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sortent de ces ruines, atteste la haute antiquité de cette construction. Je ne sais s'il convient d'en attribuer la fondation aux Grecs, aux Romains ou aux Génois; mais il est certain qu'elle diffère absolument de celle qui est en usage chez les habitants modernes de la Colchide, dont presque tous les bâtiments sont en bois.

Les eaux sulfureuses de la source principale ont une chaleur d'environ 20 degrés. Elle est placée à dix ou douze pieds au-dessus d'une petite rivière. Presque au niveau de cette rivière, on trouve une seconde source, dont les eaux m'ont paru avoir le même degré de chaleur.

Les habitants ne font pas usage de ces eaux, et cependant elles ont conservé quelque réputation. Il seroit à souhaiter que le gouvernement Russe y formât un établissement. On y pourroit envoyer les malades auxquels les eaux sulfureuses sont prescrites; elles leur éviteroient la traversée pénible du Caucase, à laquelle ils sont assujétis pour se rendre aux eaux des environs de Géorgievsk, capitale du gouvernement du Caucase. L'air est extrêmement pur dans ce canton élevé de l'Immirette; et les soldats convalescents de la fièvre s'y rétabliroient promptement.

En arrivant au bain, nous étions plus de

sonne

ssez

cinquante personnes. On avoit construit un assez bon nombre de balagans d'une forme agréable; mais ils étoient peu solides, et surtout trop mal couverts de feuillages, pour pouvoir nous mettre à l'abri de l'orage dont nous étions menacés. De tous côtés on avoit allumé de grands feux pour nous éclairer pendant le souper, et nous garantir de l'humidité. Ils servoient aussi à éloigner les loups, et surtout les chacals, si nombreux dans les forêts qui nous environnoient, et dont les cris plaintifs se faisoient vivement entendre.

Le chef du district, sans que nous nous en fussions doutés, avoit eu, dans la visite aux eaux sulfureuses, l'intention de chercher la guérison d'une plaie qui depuis dix ans n'avoit pu se fermer; il étoit depuis trois heures au bain, sans que nous eussions pu le déterminer à en sortir; et ne pouvant plus nous rendre à Herity au milieu de l'obscurité qui régnoit, nous nous décidâmes à passer la nuit dans les balagans qui nous étoient destinés, espérant que nous pourrions y éviter les atteintes de l'orage qui avoit commencé à éclater.

Deux heures de pluie consécutive n'avoient que foiblement pénétré au travers des feuillages dont nous avions fait surcharger les toits des balagans; mais bientôt l'eau tomba par torrens, et nous en fûmes les uns et les autres tellement inondés que, quel que fût le désagrément d'un voyage de nuit au milieu des éclairs, du tonnerre et d'un véritable déluge, il fallut nous résoudre à nous mettre en route à pied, pour atteindre, s'il étoit possible, le haut d'une montagne qu'on nous disoit n'être qu'à deux werstes du bain, et où nous devions trouver un village.

Nous partîmes donc à minuit; la vallée où nous nous trouvions, et que nous dûmes suivre dans toute sa longueur, étoit entremêlée de mares d'eau, et couverte d'arbres abattus, de buissons, de troncs d'arbres coupés à dix-huit pouces de la surface de la terre, et au travers desquels il falloit marcher; nous devions ensuite gravir une montagne à pic, dont on ne pouvoit atteindre le sommet que par un sentier étroit et glissant. Aussi, fatigué encore de l'excursion de la veille, je fus effrayé à la vue de toutes les difficultés qui nous restoient à surmonter.

Des feux placés de distance en distance étoient continuellement éteints par la violence de la pluie : heureusement des milliers de mouches phosphoriques et la multiplicité des éclairs rompoient de temps en temps l'obscurité dont nous étions environnés. En vain deux Immirétiens tenant à la main des tisons allumés et croisés l'un sur l'autre, cherchoient-ils à éclairer un peu notre marche; à chaque moment la foible lueur de ces tisons étoit prête à disparoître, et il falloit nous arrêter continuellement pour qu'on pût les ranimer et nous guider dans un sentier étroit dont on ne pouvoit s'écarter d'un seul pas sans tomber dans un précipice.

Affoibli par un malaise que je ressentois depuis quelques jours, je n'hésitai pas à faire usage de la bonne volonté d'un seigneur Immirétien qui me proposa obligeamment son aide. Jamais je n'ai vu de ressemblance plus frappante que celle de ce prince avec le portrait de François Ie"; c'est un genre de figure assez commun parmi les nobles Immirétiens. Ses larges épaules sembloient taillées sur celles de l'Hercule Commode. Je m'attachai avec force à son bourka, et avec ce secours je parvins, après deux heures de marche pénible, au haut de la montagne où nous devions trouver un refuge.

Là, nous entrâmes dans une mauvaise cabane où on brûloit d'énormes troncs d'arbres; nous y attendimes, en nous séchant, l'arrivée du jour et la fin de la pluie. Elle cessa vers sept heures, et nous nous remîmes immédiatement en route pour gagner une habitation plus commode,

située à six werstes du plateau où nous étions montés. Pour y parvenir, nous descendimes d'abord le sentier que nous avions suivi la veille avec tant de difficultés, et nous traversâmes trois fois, non sans beaucoup de peines, un ruisseau qui étoit extrêmement grossi par les pluies, et sur lequel se trouvoient placées, au lieu de ponts, des planches très-étroites et glissantes.

La maison où nous nous rendions, celle que nous venions de quitter, et le bain d'eaux sulfureuses font partie du village de Duableby, aux frontières du pachalick d'Akhaltzikhe, dont le voisinage contribue peut-être à éloigner du bain les malades, qui, sans une forte escorte, s'y trouveroient peu en sûreté.

Presque toutes les maisons de ce village sont placées sur des masses de rochers, dont toute cette partie de l'Immirette est couverte. On entroit dans celle où nous nous arrêtâmes pour dîner, par une échelle qu'on retiroit le soir. Cette maison étoit garnie de meurtrières, seuls jours qu'on y eût pratiqués; l'intérieur étoit tapissé de fusils, de sabres, de pistolets et de quindjals suspendus à des bois de cerfs, ces animaux étant très-nombreux dans les forêts de ce canton. La construction de ces maisons, et les armes dont elles sont garnies, indiquent assez que les habi

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