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même emplacement, le travail des Saguntins, celui des Romains, et enfin celui des Maures.

L'ancienne ville de Kotaïs étoit placée sur une montagne assez élevée et presque à pic à la droite du Phase. La ville actuelle est dans la plaine , sur la gauche du fleuve, et mieux ' située que la première pour le commerce. La position de l'autre étoit plus convenable comme ville de guerre, et pour la salubrité de l'air qu'on y respire. On y voit les restes d'une très-belle église construite en pierres. Le style de son architecture, et ses ornements extérieurs, sculptés avec beaucoup de soin, et représentant des animaux, des candelabres et des dessins bizarres, annoncent l'époque où les arts, à Constantinople, avoient déjà perdu le caractère de pureté qui long-temps avoit distingué les monuments grecs. Tous les ans, les Immirétiens du voisinage enlèvent quelques fûts de colonnes, quelques pans de murs dont ils se servent pour former des enclos, et dans quelques années à peine restera-t-il des traces d'un édifice qui rappeloit en même temps la piété des premiers rois chrétiens de cette contrée, et l'état des arts sous Justinien.

Autour de ces ruines, sont placés les bâtiments. en bois qui composent l'archevêché : quelques

maisons sont occupées par des prêtres attachés à son église, et par des cultivateurs. Il s'y trouve aussi un magasin à poudre. Dans le voisinage, il existe des sources d'une eau excellente.

De cet emplacement, on jouit d'une vue magnifique qui, vers l'orient, s'étend beaucoup au-delà du monastère de Gaelaeth, et, vers le midi, jusqu'aux montagnes d’Akhaltzikhe. Les murs de l'ancienne ville sont encore en assez bon état, et se font remarquer par leur épaisseur et leur solidité. Dans la ville moderne, avant l'arrivée du prince Gortschakoff, les rues étoient généralement tortueuses, et les maisons placées pour ainsi dire au hasard, sans aucun alignement. La plupart sont construites en clayonnages, entremêlés d'argile blanchi extérieurement avec de la chaux. Les habitations de quelques seigneurs et des riches marchands sont en bois.Les rues, les places sont garnies d'arbres, parmi lesquels les cognassiers, les figuiers et les noyers sont les plus nombreux. Au milieu de son irrégularité, l'aspect de Kotais a quelque chose de champêtre et de pittoresque qui plaît, et que relèvent d'ailleurs la beauté de la campagne qui environne cette ville, et ce mélange de vallées et de forêts encadrées de trois côtés par de hautes montagnes, dont le sommet, pendant la plus grande partie de l'année, est couvert de neige.

Le bazar est assez vaste; toutes les boutiques sont en bois, et placées sur deux lignes parallèles. Les marchandises qu'on y trouve viennent de Constantinople, de Tiflis et d’Akhaltzikhe; elles servent à la consommation de la garnison et des habitants : ceux-ci n'achètent jamais que par échange contre des fourrures, des soies, des cotons, des cires, des miels, et autres productions de leurs terres qu'ils apportent régulièrement au bazar les mercredis et vendredis.

Kotaïs est susceptible de devenir une des villes les plus importantes des provinces russes au-delà du Caucase. Ses agrandissements, depuis quelques années, sont très-remarquables : ils sont dus en grande partie au zèle et aux soins particuliers du prince Gortschakoff. Il a fait construire des corps de caserne, des hôpitaux et les autres bâtiments nécessaires à la garnison. Beaucoup d'officiers ont fait bâtir aussi des maisons en bois, particulièrement sur la belle prairie que cotoie le Rion, et qui sert de place d'armes. Dans les jardins qui sont attenants à presque toutes ces maisons, on remarque beaucoup de saules pleureurs et de peupliers d’Italie. On doit aussi au prince Gortschakoff un très-beau jardin

planté avec goût, et dont le public a la jouissance. Les dimanches et les jours de fêtes, les musiciens de la garnison y jouent des airs nationaux et Lesghis.

La population de Kotaïs est encore peu nombreuse : les Juifs, au nombre d'environ huit cents, en composent presque la moitié; ils remplissent un quartier particulier; le reste de la population consiste en Immirétiens et en Arméniens. Les Juifs s'occupent exclusivement de la vente des productions de la terre. Les Arméniens et les Immirétiens sont presque tous marchands, et tiennent par eux-mêmes, ou par leurs commis, les boutiques du bazar.

La garnison de Kotaïs est assez nombreuse. Tous les établissements militaires et administratifs, pour l’Inimirette, la Mingrelie et le Gouriel, y sont réunis. Il est peu de villes où on puisse vivre à meilleur compte qu'à Kotaïs. Le blé y vaut ordinairement 12 à 15 francs le tchetvert (trois cent trente-trois livres un tiers, poids de marc); le maïs, 7 ou 8 fr.; la viande, quelques copecs ou centimes la livre. On achète au bazar dix-huit bouteilles de vin pour 80 copecs, et les autres vivres sont dans la même proportion. Les logements seuls y sont rares et chers, parce que l'activité dans la construction des maisons nouvelles est loin d'être en rapport avec l'augmentation du nombre des habitants.

J'ai décrit Kotaïs telle qu'elle est. Tout porte à croire que dans quelques années cette ville, si bien placée pour le transit des marchandises entre l'Europe et l'Asie, aura plus que doublé en population et en prospérité.

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