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PENDANT mon séjour à Kotaïs, le prince Gortschakoff me proposa d'aller visiter le district de Vacca, où la couronne possède de vastes domaines. J'acceptai avec empressement son offre, et je partis à cheval de Kotaïs, le vendredi 28 juin10 juillet 1822, vers onze heures du matin. J'étois accompagné, dans cette tournée, par mon frère, le fidèle compagnon de mes voyages, par un Français attaché à mon consulat, par un interprète, enfin par M. Sonin, capitaine de génie : trois cosaques à cheval et deux chevaux qui portoient nos bagages, composoient le reste de notre caravane,

Nous décidâmes que, le premier jour, nous irions coucher à Koni, capitale du district de Vacca, afin d'y prendre un capitaine de chasseurs, en garnison à Abacha, lequel occupoit la place de chef du district, et devoit nous guider dans cette tournée. Pour se rendre à Koni, on passe d'abord à la poste de Goubitskale, dont j'ai parlé dans mon voyage de Marane à Kotais. Cette poste, occupée par des cosaques, est sur la gauche de la Goubitskale, rivière qui prend sa source dans les montagnes de Radscha, et va se jeter dans le Phase entre Marane et Vartsike. Après l'avoir traversé, nous quittàmes la route qui conduit à Marane, pour nous détourner sur la droite, en remontant vers le nord.

Les forêts que nous parcourions renfermoient un grand nombre de chênes, de frênes et de hêtres, la plupart entrelacés de beaux ceps de vigne, qui montoient, comme en Mingrelie, jusqu'aux cimes les plus élevées, et lioient souvent les arbres entre eux. De grandes portions de ces forêts, depuis quelques années mises en culture, étoient couvertes de riches récoltes en maïs, en millet, en tabac et en coton à courte soie.

Jusqu'ici, pour défricher ces forêts, on a été

dans l'usage de mettre le feu aux arbres, et de laisser au temps le soin d'en achever la destruction : c'est le défrichement des Sauvages; c'est celui qui est employé dans les parties de l'Amérique septentrionale, trop éloignées des fleuves qui conduisent à la mer, pour y pouvoir transporter les bois de marine ou de charpente, ou dans celles où la main-d'œuvre est trop rare et trop chère pour s'y occuper de la fabrication des potasses.

Nous étions au milieu de juillet, et cependant la verdure de tout le pays entre la poste de Goubitskale et Koni avoit la fraîcheur et l'éclat de celle du printemps. C'étoit le résultat des six semaines de pluies presque continuelles que nous avions éprouvées.

Le vendredi est le jour du marché à Koni comme à Kotais et dans toute l'Immirette et la Mingrelie; c'est la veille du sabbat des Juifs, dont les usages et les coutumes se retrouvent dans toute l'Asie ; observation que Chardin a faite avant moi, et dont il avoit réuni de nombreux exemples dans un ouvrage qui paroît avoir été perdu. M. le colonel Morrier a cherché à remplir cette lacune dans son deuxième voyage en Perse. En approchant de Koni, nous rencontrions

AUX

13.

et des

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coton

a été

un assez grand nombre de paysans qui ramenoient, en marchandises ou en bestiaux, le produit de la cire, du miel, du coton et du mais qu'ils avoient été ce jour-là vendre au marché. Bien différents de ce que je les avois vus trois ans auparavant, au moment où une partie du pays s'étoit mise en insurrection, leurs humbles salutations étoient accompagnées d'un regard affectueux, et d'une expression de bienveillance qui nous confirmoient les heureux changements qui se sont opérés dans le caractère des habitants de cette contrée. Ils commencent à s'apercevoir que leur repos et leur sûreté datent du jour où ils ont fait partie des États soumis à l'empereur Alexandre (1).

A moitié chemin de Goubitskale à Koni, nous nous reposâmes près d'un monastère d'hommes à l'ombre d'un de ces superbes tilleuls de vingtcinq pieds de tour, dont les demeures des habitants de l'ancienne Colchide sont fréquemment environnées.

Koni, où nous arrivâmes trois heures après notre départ de la poste de Goubitskale, et qui

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mo

les

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(1) Avant l'occupation de la Colchide par la Russie, cette contrée étoit soumise aux vexations continuelles de la Porte et aux invasions des Abazes.

en est éloigné de vingt werstes, se compose d'environ deux cent cinquante maisons éparses. On y trouve un petit bazar assez mal approvisionné, où les cultivateurs déposent les productions de leurs terres qu'ils n'ont pu vendre les jours de marché. Ce bazar est placé à l'entrée d'une superbe prairie, où se tient le marché, et qui est ornée d'une grande quantité de poiriers, de cognassiers, de platanes et de noyers, tous remarquables par leur grosseur.

Le chef du district demeure à l'extrémité de la prairie. Devant sa maison, on voit une vingtaine d'arbres magnifiques réunis en massifs, et sous lesquels, au moment de notre arrivée, il rendoit la justice. C'étoit l'usage en France dans le moyen âge, lorsque les seigneurs, en allant visiter leurs terres, se faisoient suivre par leur secrétaire, et signoient du pommeau de leur épée les jugements qu'ils rendoient sur-le-champ et sans appel. Il est vraisemblable qu'alors l'obligation, pour celui qui étoit soupçonné d'avoir tort, de prouver son droit par l'épreuve du fer chaud ou de l'eau bouillante, devoit singulièrement réduire le nombre des procés; et il est vraisemblable aussi qu'en Immirette, les plaideurs n'étoient pas très-multipliés, lorsque les rois condamnoient à la perte d'un bras, d'une

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