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et son plan fut adopté avec d'autant plus d'empressement qu'il rapprochoit un établissement maritime de la Turquie, et procuroit aux propriétaires de la Volhinie et de la Podolie le grand avantage de n'avoir plus à traverser le Bug, pour arriver à l'entrepôt de leurs blés destinés à être expédiés dans la Méditerranée.

Le sol qui entoure Odessa, si on en excepte les bords de la mer sur la route de Kherson, est d'une extrême fertilité. L'air y est sain. Sa position est à mi-côte et en amphithéâtre; mais son port offrant peu de sûreté aux navires, surtout pendant l'hiver, et la ville manquant de bois et de bonne eau, elle seroit peut-être retombée dans le néant d'où à peine elle étoit sortie, sans la circonstance heureuse qui, en 1803, lui donna pour gouverneur M. le duc de Richelieu, dont l'âme ardente et élevée se pénétra immédiatement de tout ce que le caractère de fondateur de colonie portoit avec lui de grand et de noble.

Il sentit combien il étoit beau de remplacer des déserts par des pays habités, de livrer à la culture des terres que jamais le soc n'avoit sillonnées; enfin, de gouverner un pays qui pouvoit devenir le refuge de tous ceux qui, ruinés par les révolutions, ou victimes de la guerre, avoient

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besoin de trouver un asile. Affable, sans rien perdre de sa dignité, simple et économe dans ses dépenses particulières, sa libéralité et sa bienfaisance n'avoient pas de bornes. Une population nombreuse fut attirée, je dirai presque entraînée sous son gouvernement paternel. Son caractère lui avoit mérité la confiance et l'amitié du souverain qui l'avoit accueilli, et il en a fait usage dans l'intérêt de la Russie méridionale. Tout ce qui pouvoit être avantageux pour la population fut sollicité et obtenu. Régularité dans les courriers, tribunal de commerce, établissement de quarantaine, bourse, hôpitaux, gymnase, etc. Dix ans s'étoient à peine écoulés, que la population, le commerce et les revenus de la ville avoient augmenté dans une progression qui égale tout ce que l'Amérique septentrionale offre de plus extraordinaire dans ce genre.

En 1803, on comptoit à Odessa quatre cents maisons et sept à huit mille habitants. Le revenu des eaux-de-vie, concédé à la ville, ne s'élevoit qu'à 47,000 roubles (1); celui de la poste montoit seulement à 11,000 roubles. Enfin, tout le com

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(1) Le rouble habituellement en usage en Russie est le rouble-papier, qui équivaut à i franc; on le nomme assignation de banque. Le rouble argent vaut environ 3 roubles 80 copeks en papier, et équivaut à 3 francs 80 centimes.

inerce de la mer Noire s'élevoit à peine à 5 millions de roubles.

En 1814, au moment où M. le duc de Richelieu quittoit Odessa, le nombre des maisons s'élevoit à deux mille six cents, et elles avoient augmenté en grandeur et solidité; elles étoient construites avec plus de goût. Alors la population dépassoit trente-cinq mille âmes. Le revenu de la poste montoit à 190,000 roubles; le bail de la ferme de l'eau-de-vie avoit été porté à 280,000 roubles. Les exportations et les importations de la mer Noire dépassoient 45 millions de roubles; le revenu des douanes montoit à près de 2 millions de roubles, et les affaires de banqued’Odessa s'élevoient à 25 millions de roubles (1),

(1) Les soins et les effets de l'administration de M. le duc de Richelieu ne se concentroient pas dans la seule ville d'Odessa. Toutes les parties de son gouvernement, les nations diverses qui en composoient la population, se ressentoient de son active surveillance.

Lorsque la Russie occupa les pays qui bordent la mer Noire et la mer d’Azow, elle ne prit possession que d'un désert; la plus grande partie de la population s'étant retirée de l'autre côté du Caucase et dans les États de la Turquie, il ne resta sur le continent qu'un millier de Nogaïs, et dans la presqu'ile de Crimée qu'environ quatrevingt-cinq mille Tartares, qui y furent retenus par l'amour de la propriété, et, sans doute, du sol qui les avoit vus

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A l'administration de M. le duc de Richelieu a succédé celle de M. le général en chef comte de Langeron, son ami. Ce gouverneur ne pouvoit faire oublier son prédécesseur; mais on peut dire qu'il a achevé son ouvrage, et qu'à son exemple, il s'est distingué par son affabilité et son attention continuelle pour tout ce qui pouvoit intéresser les habitants d'Odessa. Sous son administration, les progrès d'Odessa ont répondu à l'impulsion que leur avoit donnée M. de Richelieu, ainsi qu'on en peut juger par l'aperçu du commerce de cette ville en 1816.

naître, amour plus fort que le fanatisme religieux et la haine pour les conquérants.

En 1814, la population de cette contrée, à laquelle on a donné le nom de Nouvelle-Russie, étoit déjà très-considérable; elle se composoit de colonies venues de l'intérieur de la Russie ou de l'étranger; le pays étoit couvert de villes et de villages qui tous, à l'exception de ceux de la Crimée, étoient de création récente (*). La ferme de l'eau-de-vie pour toute la Nouvelle-Russie, à laquelle étoient annexés alors deux districts, qui font aujourd'hui partie du gouvernement de Poltawa, rendoit 220,000 roubles sous le règne de l'empereur Paul. En 1812, le bail montoit à 2,800,000 roubles, et passoit pour ne pas être porté à sa valeur. Les salines de Perecop, de 200,000 roubles, avoient été portées au-delà de 2,000,000.

(*) Voyez l'ouvrage de M. le professeur du Gouroff sur les Tartares nogaïs.

Pendant cette année, les exportations s'élevèrent à 52,716,704 roubles : sur cette somme, la valeur des grains est portée pour...... 49,364,704 roubles.

Les provisions des équipages et le fret de navires montent à..... 3,152,000

Et les autres articles d'exportation s'élèvent seulement à....... 200,000

52,716,704 roubles.

En 1817, les expéditions ont été encore plus considérables; mais.on ne peut se dissimuler qu'une grande partie des exportations a tenu à la demande extraordinaire de grains et de farines faite à la fois par tous les ports de la Méditerranée, lors de la disette qui, dans ces deux années, pesa sur l’Europe occidentale. A cette époque, la culture des grains étoit la seule qui fixoit l'attention des agriculteurs de la Russie méridionale; c'étoit le seul aliment du commerce d'Odessa. Aussi, lorsque presque simultanément les gouvernemens de la France, de l'Espagne et de l'Italie, eurent porté des lois restrictives à l'importation des grains étrangers, Odessa, Théodosie, Taganrog, éprouvèrent une grande interruption dans leur navigation, et les proprié- . taires de la Russie une diminution sensible dans

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