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fleuve, les Russes ont bien vengé la malheureuse campagne de Pierre-le-Grand, et le traité désastreux qui recula de près d'un siècle les établisse

gable, et ainsi on éviteroit les sinuosités de la rivière et une grande perte de temps.

Enfin le bâtiment arriva à Mayaka : c'est le lieu d'où on voudroit détourner le Dniester pour en faire arriver l'embouchure par un nouveau lit de dix lieues de longueur dans le Liman, ou lac d’eau salée.

Le pays que traverseroit alors ce fleuve est plat, et ne présenteroit aucune difficulté, comme on a pu en juger par les fouilles que le prince Potemkin a fait faire il y a plus de trente ans, et qui procurèrent la découverte de quelques vases, statues et puits revêtus de marbre.

Si nous déduisons du temps employé par ce navire pour descendre le Dniester, les séjours et retards occasionnés par divers obstacles, nous trouvons que sa navigation n'a employé que quinze jours.

Ce bâtiment repartit d'Odessa le 27 juin, et mit cinquante-neuf jours pour remonter le fleuve.

En 1804, quatre-vingt-quinze navires de plus petites dimensions, avec leurs chargements complets, sont également descendus jusqu'à Mayaka.

Depuis lors, cette navigation a été presque entièrement abandonnée. Il seroit cependant facile à la ville d'Odessa de se procurer par cette voie des bois de chauffage et de construction, et même des charbons de terre, si, comme on me l'a assuré, il en existe des mines abondantes et d'une très-bonne qualité sur les bords du Dniester.

Je ne me suis étendu sur la navigation de ce fleuve que parce qu'elle est liée intimement au commerce du continent de l'Europe avec l'Asie par la mer Noire, et qu'elle

ments formés par la Russie sur la mer Noire (1). Le Pruth prend sa source dans les monts Karpathes, non loin de Lemberg. Après avoir traversé la Moldavie dans toute sa longueur, il vient se jeter dans le Danube, près de Galatz. On trouve dans ses environs beaucoup de marais, et, pendant l'été, cette rivière est guéable sur plusieurs points (2); circonstance qui jusqu'ici a empêché d'établir les bureaux de quarantaine sur ses bords. Il y a lieu de croire qu'avec quelques travaux hydrauliques on réussiroit à

feroit éviter aux marchandises qui arrivent en transit par l'Allemagne, le passage difficile de la Podolie et de la Volhinie, véritable Palestine, où les Juifs se sont emparés de toutes les natures d'industries, et se livrent à leur habituelle rapacité, malgré les lois et le contrôle auxquels ils sont soumis.

(1) Le traité du Pruth fut signé dans la ville de Focksin le 20 juin 1711.

(2) On trouve dans les Mémoires de Manstein un fait qui prouve que le Pruth ne peut servir de frontière, du moment qu'on veut se garantir contre la contagion.

En 1739, les eaux de cette rivière devinrent si basses, que le maréchal de Munich put la traverser à gué avec toute sa cavalerie, et cependant, dans l'endroit où il la passa, elle étoit large de cinquante toises. C'est sur ce point qu'il fit ensuite une tête de pont et un fort qu'il nomma Saint-Jean. On y fit aussi des redoutes de distance en distance, pour pouvoir mieux communiquer avec Chotzin par le Dniester et par le Danube.

l'encaisser et à la rendre navigable; mais de pareilles dépenses ne se feront pas, tant que la Moldavie et la Valachie dépendront de l'empire ottoman.

Ces deux provinces sont habitées par des chrétiens qui suivent le rit grec. La Turquie nomme ses hospodars ou gouverneurs. Le peuple y gémit sous la plus odieuse oppression. L'agriculture y est négligée; le commerce est dans l'inaction; la peste, quoiqu'elle y soit rare, en diminue cependant la population, et les moyens employés pour en préserver les villages servent de prétexte pour les rançonner. Voilà pour ce qui concerne les peuples de ces contrées. A l'égard de la Russie et de l'Autriche, ces deux empires seront sans cesse exposés aux dangers de la peste, et leurs communications commerciales seront foibles, tant que le Danube ne deviendra pas la barrière entre les états chrétiens et musulmans.

Odessa a un commerce assez étendu avec Kherson ; elle tire de cette ville des bois de construction et de chauffage : la plus grande partie arrive en trains pendant l'été. A l'instant où ces bois sont tirés de l'eau, on peut les obtenir à un prix modéré; mais en hiver, surtout lorsqu'il est rigoureux, cet article devient très

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cher. La main-d'oeuvre est assez élevée à Odessa, et comme les vivres sont à très-bas prix, les ouvriers qui ont de l'économie ne peuvent manquer d'acquérir de l'aisance en peu d'années. Le bois est le chauffage des gens riches. On brûle presque partout dans les poêles de la paille, des roseaux et de la fiente de vache et de mouton séchée, à laquelle on donne le nom de kisig. Sans doute que peu à peu on abandonnera ce dernier moyen de chauffer les poêles , qui enlève à la culture le meilleur des engrais. On tire encore de Kherson une assez grande quantité de grains, et beaucoup d'autres produits des riches terres de l'Ukraine.

Le port d’Odessa n’exerce de cabotage qu'avec Kherson et avec Constantinople. Ce dernier donne lieu à un commerce très-étendu, qui est presque tout entier entre les mains des Grecs et des Arméniens (1).

Constantinople tire d’Odessa une grande partie des blés nécessaires à son immense populalation; elle en tire aussi du beurre, du poisson salé et fumé, et quelques autres marchandises. Elle y envoie, de son côté, du tabac , des pipes,

(1) Depuis l'insurrection des Grecs, le cabotage entre Odessa et Constantinople a perdu toute son importance.

. 19 des langues fumées, diverses sortes de confitures, etc.

Odessa, devenu port franc, a vu ses relations avec l'Europe prendre un grand accroissement, et tout annonçoit que bientôt cette ville seroit devenue un des plus riches marchés de la Russie; mais quelques abus, auxquels il étoit sans doute facile de porter remède, ont jeté l'alarme à Pétersbourg ; et la franchise d'Odessa, d'abord suspendue, ensuite restreinte, a été changée en un entrepôt réel, assujéti à diverses formalités. Cet événement a arrêté tout d'un coup l'élan donné au commerce d’Odessa; il a eu le grave inconvénient d'inspirer à l'étranger une sorte de défiance; et depuis, on a vu se ralentir ce mouvement d'attraction qui amenoit vers les provinces de la Russie méridionale une population active, industrieuse, et de nombreux capitaux.

La création de la franchise d'Odessa dans toute sa plénitude étoit une conception forte, mais dont le succès exigeoit un temps moral que l'impatience du caractère national n'a pas voulu admettre : elle étoit d'accord avec les vues élevées du chef de cet immense empire, et, en considérant la prospérité qu'elle devoit déterminer, il eût fallu être sourd aux objec

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