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du Midi; il est, dans le principe, très-foncé, mais, au bout de deux ou trois ans, il se dépouille, et prend alors une couleur rosée. Le chef du district en fit boire aux voyageurs de très-bon, et il eut la complaisance de leur en faire leur provision de route.

Le blé et l'orge sont les seules céréales qu'on cultive dans les environs de cette ville; le climat y seroit trop froid pour le maïs et le millet.

Les habitants de ce canton sont généralement braves : ils avoient pris la plus grande part à l'insurrection de 1820. Ce sont les seuls Immirétiens que le prince Gortschakoff ait fait désarmer. Du fer de leurs sabres et de leurs quindjals, on a fabriqué des cloux et des pentures de portes, qui ont servi à la construction récente des casernes de Kotevi. On les a forcés aussi de déposer une espèce de cor ou porte-voix, auquel on donne le nom de boucki. L'extrémité, qui est large et évasée, est couverte d'une plaque de cuiyre trouée. Le son qu'ils en tirent est extrêmement fort. Ils se servoient de cet instrument, de temps immémorial, pour se réunir et avertir des invasions ennemies les habitants des plus hautes montagnes, et ceux qui demeuroient dans les bois les plus touffus. Il est singulier qu'on retrouve le même instrument dans les montagnes d'Écosse, où, il y a à peine un siècle, il servoit encore aux mêmes usages. J'ai déposé un de ces bouckis à la Bibliothèque du Roi.

C'est près de Kotevi que le prince Gortschakoff, pendant l'insurrection de 1820, courut le risque d'être assassiné par un noble Immirétien du voisinage. Il dut la vie à un Arménien catholique, qui, au moment où on alloit le frapper, renversa l'Immirétien d'un coup de sabre qu'il lui appliqua sur la tête, avec assez de force pour que son adversaire restât trois heures sans connoissance. Le prince fit transporter le noble Immirétien chez lui, et lui fit prodiguer des secours et des soins auxquels il dut bientôt son rétablissement. Touché de ce procédé, ce seigneur se dévoua au service du prince et de la Russie. Il découvrit lui-même les fils de la conspiration, et rendit dans cette circonstance de si éminents services, qu'il a obtenu une pension du Gouvernement.

L'Arménien à qui le prince a tant d'obligation a été également récompensé par un sabre d'honneur, une pension, et une place dans les bureaux de sa chancellerie. .

La Koteoury, qui baigne l'enceinte de Kotevi, prend sa source dans un rocher distant de dix

à douze werstes de cette ville, et se jette à quelques werstes plus bas dans un gouffre, pour reparoître plus loin, avant de tomber dans le Phase. · Les Russes cantonnés à Kotevi embellissent successivement cette petite ville par les maisons qu'ils y construisent : ils y ont même fait bâtir un assez beau bain à vapeur. L'air qu'on y respire est très sain : aussi y envoie-t-on tous les recrues destinés à compléter les régiments en garnison dans l’Immirette et la Mingrelie. De Kotevi, on jouit de la vue de l'Elbourous et des plus hautes cimes du Caucase.

Nos voyageurs partirent le lendemain 5-17 pour aller coucher chez un prince Immirétien du village de Baragone, qui en est éloigné de quatorze werstes. A une lieue de Kotevi, ils traversèrent la Krekoula, qui va se jeter plus bas dans le Phase, et ne tardèrent pas à arriver à ce fleuve même. Tout ce canton est montagneux et couvert de rochers.

Ici le Phase, qui n'a pas plus de trente à quarante pas de largeur, est encaissé, et ses bords sont tellement élevés, que le pont de bois qu'on y a établi ressemble au pont du Diable en Suisse. Un peu au-dessous, se trouve une cascade formée par l'accumulation des blocs de granit tombés dans le fleuve. On en retrouve plusieurs autres en remontant vers la source et en descendant jusqu'à Kotaïs. Ces cascades présenteroient de grandes difficultés pour le flottage des bois en trains, si on vouloit exploiter les forêts de sapins du district de Radscha. · Après avoir traversé le Phase, les voyageurs suivirent ses bords en le remontant, pendant plus de trois quarts-d'heure, dans un chemin étroit, escarpé, taillé dans le roc, et qui étoit d'autant plus effrayant que le Phase se précipitoit à leurs pieds, avec un horrible fracas, sur d'énormes blocs de schiste et de granit.

Sortis de ce mauvais passage , ils arrivèrent à Baragone, après avoir marché pendant près d'une heure dans un pâturage couvert de broussailles. Ce village se compose d'une soixantaine de maisons.

Pendant l'absence du prince qui en est propriétaire, ils reçurent la visite du pope. Il se chargea de servir de guide à mon frère dans une promenade qu'ils firent dans les environs de la forteresse, et il s'empressa de lui donner des renseignements sur le pays.

Les habitants du district de Radscha, dont Baragone fait partie, passent pour être les plus

laborieux et les plus industrieux de tous les Immirétiens. A l'époque de la moisson et de la vendange, leurs filles et leurs femmes rivalisent avec les hommes d'ardeur pour le travail, et ce travail est toujours animé par un chant et des cris qui les excitent les uns les autres. J'ai été témoin de leur émulation, et j'ai eu de la peine à concevoir comment leur corps, et surtout leur poitrine, ne se ressentoient pas d'une double fatigue si long-temps prolongée.

La plupart des cultivateurs savent quelques métiers. Les uns tissent des toiles avec le coton qu'ils achètent dans le district de Vacca, et les teignent d'une manière très-solide avec la garance sauvage qui croît sans culture dans toute l'Immirette; d'autres fabriquent de gros draps, dont ils se procurent la laine par leurs échanges avec le canton de Gori, dans la Kartalinie. Ils vendent ces draps dans les montagnes du Caucase et jusqu'à Tiflis. Pendant l'hiver, ils s'occupent de la chasse des sangliers, des ours, des cerfs, des martres, des renards, et des touris ou bouquetins du Caucase.

Le touri se rencontre fréquemment dans les montagnes élevées qui bordent le canton de Radscha et le séparent du pays des Souanes. Cet animal est un peu moins grand que le cerf; la

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