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vert une d'or; mais une source d'eau qui se rencontra, et que l'on ne sut point détourner, fit abandonner l'entreprise. Ce pays seroit un véritable Pérou entre les mains d'une nation européenne.

Je m'arrêtai un jour entier à Gumuch-Khané, et rendis visite à l'Emini, qui me reçut avec cette aménité qu'ont contractée une infinité de Turcs de la capitale par leurs rapports continuels avec les Européens.

Je quittai Gumuch-Khané le 6 mars à dix heures du soir. Descendus dans le vallon, nous longeâmes pendant long-temps le Carchout, et suivîmes une route bordée de jardins. Nous le quittâmes pour gravir des collines incultes. Après six heures de marche, nos chevaux, accablés de lassitude, nous obligèrent de nous arrêter à Ardassan, où notre asile pour la nuit fut un caravanserail.

Le lendemain, après trois heures environ de marche sur un terrain inégal et montueux, nous arrivons à quelques caravanserails. Le manque d'habitations sur cette route a fait bâtir plusieurs de ces édifices, pour servir d'abri aux voyageurs et aux caravanes.

Nous gravissons ensuite le Zigânâ- Dâgh ou KaraKaban, le mont Zigânâ ou la Montagne-Noire. C'est vraisemblablement à son sommet que les Colchidiens s'étoient rangés en bataille pour attendre les Dix- . Mille qui les battirent. On est d'autant plus porté à le croire, que les Grecs arrivèrent de là à Trébizonde, après avoir fait sept parasanges en deux jours, et

que cette distance correspond à celle que les indigènes comptent. En descendant cette montagne, je voyois les nuages se mouvoir en bas sous mes pieds à perte de vue. J'aurois cru être en l'air, si je n'avois senti que la terre me portoit. Nous pénétrons bientôt dans une forêt si vaste, qué, d'un côté, on ne peut en découvrir les bornes : elle est formée d'arbres vieux comme les siècles, et dont les trones inébran. lables n'auroient pas fléchi sous le souffle des vents les plus furieux. Cette forêt conduit, par une descente longue et rapide, jusqu'au village de Yerkeupri, près duquel passe le Koch-Oglan. Cette rivière, qui portoit autrefois le nom de Pixitis (1), prend sa source au mont Soumela , dont j'aurai plus bas occasion de parler. Je remarquai auprès d’Yerkeupri des eaux sulfureuses mêlées de nitre.

Après un moment de repos, nous continâmes notre route, et allâmes faire halte, au coucher du soleil, dans un caravanserail situé au milieu des montagnes. Nous n'avions pas encore quitté les hauteurs; mais depuis Gumuch-Khané, la pente est si sensible, qu'on ne peut conserver aucun doute du voisinage de la mer.

Le 7 mars, nous étant remis en route de grand matin, nous suivîmes toujours un chemin en pente, ayant à notre droite le Koch-Oglan. A gauche, on aperçoit, à quelque distance, le bourg de Mazzuca ,

(1) In orá ante Trapezuntem flumen Pixitis. (Plin., lib. 6. cap. 4.)

dans les environs duquel se fait tout le charbon de bois nécessaire à la consommation de Trébizonde. Après deux heures de marche, nous parvenons au village de Djevizlik (1), qui prend son nom de la quantité de noyers dont il est environné. Non loin de là est le hameau de Materaggi-Olgou. Nous nous y arrêtâmes quelques instants pour prendre des informations sur ce qui passoit dans la ville de Trébizonde, agitée alors par des discussions intestines. Turcs, raïas, artisans, marins, tous avoient pris les armes, les uns pour Calzi-Oglou-Mémich-Aga, les autres pour Chatir-Oglou-Osman-Aga, deux puissants Derebeys. Je remontai bientôt à cheval, dans l'espoir que le tatar qui m'accompagnoit et moi serions respectés. Des femmes, des enfants, des villageois se joignirent à nous, persuadés que sous notre égide ils pourroient entrer sans être inquiétés.

Nous traversâmes le hameau de Muhurgi, où l'on perçoit un droit de péage sur toutes les marchandises qui passent. Après avoir fait encore une lieue et demie dans un chemin un peu inégal, nous arrivons à trois heures du soir à Trébizonde, et j'allai descendre chez le consul de France.

Tokat.

Tokat, l'ancienne Comana, est situé dans une

(1) Djeviz, en turc, signifie noix. C'est le même endroit que M. Kinnei appeloit par erreur jemishee (Voyez Journey, Trough Asia Minor, Armenia and Koordistan, p. 345. vallée remplie de vignobles et de jardins, arrosée par le Tozanlù, et bornée par des montagnes de terre rouge. Cette ville est généralement mieux bâtie que beaucoup d'autres de la Natolie. Les maisons sont presque toutes à deux étages, et construites en amphithéâtre, sur un plan de rochers qui s'élèvent en aiguilles. Au sommet des deux plus grands, sont deux vieux forts tombant en ruines, où furent détenus plusieurs Français pendant la guerre d'Égypte.

La population de Tokat est presque toute turque, et s'élève à environ soixante mille habitants. On compte à peine dans ce nombre dix mille individus Arméniens, Grecs ou Juifs. Les Turcs et les Arméniens font le principal commerce. Parmi les premiers on trouve des négociants très-riches; mais les Grecs et les Juifs sont généralement pauvres, et presque tous artisans.

Cette ville, l'une des plus riches de la Natolie, est gouvernée par un vaivode (1), relevant directement de la Porte. Malgré l'incendie de 1792, et les révolutions auxquelles elle a été en proie, et qui ont beau

.. (1) Ce mot esclavon signifie général d'armée. Les Polonais le donnent à un gouverneur de province; les Turcs, aux princes chrétiens de Moldavie et de Valaquie , leurs tributaires. Ils 'honorent aussi de ce titre des gouverneurs de grandes places, s'ils n'ont pas celui de pacha; même, dans certaines villes, on l'accorde à celui qui n'est souvent chargé que de la police intérieure. Tel est , par exemple, le vaivode du faubourg de Galata , à Constantinople.

coup diminué son état florissant. Le commerce qu'elle fait est encore considérable, parce qu'elle est le point où viennent' aboutir toutes les caravanes de l’Asie-Mineure (1).

Celles de Constantinople et de Smyrne y viennent, la première en vingt jours, et la seconde en trente; elles apportent des draps français, anglais, belges, des soieries, du sucre, des drogues, de la quincaillerie, des bonnets, du papier, de la cochenille, de l'indigo et autres objets d'Europe.

Celle de Magnésie y apporte, dans l'espace de vingt-huit jours, du coton pour les manufactures du pays, et pour les étoffes que l'on fabrique dans l'intérieur de la province.

Celle d'Alep y vient en trente-cinq ou quarante jours, avec des étoffes du pays, du café, et quelquefois des marchandises d'Europe.

Celle d'Afioun-Kara-Hissar en six jours, avec de l'opium et autres drogues, de la garance et des couleurs pour la teinture.

Celle de Brousse en vingt jours, avec de la soie.

Celle d'Angora y vient en quinze jours, avec des camelots et des châlits.

Celle de Castambol apporte du cuivre brut des mines de Bakeur-Kuré, à cinq lieues au sud des

(1) Pour ne pas renvoyer le lecteur au Voyage en Perse que j'ai publié dernièrement, j'ai répété en partie ce que j'y ai dit sur le commerce de Tokat. J'ose espérer qu'il me pardonnera ce plagiat.

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