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Après la prise de Constantinople par les Latins, Lascaris, qui se réfugia à Trébizonde, et y établit un royaume, comprit la Colchide dans ses États, et les Comnène, ses successeurs, ajoutoient avec orgueil à la liste de leurs titres celui de roi du Phase. Cette contrée continua de leur être soumise lorsqu'ils eurent chassé les Latins de Constantinople et rétabli l'empire Grec en Orient. .

Mahomet II, vers 1460, ayant détruit à son tour l'empire d'Orient, ne tarda pas à faire la conquête de la Colchide, et à forcer ses rois à lui payer tribut.

Depuis cette époque , l'histoire de la Colchide est couverte d'une profonde obscurité. On n'a plus pour se guider, non dans la connoissance des hommes qui ont administré cette contrée, mais dans celle de la nature du gouvernement auquel elle a dû être assujettie , que les conjectures, les faits analogues en Asie, et quelques citations éparses dans les historiens Arméniens et Persans. On peut donc dire, sans crainte de se tromper, qu'elle est restée soumise au despotisme. . .

Pendant ce long intervalle, on retrouve des rois de Géorgie, de la famille de Bagration, maîtres de l'Immirette. Les souverains de cette

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race, qui étoient doués de talents et de courage, régnoient jusqu'à la mer; les rois dégénérés se sont, vers le milieu du seizième siècle, laissé enlever la Mingrelie et le Gouriel par les gouverneurs auxquels ils en avoient confié l'administration. · Le voyageur Chardin nous a transmis les détails des guerres civiles qui, pendant un grand nombre d'années, désolèrent ce malheureux pays. Alors les vainqueurs et les vaincus se livroient successivement à des excès de vengeance et à des cruautés dont l'histoire de la Perse seule offre de fréquents exemples; ces excès n'épargnoient ni l'enfance, ni la vieillesse, ni le sexe, ni la beauté. ..

Levan Dadian, cité comme un des plus grands rois de la Mingrelie, régnoit vers 1650. Il répudie la fille du prince des Abazes, jeune, belle, spirituelle, et ne la renvoie à son père qu'après lui avoir fait couper le nez, les oreilles et les mains; il enlève ensuite la femme de son oncle, long-temps son tuteur, et à qui il devoit la conservation de sa couronne.

En Immirette, Bacrat, Vactangle, Vomyke, Archyle, dans un espace de peu d'années, se succèdent, sont tour à tour aveuglés ou assassinés, et lorsque l'on voit l'un d'eux, Bacrat, re

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placé sur le trône, poignarder lui-même un de ces rois détrônés, lui faire arracher le cæur, le presser dans ses mains, le déchirer avec un emportement inouï, on est disposé à placer ces usurpateurs parmi les grands criminels, et non à en grossir la liste des rois.

Depuis ce moment jusqu'à l'époque de l'envahissement des Russes, on doit peu regretter que l'histoire ne nous ait transmis ni le nom des souverains de cette malheureuse contrée, ni le récit des crimes et des horreurs qui ont dû s'y

commettre.

Il est facile de concevoir que lorsque de telles barbaries avoient lieu entre les princes, les sujets étoient traités comme de vils troupeaux. La mutilation y étoit fréquente : tantôt elle étoit commandée pour empêcher la fuite d'un esclave, tantôt pour la faute la plus légère. Il existe encore à Kotaïs des exemples de cette odieuse cruauté, et, à l'entrée du pont de cette ville, un homme privé de ses deux jambes, et demandant l'aumône, donne l'idée du code pénal en usage dans la Colchide, et de la justice de ses anciens rois.

Le dernier roi de l'Immirette se nommoit Salomon. Suspect aux Russes, il fut conduit à Tiflis. Le dévouement d'un homme fidèle lui donna le moyen de s'échapper de la prison où il étoit retenu, et il est allé mourir à Trébizonde, où le pacha Turc lui avoit donné refuge.

Le premier acte de l'administration de l'empereur Alexandre, en occupant l’Immirette comme souverain, et en exerçant la suzeraineté sur la Mingrelie et le Gouriel, a été de défendre la vente des esclaves aux Turcs, de mettre un frein aux vexations des princes et des seigneurs, de leur interdire le droit de mutilation et la peine de mort. Ainsi, cette contrée a vu luire pour elle l'aurore d'un état de sûreté et de bonheur, auquel elle n'avoit jamais été accoutumée.

Si on vouloit avoir une idée juste de la solidité relative des possessions des Russes et des Anglais en Asie, il suffiroit de comparer la conduite de ces deux gouvernements dans leurs conquêtes respectives.

La Russie maintient d'ordinaire les lois et les coutumes des peuples qu'elle réunit à son empire; mais comme elle a le sentiment de sa force, elle n'hésite jamais à abroger les coutumes qui portent avec elles l'empreinte de la barbarie.

Dans l'Inde, au contraire, nous voyons les Anglais conserver sans distinction les lois et les usages des peuples; et lorsqu'une nation aussi éclairée, une nation qui se pique de tant de phi

lantropie, est forcée de tolérer tous les ans l'odieux spectacle de cette foule de veuves que le fanatisme religieux condamne à périr sur des bûchers, son gouvernement, par ce seul fait, prouve d'une manière évidente combien il est pénétré du peu de solidité de ses possessions de l'Inde, et peut-être de la facilité avec laquelle cette contrée pourroit être envahie.

Ici s'arrête le récit des événements dont la Colchide a été le théâtre. Désormais cette contrée, confondue dans l'immense empire de la Russie, et devenue une de ses provinces, ne sera plus du domaine de l'histoire.

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