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qu'il y avoit vu arriver plusieurs caravanes de Buckares et de Tartares du Dagheston, qui, sans aucun doute, avoient dû traverser le Caucase sous la protection de leurs amis, ou konacs, depuis la mer Caspienne jusqu'à la mer Noire.

Le commerce d’Anapa pourroit acquérir quelque importance, si la situation de la Turquie envers la Russie ne causoit pas beaucoup d'inquiétude aux marchands arméniens et turcs de Constantinople, et ne les empêchoit pas d'y former un entrepôt pour les marchandises qui conviennent aux montagnards.

Au mois de juillet 1823, ce marché étoit tellement dépourvu de tous les articles d'Europe, que lorsque le bâtiment expédié, pour essai, par M. de l'Écluse, y parut, le pacha lui-même acheta immédiatement, et à des prix très-élevés, les draps, les toiles, et beaucoup d'autres marchandises de consommation habituelle qui se trouvoient à bord.

La population d'Anapa est d'environ trois mille habitants, dont un tiers turcs, et le reste circassiens, arméniens et grecs : ces derniers sont aujourd'hui en très-petit nombre; ils sont sévèrement surveillés, et comme captifs. Leurs demeures sont de véritables cabanes.

La forteresse est garnie de plus de quatrevingts canons de bronze; mais ses remparts sont si peu de défense, qu'elle seroit hors d'état de résister à une attaque sérieuse.

Son port ou plutôt sa plage est presque ouverte; le fond est sablonneux et peu solide. Les · bâtiments d'un foible tirant d'eau sont les seuls qui y puissent entrer, et encore sont-ils exposés à être jetés en mer lorsque le vent de terre souffle avec violence.

Anapa a été prise d'assaut en 1791 par le lieutenant-général Goudowitche : elle fut rendue aux Turcs à la paix.

Cette ville a été prise de nouveau en 1807 par les Russes, qui l'ont conservée jusqu'en 1811. Le marquis de Traversay commandoit la flotte qui força la ville de se rendre. L'armée de terre étoit sous les ordres de feu M. le duc de Richelieu.

Lors de la paix de 1812, elle fut rétrocédée à la Porte, mesure tellement contraire aux intérêts de Sa Majesté Impériale, qu'elle ne peut être excusée de la part du général Kutusoff, le négociateur de la paix, que par le besoin urgent, immédiat, de disposer de l'armée de la Moldavie contre les Français qui s'étoient emparés de Moscou, et peut-être aussi par suite de l'igno

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rance où on étoit de la position et de l'importance de cette place.

Quoi qu'il en soit, on sentit tellement la faute qu'on avoit faite, qu'on donna, dit-on, l'ordre au général qui commandoit cette forteresse de temporiser, et d'éluder cette rétrocession. Mais cet ordre n'arriva pas à temps, ou jamais il ne fut donné, puisque Poti et Anapa furent rendus en même temps aux Turcs; et cependant, par l'abandon de Poti, la Russie se privoit de la navigation du Phase, si utile pour les approvisionnements de ses troupes en Immirette, et pour ses relations de commerce; et par celle d’Anapa , elle plaçoit une enclave éternellement ennemie aux frontières de son empire, au milieu des peuplades du Caucase, dont dès-lors la soumission ne pouvoit que difficilement avoir lieu.

Ici se présente naturellement une réflexion. Par l'accord unanime des gouvernements du continent de l'Europe, et dans cette circonstance, c'est l'Angleterre elle-même qui a pris l'initiative; on a prononcé l'abolition de la traite des Noirs. L'empereur Alexandre, portant plus loin que les autres souverains sa haine contre cet odieux trafic, a consenti à ne plus permettre l'importation dans ses États des denrées coloniales provenant des contrées où la traite seroit

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encore permise. Dans cet état de choses, s'il étoit prouvé que le pacha d’Anapa entretient l'état continuel d'hostilité des peuples du Caucase contre les Russes, qu'il leur fournit des armes et des munitions de guerre, qu'il achète les hommes, les femmes, les enfants qui sont le fruit de leurs incursions au-delà du Kouban, est-il une disposition quelconque dans le droit des gens, dans le code des nations civilisées, qui puisse obliger la Russie à tolérer de telles hostilités ? Il semble donc que la cession d’Anapa et de Poti aux Russes doit être la première condition d'un rapprochement et d'une paix solide entre l'empereur de Russie et le divan.

M. Klaproth se trompe, je pense, en assurant que les Circassiens vendent rarement leurs enfants, et surtout leurs filles. M. Thaitbout de Marigny, qui a fait, comme négociant , de fréquents voyages à Anapa, dit positivement que les Turcs ont établi dans cette place un marché avec les Circassiens, dont ils reçoivent les filles et les jeunes garçons en échange de quelques marchandises apportées annuellement de Constantinople et de la Natolie (1); et cette circonstance m'a été confirmée par un homme digne de foi

(1) Voyage en Circassie, fait en 1818, par M. Thaitbout de Marigny. (1821, page 6.)

qui a été à Anapa pendant l’été de 1823. Je citerai encore, à l'appui de cette assertion, un fait arrivé en 1817, un an avant mon séjour à la quarantaine d'Egorlick , sur le Kouban.

Un Circassien avoit traversé le fleuve dans son cayouque ou bateau avec son père et son jeune frère, âgé de quinze à seize ans; il y vendit clandestinement son père à un arménien pour quelques pouds (1) de sel. Satisfait du marché, il lui proposa de lui vendre aussi son frère. D'accord sur le prix, il s'en approche, le surprend , lui saisit les bras par derrière, les attache, et, insensible à ses larmes, à ses supplications, il le livre à son avide acheteur, qui, à son tour, le transporte dans l'intérieur de la Russie.

Cette anecdote m'a été racontée par des employés de la quarantaine d'Egorlick, qui assuroient avoir été témoins de cette odieuse vente; et il est permis d'y croire dans une contrée où, dès le plus bas âge, les princes éloignent leurs enfants, et ne les revoient que lorsque leur éducation est achevée.

Cette coutume et les moeurs des Circassiens en général ont quelque ressemblance avec celles

(1) Le poud pèse trente-trois livres un tiers , poids de

marc.

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