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Pendant le dîner, les convives présentoient continuellement à ceux qui entouroient les bancs, quelques morceaux de viande, de la pâte de gomi et des galettes : ces distributions étoient considérées comme une marque de bienveillance particulière. On jetoit les morceaux à ceux qui étoient éloignés, et ils les saisissoient avec beaucoup d'adresse.

Vers la fin du repas, on nous apporta plusieurs de ces grosses queues de l'espèce de moutons nommée chamtouck; elles sont coupées par petites tranches, saupoudrées de sel et de poivre, embrochées et mises sur des charbons ardents : c'est le tcheslik des Tartares.

Cette espèce de mouton est généralement assez petite en Immirette, où l'on n'en trouve que dans les lieux secs et élevés. On en amène à Tiflis, des bords du Terek, une grande quantité tous les ans. On paie alors ces moutons un rouble d'argent (4 francs); de Tiflis on les distribue dans toutes les provinces Russes au-delà du Caucase.

Dans mes voyages le long du Volga, j'ai trouvé de ces moutons chamtouck d'une taille démesurée, et qui, sous un poil long et rude, avoient, pendant l'hiver, une laine courte et soyeuse, dont on pourroit tirer parti dans nos manufactures de draps. Cette espèce devroit être importée en France, non-seulement sous le rapport de la laine, mais encore pour nos boucheries; elle est d'ailleurs accoutumée à la température rigoureuse de la Russie, et s'acclimateroit facilement dans toutes les provinces de France.

Lorsque nous fùmes sortis de table, on ramassa tous les débris du festin, qu'on replaça sur les mêmes bancs, après les avoir rangés à quelque distance des arbres sous lesquels nous nous étions assis. Alors ceux qui n'avoient été que les spectateurs de notre repas, se mirent à table. Les habitants, dont les haillons ou la presque nudité annonçoit un état d'abjection, ou une excessive pauvreté, continuèrent à rester debout, et reçurent, de la générosité des convives de la seconde table, quelques morceaux de viande et de la pâte de gomi.

L'usage de comprendre dans les grands repas la population entière d'un village, est général dans toute l'ancienne Colchide; il date d'une haute antiquité.

Nous eussions voulu remonter à cheval après le diner; mais les Russes ont l'habitude, surtout lorsqu'ils se trouvent dans les pays chauds, de faire deux ou trois heures de sieste. Par suite de ce retard, il étoit près de cinq heures quand

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nous arrivâmes au Phase, éloigné de douze werstes du village où nous nous étions arrêtés.

L'endroit où nous devions traverser ce fleuve est à peu près à égale distance de l'embouchure de la Goubitskale et de celle de la Tskeniskal. Là, comme à Rionskaia, ses bords des deux côtés étoient couverts de magnifiques bois. Avant d'y arriver, nous avions traversé pendant près d'une werste un terrain sablonneux, plat et souvent inondé, où l'aune, le peuplier et le saule étoient les arbres les plus communs. Des cailloux, des morceaux de marbre, de granit et de porphyre, entremêlés et souvent accumulés au milieu des sables, indiquoient que le Phase, dans ses débordements, s'étendoit souvent à une werste de ses rivages actuels.

Pour traverser ce fleuve, qui sur ce point avoit environ cent cinquante pas de largeur, il fallut nous servir des frèles cayouques dont j'ai déjà fait mention à l'occasion de Rionskaia. Celui dans lequel nous nous embarquâmes étoit monté par trois hommes qui, au moyen d'avirons ayant la forme d'une palette, dirigeoient

ce bateau avec beaucoup d'adresse, tantôt cou- pant la rapidité du courant, tantôt lui présentant

le côté, et s'en servant comme de moteur pour

parvenir en quelques instants au côté opposé. Le Phase avoit à peine six pieds de profondeur au milieu de son lit. Le plus grand nombre de nos chevaux, accoutumés à traverser les fleuves et les rivières de cette contrée, s'y jetoient sans hésiter, se laissoient entraîner par le courant, et parvenoient bientôt du côté opposé, souvent à une assez grande distance du lieu de leur départ: les cosaques, montés sur deux cayouques, conduisoient par la bride les chevaux peu aguerris ou nageant avec peine; l'un d'eux se fût infailliblement noyé, si la traversée eût été plus longue.

Les bateaux s'arrêtérent faute d'eau à quinze pieds du rivage, où nos Immirétiens nous portèrent sur leurs épaules : un rouble d'argent (4 francs) donné pour leurs soins leur parut une fortune, et ils nous en témoignèrent vivement leur reconnoissance. . Lorsque toute notre caravane eut traversé le fleuve, nous nous reposåmes pendant quelques instants dans une belle prairie, dont le propriétaire nous offrit des rafraichissements. Nous remontâmes ensuite à cheval, et après avoir traversé d'épaisses forêts, nous nous arrêtâmes pour passer la nuit dans un magnifique pâturage planté de noyers, de grenadiers, de

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figuiers, et de quelques chênes entrelacés de ceps de vignes. Cette demeure fait partie du village de Psuani, dont les habitations sont éloignées les unes des autres. Au milieu du pâturage, se trouvoient une église et une jolie maison en bois occupée par un prêtre qui s'empressa de nous l'offrir.

Cependant le prince de Tchitchevasy, à l'instant même de notre arrivée, avoit donné au maire les ordres nécessaires pour qu'on nous préparât à souper. Dans tous les villages de l'ancienne Colchide, dont les habitants étoient forcés de traiter les souverains et les seigneurs lorsqu'ils venoient les visiter, on étoit dans l'usage de répartir les frais de ces repas obligés entre les divers cultivateurs, qui à leur tour avoient le droit d'en venir manger les débris. Il s'ensuivoit que ces repas se faisoient sans ordre, et que presque toujours les mêmes mets étoient excessivement multipliés. Au souper qu'on nous donna, le nombre des poulets rôtis et bouillis s'élevoit à plus de vingt.

Le lendemain dimanche 30 juin (12 juillet), dès cinq heures du matin, nous reprîmes notre route, traversant plusieurs fois la Souhori, qui prend sa source dans les montagnes attenant au pachalick d'Akhaltzikhe, et se jette dans le Phase

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