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particulièrement sur des tilleuls de vingt à vingtcinq pieds de circonférence, qui nous rappelèrent ceux qu'on trouve encore devant beaucoup d'églises de village en France, et dont la plantation remonte au temps de Sully, ce protecteur si zélé de notre agriculture.

Je ne dois pas oublier un magnifique cerisier, arbre dont la végétation est si lente, et qui, portant quinze pieds de tour à cinq pieds de terre, s'il n'étoit pas contemporain de ceux dont Lucullus, lors de son expédition dans le royaume de Pont, enrichit les vergers de l'Italie, attestoit du moins, par son état sauvage et sa haute antiquité, que cette espèce est indigène dans ces contrées.

Partout la Khopi, au milieu de ses nombreuses sinuosités, présentoit des bassins magnifiques et d'admirables points de vue. A plus de vingt werstes de son embouchure, ce fleuve est encore très-profond, et navigable pour les gros bâtiments. On n'y aperçoit cependant que quelques cayouques chargées de briques et de tụiles qu'on fabrique près du monastère de Khopi, pour le service de la couronne. On y rencontre aussi quelques trains de bois de charpente et de chausfage. L'argile dont les briques sont formées est de bonne qualité, mais elles

sont mal faites et mal pétries. Elles ont huit pouces de longueur sur sept pouces dix lignes de largeur, et seulement un pouce quatre lignes d'épaisseur : c'est la forme de toutes les briques de l’Asie , de celles qui ont servi à la construction des plus anciens monuments dont les ruines nous restent.

Dans les forêts que nous parcourions pour nous rendre à Khorga, des ceps de vigne d'une grosseur démesurée entouroient les plus grands arbres, et s'étendoient jusqu'à leur cime. Le houblon et une espèce de lierre dont la feuille est excessivement large, se faisoient remarquer au milieu des nombreuses lianes qui enlaçoient les arbres, et qui, s'étendant d'une plante à l'autre, rendoient ces forêts presque impénétrables.

Nous avions, à quelques werstes de RedouteKalé, rencontré un jeune Mingrelien de dix à douze ans, qui avoit suivi constamment notre voiture jusqu'à la porte de Khorga, où nous arrivâmes à midi, et où nous nous arrêtâmes pendant deux heures, pour laisser rafraîchir nos chevaux; je lui donnai alors quelques paras, et le fis déjeuner. .

Lorsque nous nous remîmes en route, il continua à nous suivre. Mon interprète lui ayant demandé où il alloit, il lui répondit qu'il se rendoit au monastère de Khopi, habité par sept ou huit moines qui y vivent dans l'aisance; qu'il étoit frère d'un pope (prêtre) qui demeuroit dans le même monastère; mais que, son père étant mort, il ne tenoit plus au pays, et que, si je voulois l'emmener avec moi, il me serviroit avec fidélité. Il ajouta qu'il savoit écrire le géorgien; que, dans son pays, il ne sortiroit jamais de son ignorance, et qu'il desiroit voyager pour acquérir de l'instruction. Il étoit difficile de voir une figure plus régulière et plus intelligente que celle de cet enfant; et ce qui nous surprit davantage, étoit son air d'aisance au milieu des gestes expressifs qui indiquoient une entière soumission.

Je lui fis répondre que, quand il me conviendroit de l'emmener, je ne pouvois le faire sans le consentement de son frère, qu'il n'avoit pas le droit d'abandonner; et j'ajoutai que, plus tard, lorsque j'aurois obtenu sur son compte des renseignements favorables, je pourrois le faire demander à sa famille. Il nous quitta alors, en me témoignant le plus vif regret de mon refus.

Je ne cite ce fait que parce qu'il prouve avec quelle facilité, dans toutes ces contrées où la vente des esclaves avoit lieu de temps immémorial, les enfants se séparoient de leur famille et de leur patrie. Dès leur plus jeune âge, on entretenoit les garçons de la gloire et des richesses qui les attendoient à Constantinople et en Egypte, où, avec les Circassiens et les Géorgiens, ils formoient, comme je l'ai déjà dit, la milice des mamelouks. Les jeunes filles, à leur tour, entendoient sans cesse parler des plaisirs et du bonheur qu'elles ne pouvoient manquer de trouver dans les harems où elles seroient placées.

Il étoit deux heures lorsque nous partîmes de la poste de Khorga pour nous rendre à celle de Sakharbet, qui en est à vingt werstes (cinq lieues). Le relai ne compte cependant que pour dix-sept; et comme nous étions dans les plus longs jours de l'année, nous nous attendions à arriver bien avant la nuit.

Pendant les sept premières werstes, et jusqu'à la hauteur du monastère de Khopi, nous trouvâmes un chemin passable. Sur ce point, deux routes se présentoient : l'ancienne, sur la droite; la nouvelle, sur la gauche. Ici les cosaques qui nous escortoient s'arrêtèrent, et dissertèrent long-temps avec nos postillons. Ils convenoient, les uns et les autres, que les deux chemins offroient des obstacles presque insurmontables au passage d'une voiture, d'autant que, depuis six heures, la pluie tomboit par torrent, et dégradoit de plus en plus les chemins. La vieille route étoit montagneuse, disoientils; la nouvelle étoit plus courte, mais elle étoit à peine défrichée, et ils craignoient qu'elle ne fût pas praticable : cependant, pour notre malheur, ils donnèrent la préférence à cette route qui avoit été faite avec une grande précipitation et peu de soin.

Dans les parties basses, où la boue étoit d'ordinaire la plus épaisse, on avoit placé des rondins plus ou moins gros; mais comme on ne les avoit pas réunis et fixés, à tout moment ils présentoient à nos chevaux hors d’haleine des obstacles difficiles à vaincre. En vain, pour nous aider à sortir de ce mauvais pas, nos cosaques avoientils successivement mis en réquisition , d'une manière un peu brutale, tous les Mingreliens qui passoient sur la route : les efforts de trente d'entre eux, réunis à ceux des chevaux et des cosaques eux-mêmes, n'obtenoient aucun succès. Enfin, après deux heures de tentatives inutiles, il fallut se résoudre à enlever tous les rondins qui couvroient la route, à les jeter de côté, et à passer au travers de la boue. Mais ici il survint une autre difficulté : les Mingreliens qui pouvoient se soustraire à la surveillance des

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