouve le port et la cité Sindique, que Danville croit reconnoître dans Soudjouk-Kalé.

Jusqu'ici cette description est conforme à la direction de la côte, et il ne peut y avoir aucune erreur.

Il ajoute ensuite : Quatre cents stades plus loin, on trouve le port de Bati, que le voyageur Chardin, et, d'après lui peut-être, le traducteur de Strabon, ont considéré comme étant le port de Batoum, situé à cent quinze werstes d’Akhaltzikhe. Un simple examen de la côte auroit suffi pour ne pas entraîner dans une pareille erreur deux hommes aussi instruits.

En effet, Strabon, continuant de Bati sa description, indique d'abord le Grand-Pytus (la Pitzunda), puis Dioscurias, et enfin l'embouchure du Phase. Or, puisque le port de Batoum ne se rencontre sur la côte qu'après avoir passé ce fleuve, et qu'il est situé sur så gauche, il n'auroit jamais dû être confondu avec le Bati de Strabon, indiqué entre Soudjouk et le GrandPytus, dont Batoum, en ligne droite, est éloigné de plus de deux degrés. L'erreur est d'autant plus remarquable, que Strabon dit que Bati est placée vis-à-vis Sinope, comme le Crimotonpon (ou tête de bélier) l'est vis-à-vis du cap Carampis, sur la côte de la Natolie, position qui ne convient qu'à un des petits ports entre Mamaï et le défilé de Gagra.

Si je me suis livré à cette digression, c'est que cette confusion de lieux rendoit inintelligible la description de Strabon.

A l'égard des peuples qui habitent la côte que je viens de décrire, ce géographe place d'abord les Achæi, qu'il considère comme une colonie amenée par Jason, sans doute dans son second voyage. Il parle ensuite des Zigi ou Zichi, qu'il croit originaires du pays des Pelasges, et suppose qu'ils ont pu être associés à l'expédition des Argonautes, ou y être venus antérieurement, Ils occupoient la côte de la Circassie, dont les habitants ne se connoissent aujourd'hui que sous le nom d'Adighi. Plus loin, on trouvoit les Tindarides et les Hénioques, qu'il croyoit une colonie lacédémonienne amenée par Amphystus et Becas, cochers des Dioscures. Enfin, sur toutes les côtes de la mer Noire, on trouvoit des colonies Grecques.

Les Grecs, privés d'industrie manufacturière, et occupant une terre sur plusieurs points stérile et resserrée, étoient forcés, tous les ans, de se débarrasser d'une jeunesse dénuée de ressources, agitée, turbulente, avide de gloire et de richesses, et qui dès-lors étoit obligée d'aller chercher des terres dans quelques parties non habitées de l'Asie, ou dont la population étoit foible, proportionnellement à son territoire.

Une pareille émigration, à laquelle on donnoit le nom de ver sacrum (le printemps sacré) n'étoit entachée d'aucun sentiment d'usurpation et d'injustice. On sentoit, dans ces temps anciens, que le premier devoir des gouvernements étoit de pourvoir à l'existence du peuple, et toute invasion qui n'avoit qu'un tel but étoit considérée comme légitime.

Aussi, dans toutes les parties de la Grèce, les hommes les plus recommandables, les plus dis

tingués par leur courage, par leurs talents et leurs vertus, s'empressoient de se mettre à la tête d'une jeunesse pleine d'ardeur, de la conduire et de la diriger. Parmi les fondateurs des villes de l'Italie, d'origine Grecque, on trouve quelques-uns des héros célébrés par Homère.

Les colons étoient-ils plus foibles que le peuple chez lequel ils descendoient, quelquefois on les forçoit de se rembarquer; le plus souvent on les adjoignoit à la population existante, on leur distribuoit des terres incultes, et ils ne formoient bientôt qu'une même nation ; les colons étoientils plus forts, plus belliqueux, plus nombreux que le peuple attaqué, souvent ils lui imposoient leurs lois, la forme de leur gouvernement, et quelquefois lui faisoient adopter leurs moeurs et leurs usages. C'est là ce qui explique les mots étrangers dont presque toutes les langues fourmillent, et ils donnent souvent les moyens de reconnoître l'origine des colonies, et quel a été, sur tel ou tel point du globe, le peuple civilisant ou le peuple civilisé (1).

Ainsi, dans la langue des Abazés, pauvres,

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(1) Tous les établissements que les Européens ont formés dans l'Inde pendant le seizième et le dix-septième siècles se sont fondés presque de la même manière que les colonies Grecques dans les temps anciens.

dans un état d'abjection, et vivant de brigandage, on ne trouve ni le mot honneur, ni aucun de ceux qui expriment les sensations et les passions des âmes élevées et grandes. Mais si jamais une nation européenne se chargeoit du noble emploi de civiliser ce peuple, et venoit y porter les arts et l'industrie, dans quelques siècles la simple inspection des mots qui exprimeroient des objets d'arts ou des sentiments élevés, serviroit à indiquer la nation à laquelle seroit dû un tel bienfait.

Pour donner plus de force à cette observation, je citerai un exemple curieux et récent qui n'a peut-être pas été assez remarqué par ceux qui ont étudié la langue russe, qui, comme la langue anglaise, prend souvent dans les idiomes étrangers les mots qui lui manquent pour exprimer des choses nouvelles pour elle. Dans la langue russe, tous les mots de marine et de commerce sont hollandais, parce que c'est en Hollande que Pierre-le-Grand a appris l'art de la construction et de la navigation, et que c'est avec cette nation industrieuse qu'il a établi ses premières relations de commerce. Les noms d'animaux de basse-cour et d'instruments aratoires sont allemands : des cultivateurs de la Courlande, de la Livonie et de l'intérieur de l'Allemagne,

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