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prète un marin Ragusais, qui avoit été longtemps au service de l'Angleterre. La sobriété du médecin Corse contrastoit avec l'état d'ivresse continuel du marin. Pendant que celui-ci se livroit à son intempérance, l'autre, doué d'une piété fervente, jeûnoit trois fois par semaine : le vendredi et le samedi, pour ajouter à l'abstinence prescrite par l'Église; le mercredi, en l'honneur de saint Antoine-de-Padoue, son patron. Dans le bateau où étoit le médecin, se trouvoit aussi un pauvre Géorgien, menacé de devenir aveugle, et un Grec malade, dont il avoit entrepris la guérison à forfait.

Les préparatifs du départ durèrent jusqu'à huit heures. Ils partirent alors de Rionskaia en remontant le fleuve, et s'arrêtèrent un instant à six werstes de la forteresse, au petit Poly. Ce village, qui se compose de vingt ou trente mai sons, présente un emplacement très-convenable pour y former un port d'embarquement. Les bords de la rivière, dans cet endroit, sont assez élevés et à l'abri des inondations. L'air y est sain.

Ce village conviendroit beaucoup mieux au commerce que Rionskaia. Il seroit facile d'y établir un bon chemin de communication avec Redoute-Kalé: il faudroit seulement alors dessé

cher un marais de peu d'étendue, qu'on trouve entre les deux villages. Quelques fossés suffiroient pour ce travail; ils conduiroient dans le Phase ou dans la Siva les eaux actuellement stagnantes.

Sur toute cette partie du fleuve, on rencontre un grand nombre d'iles couvertes de bois : elles ne sont pas habitées. Les voyageurs, pendant ce premier trajet, n'aperçurent aucune trace des villes antiques citées par Strabon; mais en supposant même qu'elles aient été construites en briques, on ne peut, après deux mille ans, s'attendre à en retrouver les restes sous ce climat humide, comme sous le ciel sec et conservateur de la Perse.

Les mariniers, dans cette première journée, se servirent autant qu'il leur fut possible du chemin de halage pratiqué le long du fleuve, et cependant les difficultés pour le remonter étoient telles, qu'à peine firent-ils une werste à l'heure. Les orages qui duroient depuis plusieurs jours avoient donné au Phase une rapidité qu'il n'a pas dans les temps ordinaires.

Peu avant d'arriver à Tchelaidi, tout à coup un des bateaux se remplit d'eau, et le danger cût été extrême, si on n'avoit pas eu la faculté de le tirer tout de suite à terre. On ne tarda pas à

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s'assurer que la voie d'eau qui s'étoit manifestée avoit été occasionnée par le petit chien du médecin Corse, qui avoit arraché en silence l'herbe et le coton avec lesquels le cayouque étoit grossièrement calfaté.

Tcheladidi (1), distant de douze werstes de Rionskaia, est un village de plus de deux cents maisons, dont cent quatre-vingts sont placées sur la gauche du Phase, et une vingtaine sur la droite : les habitants ont la réputation d'être laborieux et intelligents

Ce sont eux qui ont entrepris les transports de la couronne, et auxquels appartiennent le plus grand nombre des bateaux qui naviguent sur le Phase. Ils s'occupent aussi de la pêche, qui, sur ce point et sur plusieurs autres le long du Phase, est généralement affermée pour le compte de Dadian : ils cultivent le maïs , le millet, la vigne et le tabac; ils sont dépendants d'un prince Dadian, proche parent du prince régnant. Il a été nommé par le gouvernement

(1) C'est près de ce village qu'on a creusé un canal qui aboutit dans la Siva, et qui établit une communication fluviale entre le Phase et la Khopi. Ce travail, dont les résultats seront si avantageux pour le commerce et pour le débouché des productions de l'ancienne Colchide, fait le plus grand honneur au prince Gortschakoff, qui, le premier, en a conçu l'idée.

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russe inspecteur de toute cette partie de la Mingrelie, et passe pour un homme estimable et très-honnête.

Si des Européens fondoient des établissements agricoles dans la Mingrelie, ou vouloient monter sur le Phase une navigation avec des bateaux pontés, ils trouveroient facilement des ouvriers dans ce village. Et il en seroit de même si jamais on s'occupoit de la pêche sur le vaste et beau lac Baleastone, situé entre le Gouriel, la Mingrelie et le territoire attenant à la forteresse de Poty. Ce lac passe pour être très-poissonneux.

Les habitants de Tcheladidi se livrent à la chasse pendant l'hiver, et font avec les Arméniens de la Géorgie un commerce assez important en fourrures. Les martres se vendent 5 à 6 abazes (3 ou 4 francs ); les peaux d'ours, le même prix; les renards jaunes, 2 ou 3 abazes; la peau de chacal, i abaze : on ne fait aucun cas des peaux de lièvres; il seroit facile de s'en procurer une grande quantité et à bas prix. Ces pelleteries ne valent pas, à beaucoup près , celles du Nord. · On a placé au village de Tcheladidi un poste de trois cent cinquante hommes. Il est commandé par un officier Polonais. Cc poste garantit le pays contre les incursions des turcs du pachas

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lick d'Akhaltzikhe et de la forteresse de Poty. II y a à peine trois ans qu'ils venoient encore fréquemment enlever pendant la nuit des habitants de ce canton.

Partis de Tcheladidi à six heures et demie du matin, les cayouques continuèrent à remonter le Phase, cotoyant tantôt la droite et tantôt la gauche du fleuve. Les mariniers, pour avancer, s’aidoient des branches d'arbres qui bordoient les deux rives, et ils traînoient les bateaux quand le halage étoit praticable.

Vers onze heures, ils s'arrêtèrent quelques instants à un village Mingrelien bâti sur la droite du fleuve, auquel on donne le nom de Terna : ses habitants sont catholiques. Cette particularité étoit assez remarquable dans cette contrée, où la religion grecque est généralement suivie, pour qu'on prît des renseignements sur l'origine de cette peuplade, et pour qu'on s'assurât si ses traits, son caractère, ses usages ne donneroient à cet égard aucun éclaircissement.

De Terna ils continuèrent leur route pendant sept heures, pour faire environ neuf werstes, et débarquer à Calitza, qui est sur la droite du Phase ou Rion. Avant d'y arriver, on voit deux villages assez considérables, l'un sur la droite, l'autre sur la gauche du fleuve.

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