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Toutes ces pelleteries viennent à Taman brutes, et telles qu'on les a tirées de l'animal : c'est au marchand qui les achète à les faire préparer.

Deux cent mille paires de cornes de moutons sauvages, dont on fait en Tartarie des manches et des gaînes de couteaux. On les apporte à Taman de Tcherkez-Kirman, sur le Tanaïs ou Don; elles sont d'une qualité inférieure à celles de la plaine d'Okzakow; elles se vendent à Taman à 2 paras la pièce.

Deux cent mille paires de cornes de boeuf au même prix.

Cent mille grosses de flèches, de trente flèches l'une. La Circassie en fournit les Tartares et les Nogaïs. Il y en a de deux qualités : la première, à laquelle on emploie les plumes d'un oiseau appelé gudjuguen; elles coûtent de 3 à 4 piastres la grosse. Il n'y a guère que les Mirzas et les personnes distinguées qui s'en servent. La seconde est faite avec des plumes de corbeau et d'autres oiseaux de proie : elles ne valent que 60 paras la grosse.

Les esclaves sont un des principaux articles du commerce de la Circassie; j'en ai déjà parlé à l'article de Crimée, et je n'entrerai point dans une répétition inutile.

Les chevaux circassiens sont extrêmement estimés; ils sont grands , bien taillés, extrêmement forts, et propres à la course et à la fatigue. Ils ont la tête approchant un peu du bec-de-corbin, et ils ressemblent

assez aux chevaux anglais:on a très-grand soin de perpétuer certaines races; les plus célèbres sont celles de Solouk et de Bekkan. Il ne sort de Circassie que des chevaux hongres; on n'en monte même pas d'autres dans le pays; il n'y a de chevaux entiers que des étalons. Il en vient un très-grand nombre en Crimée, dont on fait grand cas : on les paye encore jusqu'à 200 piastres; mais il y a dans ce pays des chevaux fameux, pour lesquels on a troqué jusquhuit esclaves.

La place d'Atchou fournit une prodigieuse quantité de caviar et de poissons secs; le caviar est tout fait avec des aufs d'esturgeon et de suruk; il n'y en a point de Morone; cette qualité vient de Kerche: il sort d'Atchou environ trois mille quintaux de caviar chaque année; on l'embarque dans de grands tonneaux pour Caffa et pour Constantinople: on le vend sur les lieux à 7 paras l'ocque. Les poissons secs sont de quatre espèces : l’esturgeon, que l'on coupe en aiguillettes d'environ un pic de longueur, appelées tchilim ; on les sale, on les fait sécher, et on les vend sur les lieux à 5 paras la pièce. Il en passe environ deux mille quintaux par an à Caffa, à Trebizonde et à Constantinople. La seconde qualité est le suruck, que l'on découpe aussi en aiguillettes plus petites : on le vend de la même manière et au même prix, mais en plus grande quantité. La troisième espèce est le sazan ou la carpe; on la fend par le milieu, on la fait sécher sans sel, et on la vend à la pièce, de 10

. à 12 au para : on porte ces poissons à Batoum, d'où

ils se répandent dans toute la Géorgie turque; ils s'y vendent jusqu'à 2 et 3 paras la pièce. La quatrième qualité est le sila, que l'on prépare de la même manière, et qu'on donne au même prix : il en passe beaucoup en Géorgie, et quelque peu à Constantinople. La pêche de ces deux derniers poissons est quelquefois si abondante, qu'on ne sait qu'en faire, et qu'ils pourrissent sur le rivage. Ce sont les cosaques appelés Sari-Inad , sujets du khan, qui font la pêche à Atchou, depuis le mois de mai jusqu'à la fin d'octobre; elle n'est pas praticable dans les autres mois de l'année, où le fleuve Couban est glacé. Le jour qu'elle commence, le bey donne une grande fête. La pêche des esturgeons se fait au palangres, et d'une autre façon assez singulière : on forme dans le fleuve une enceinte avec des bois de saule, et l'on y pratique une porte-faite de façon, que les poissons qui y sont entrés n'en peuvent plus sortir. La pêche des carpes et du sila se fait aux filets.

Il sort aussi d'Atchou, chaque année, deux à trois mille quintaux d'huile de poisson, dont le prix ést de 5 à 6 paras l'ocque; les Nogaïs en mangent, et les Tartares s'en servent pour le luminaire : on peut ajouter encore cent quintaux de colle de poisson, que l'on vend de 10 à 12 paras l'ocque.

La monnoie du grand-seigneur et celle du khan sont les seules qui aient cours à Taman et à Kaplou. Dans l'intérieur de la Circassie, l'argent est peu en

usage, et l'on ne fait pas d'autre commerce que le troc.

Il y a des marchands qui se contentent de vendre leurs effets à Taman, et d'y acheter les retours; d'autres vont commercer à Kaplou, et d'autres enfin s'enfoncent dans les terres, prennent un interprète qui sache bien la langue, et vont traiter directement avec les Circassiens; ils promènent leurs marchandises de village en village dans les différentes tribus. Ils poussent quelquefois leur route plus loin, et, après avoir traversé toute la Circassie, ils vont jusquAstrakan et chez les Kalmouks : ces marchands jouissent véritablement des avantages du commerce, et font d'immenses profits.

Les Nogaïs du Couban viennent ordinairement à Kaplou acheter ce qui leur est nécessaire, et vendre les marchandises de leur crûn. Quelques Circassiens font la même chose. Le commerce d'entrée et de sortie de cette horde de Nogaïs est compris dans les détails que j'ai donnés de celui de la Circassie, dont ils font partie.

Les marchandises d'entrée et de sortie vont et viennent de Taman à Kaplou sur des charriots tirés par des chameaux, des chevaux et des bæufs; ceux de chameaux ne vont qu'en hiver; ils portent de six à sept cents ocques, et coûtent 20 piastres de bécheliks de louage; ceux de chevaux portent de cinq à six cents ocques, et coûtent 18 piastres; ceux de boeufs sont de la même portée et du même prix. Pour transporter les marchandises de Kaplou dans l'intérieur de la Circassie, on se sert de charriots de boeufs et de chevaux ; il n'y a point de chameaux : c'est l'éloignement de la tribu dans laquelle on veut aller, qui en détermine le prix.

Une maison française établie à Caffa pourroit poster un commis à Taman, sous la protection du séraskier du Couban, pour lequel il seroit aisé d'obtenir du khan des lettres de recommandation très-fortes, et des ordres qui le mettroient à même de trafiquer en toute sûreté, et de tirer parti du commerce de Circassie, qui est, comme l'on voit, assez important pour la partie de l'exportation.

Commerce d'importation des Abazes.

Les bâtiments qui vont dans l'Abaza chargent ordinairement du sel, qui est la marchandise la plus recherchée dans ce pays-là : ils vont le plus communément acheter le sel en Crimée, aux salines de Gheuslevé et de Kerche, où l'on ne peut charger qu'avec un firman du khan.

Divers bâtiments chargent aussi pour la côte des Abazes du vin, dont ils vont se pourvoir à Sinople, à Tiboli, et dans quelques autres endroits de la côte de Natolie.

Les autres marchandises qui ont le plus de cours chez les Abazes, et dont le reste du chargement doit être composé, sont :

Des maroquins et basanes teints en rouge, jaune et noir, de Constantinople et de Crimée;

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