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qu’un infidèle eùt une barbe aussi remarquable, et digne à leurs yeux d'orner la tête d'un disciple seul du prophête, l'auroient forcé à la couper, si le pacha ne s'y fût opposé, fort heureusement pour ce prêtre. On jugera par ce trait du joug oppresseur sous lequel vivent les infortunés raïas en Turquie, puisqu'ils ne peuvent jouir en paix même des dons que la nature leur a départis, et que chaque Turc, s'érigeant en despote à leur égard, se croit en droit de les en priver.

La langue la plus généralement répandue dans cette province est la langue turque; mais on y parle beaucoup le géorgien.

Le commerce d'Akiska est peu considérable, et son bazar n'est pas grand. On y porte quelques marchandises de la Perse, et ses rapports ne sont qu'avec Irewân, Arzroum et Tiflis.

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Rizeh, à soixante-quatre mille turques, ou onze lieues de Trébizonde, situé dans un enfoncement, ne se découvre qu'au détour d'un petit cap, à la pointe duquel sont des brisans à fleur d'eau. Cette ville ne renferme que deux à trois mille habitants au plus, parmi lesquels on compte une trentaine de familles Grecques et dix Arméniennes. Son territoire est assez étendu, et les villages qui en dépendent très-nombreux. Tutchi-Oglou, hadji-memich-aga, et son frère Osman, ont chacun un palais bâti sur

une petite éminence; celui du commandant est dominé par une forteresse délabrée, flanquée de quatre tours rondes. On remarque dans la ville, à quelque distance l'une de l'autre, cinq autres tours carrées. Trois paroissent anciennes; mais je n'y ai trouvé, pas plus que dans la forteresse, aucune inscription qui pût m'indiquer l'époque à laquelle remontoient ces constructions. Tout porte à croire qu'elles datent du temps de Justinien. Arrien, dans son périple de la mer Noire, ne fait mention que de la rivière qui coule près de Rizéh, sous le nom de Rhizius, et n'en parle nullement comme d'une ville ni d'un port, puisque, dans la tempête qu'il éprouva sur cette côte, il fut obligé d'aller se réfugier avec sa flotte dans celui d'Athènes.

Quand on lit l'ouvrage de feu M. Peyssonnel, sur le commerce de la mer Noire (1), on ne peut qu'être affligé de voir combien cet estimable agent a été induit en erreur dans les informations qui lui ont été données, et qu'il nous a transmises, même sur la situation de Rizéh, située, selon lui, à trois milles de la mer. Il représente cette ville comme offrant de grands débouchés au commerce maritime et aux objets de notre industrie. Quelles ressources peut présenter la population Turque d'une cité de deux à trois mille habitants, qui n'a de communication qu'avec les villages qui en dépendent ? C'est à Trébizonde, la plupart du temps, que les indigènes vien

(1) Voyez l'article Rizéh, tom. 2, pag. 53 et suiv,

nent acheter les objets nécessaires à leur consommation. Les navires que possède le commandant de ce pays reviennent de la Crimée chargés seulement de fer, de blé et de sel. Les principales productions du territoire de Rizeh, qui peuvent lui servir d'objets d'échange, sont le chanyre, le lin, et des oranges d'un goût exquis.

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Sa population s'élève à près de cent mille habitants, dont deux mille cinq cents Arméniens schismatiques, seize cents Arméniens catholiques, quatre cents Grecs, et le reste Turc. - Cette ville est au 39° 56' 36" latitude nord, et au 46° 15' 45” de longitude.

Elle est l'une des plus opulentes de l'Asie par son commerce, et sert de dépôt à toutes les marchandises de l'Inde et de la Perse. Quoique accablée de contributions continuelles de la part de ceux qui la gouvernent, elle offre toujours de grandes ressources aux négociants, par l'abord des caravanes qui y viennent de la Perse, de Bagdad, de Mossoul, de Diarbekir, de Tiflis, de Smyrne, d’Alep, de Constantinople, et d'autres villes plus voisines et moins importantes.

Les caravanes de Perse apportent des shalls de cachemire de Kermân, et d'autres d'une qualité plus commune, des toiles peintes des Indes, de la laine dite chevron, du castor, de la rhubarbe et autres drogues pour la médecine et la peinture, des toileries, des mouchoirs de soie imprimés, des peaux pour les bonnets des Grecs et des Arméniens, des perles, de la soie écrue, de la garance, du coton, du coton filé rouge.

Celles de Bagdad viennent avec du poivre, du café, d'autres épiceries, de l'étain, mais d'une qualité inférieure, du sel ammoniaque, des bois de teinture, mais ordinaires, et des noix de galle du Kurdistân.

Celles de Diarbekir apportent des maroquins de diverses couleurs, quoique l'on en fabrique aussi à Arzroum; des toiles de coton, des toiles imprimées, du coton filé rouge, des noix de galle.

Celles de Tiflis arrivent en quinze jours avec de la cire, des cuirs de buffle et de bouf, de la gomme adragant, des laines de chevron.

Celles d'Alep apportent des toiles de coton et de soie avec des fleurs en or, et du savon fabriqué dans cette ville. .

Celles de Smyrne et de Constantinople viennent avec nos articles d'Europe, et celles de Trébizonde avec les objets qui y sont apportés de la capitale, ou de la Crimée par mer. J'aurai occasion, dans les chapitres où je traiterai du commerce de la mer Noire, de parler encore plus amplement de celui d'Arzroum, et des divers produits dont cette ville est l'entrepôt.

Les bazars sont vastes, bien fournis, et il y règne toujours une grande activité. Une petite partie est terminée par une coupole, et le reste est ouvert en terrasses qui facilitent le passage aux piétons. Les marchandises qui arrivent par les caravanes sont déposées dans des khans, ou caravanserails immenses, bâtis en pierre. On en compte vingt de trèsgrands; d'autres sont moins considérables. On peut y laisser sans aucune crainte les marchandises, moyennant un droit que l'on paye au propriétaire du khan lors de leur expédition. Ces caravanserails renferment plusieurs chambres qui sont louées par les étrangers ou les négociants de la ville.

Les marchands en gros se servent de deux poids. Ils vendent au batman, qui est de six ocques, et au quintal, qui est de cent quatre-vingts (1). On n'emploie que l'ocque pour le détail. Il est bon d'observer que le poids de cette ville est plus fort de trois huitièmes que celui de Constantinople et de Trébizonde. On se sert pour auner de la même mesure que dans la capitale de l'Empire.

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Sa fondation date de la deuxième année de la huitième Olympiade, sept cent quarante-sept ans avant Jésus-Christ. Cette ville passe pour avoir été une colonie de Synope, qui l'étoit elle-même de Milet.

D'abord ville libre, ensuite dependante des rois de Pont, soumise à Mithridate, puis à Polémon,

(1) L'ocque est un poids de quatre cents dragmes; oent cinquante-trois dragmes font une livre, poids de marc.

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