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CHAPITRE VII.

Embarquement à Rionskaia sur le Phase.—Renseignements

sur l'organisation des transports entre la Khopi et le Phase.-- Forme des bateaux.- Petit Poty. Tcheladidi. Importance de cette position.—Terna.—Calitza.-Pêche sur le Phase. Salikari. Codaru.—Catila.—Goubhani Yekali.- Entrée dans la Tskeniskal.- Observations générales.

e.

La célébrité du Phase, et surtout l'utilité de ce fleuve pour les communications entre Redoute-Kalé et Tiflis, me déterminent à placer ici le journal de deux Français arrivés avec moi à Redoute-Kalé, et qui l'ont remonté avec mes bagagés jusqu'à Marane.

La forteresse de Rionskaia, où on s'embarque pour remonter le Phase, a une garnison d'environ deux cents hommes. Sur ce point, le fleuve forme un magnifique bassin, dont les bords sont couverts d'arbres de la plus belle futaie.

J'ai parlé ailleurs de l'abatage considérable que le prince Gortschakoff a fait faire autour de Rionskaia. Il a déjà contribué à rendre ce

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lieu plus salubre. J'ai aussi fait mention des obstacles que la possession de Poty entre les mains des Turcs apportoit à la navigation du Phase, le pacha qui y commande ne permettant plus aux bâtiments d'entrer dans le fleuve, pendant que, de son côté, le prince Gortschakoff, pour ne point exposer le pays à la contagion, a défendu toute communication entre les Mingreliens et la garnison de Poty. Par suite de cet état de choses, les productions de la Mingrelie et de l'Immirette qui descendent le Phase, sont aujourd'hui débarquées à Rionskaia, d'où on les transporte par terre à Redoute-Kalé, pour les expédier ensuite dans les divers ports de la iner Noire. Heureusement ce trajet n'est que de douze 'werstes, et le chemin est uni et commode.

Si la navigation du Phase est nulle dans ce moment, sous le rapport d'une communication directe avec la mer Noire, elle n'est pas moins très-importante pour les transports intérieurs. · La couronne se sert de cette navigation pour faire arriver à Marane, et distribuer de ce point dans toute l'Immirette les farines de seigle qui lui sont apportées par les bâtiments de la flottille de Kertch, pour l'approvisionnement des troupes cantonnées dans le Gouriel et dans la Mingrelie, Ces farines, qui déjà ont contracté une grande humidité dans les hangars mal construits et privés d'étuves, qui se trouvent à RedouteKalé, sont transportées à Rionskaia sur des chariots appartenants à la couronne.

Pour monter ce service, on a fourni au commandant de Redoute-Kalé un certain nombre de voitures et quatre-vingts paires de bæufs. On lui renouvelle tous les ans la huitième partie des animaux : on lui abandonne, pour les nourrir, les terres situées autour de la forteresse et entre Redoute-Kalé et Rionskaia; enfin, des soldats sont attachés à cet établissement comme conducteurs et gardiens. Au moyen de ces arrangements, le commandant est tenu d'effectuer sans délai et dans toutes les saisons de l'année tous les transports qui ont lieu entre les deux fleuves pour le compte du gouvernement.

Le principal établissement rural pour l'entretien de ces bæufs a été sagement placé dans une prairie, à l'entrée des bois et près de la Nabada. Cette petite rivière prend sa source dans les marais qui bordent la Siva. Elle n'a qu'un cours de quelques werstes, et se jette dans la mer Noire, à une lieue environ de l'embouchure du Phase.

La couronne paie pour le transport par eau, depuis Rionskaia jusqu'à Marane, i rouble 60 copecs assignations ( 1 franc 60 centimes) par tchetvert de farine, pesant trois cent trentetrois livres un tiers, poids de marc. Ce prix doit être avantageux aux Mingreliens qui ont entrepris ce transport, puisqu'ils ont proposé de l'exécuter au même taux pour le commerce.

Leurs bateaux ou cayouques sont de deux espèces. Les uns sont longs, étroits, d'une seule pièce, comme les pirogues des Sauvages. Les autres sont beaucoup plus grands , et portent jusqu'à dix tonneaux de marchandises. Ils se composent de trois à quatre planches peu épaisses et très-mal liées ensemble. Ces bateaux ne sont enduits ni de brai ni de goudron; ils sont calfatés avec si peu de soin et si peu profonds, que les farines y courent sans cesse le risque d'être avariées ou de contracter de l'humidité. D'ailleurs, les sacs sont à peine couverts par de mauvaises toiles, qui ne peuvent les garantir longtemps contre les pluies d'orage.

Des belandres, telles que celles qui sont en usage sur les canaux de la Flandre, seroient trèsconvenables pour la navigation du Phase et celle de la Khopi, et même pour le cabotage de la mer Noire. On doit s'attendre à cette utile in

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novation, et à toutes les améliorations que réclament ces pays nouveaux, séparés de l'Europe pendant tant de siècles, si, comme tout porte à le croire, les étrangers industrieux que l'ukase du 8-20 octobre 1821 attirera en Géorgie, continuent à y jouir d'une protection éclairée et pleine de bienveillance.

Les deux Français dont je vais décrire le voyage, avoient reçu l'hospitalité à Rionskaia chez l'officier qui commandoit la forteresse.

Le jour du départ (4-16 juin 1822), vers quatre heures du matin, on s'occupa à placer leurs bagages sur cinq bateaux qu’on avoit mis en réquisition. Les deux plus grands pouvoient porter chacun douze milliers, et avoient cinq hommes d'équipage; les autres n'en avoient que deux. J'avois aussi obtenu le passage pour un médecin né dans l'ile de Corse, qui ne savoit que l'italien et quelques mots de turc. Cet homme avoit exercé son art dans divers cantons de l'Italie, et ensuite dans l'Asie-Mineure. Soupçonné par les Turcs d'être Grec, il avoit eu beaucoup de peine à échapper à leurs persécutions, et étoit arrivé à Redoute-Kalé peu avant nous, dans l'intention d'aller chercher fortune sur les bords du Cyrus. Il avoit avec lui sa femme et deux enfants, et pour domestique et inter

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