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deux empires, qu'en se rappelant que depuis trois siècles la Circassie, la Mingrelie et la Géorgie alimentant les harems de Constantinople, et les corps des mamelouks en Egypte, la Turquie souffre beaucoup de la privation de ces Echelles. Mais la religion, l'honneur, l'humanité n'imposent-ils pas au gouvernement russe l'obligation de ne jamais abandonner des forteresses dont la possession, entre les mains des Turcs, n'auroit d'autre but que de recommencer la traite de ses propres sujets ? Il est d'ailleurs un autre motif qui s'opposera toujours au refus de rétrocession, et qui le légitime aux yeux mêmes des publicistes les plus rigoristes.

Les peuples de la Circassie et de l’Abazie se sont, de temps immémorial, livrés à la piraterie et aux brigandages. Leurs pirateries n'ont été suspendues que lorsque la Porte-Ottomane naviguoit seule sur la mer Noire, et que le pavillon de la chrétienté en étoit exclu.

Depuis que les victoires de l'impératrice Catherine lui ont obtenu le passage des Dardanelles, et que cette facilité a été étendue à presque toutes les puissancés maritimes, le PontEuxin a été parcouru tous les ans par un nombre de bâtiments européens plus ou moins considérable, et dès-lors les Circassiens et les Abazes

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ont recommencé leurs incursions maritimes. Elles n'étoient heureusement accompagnées que de très-peu de danger, parce que ces peuples n'ont que des bateaux à rames, et pas un canon. Mais enfin il falloit mettre les navires chrétiens à l'abri d'un coup de main ; et la Russie, aujourd'hui seule puissance armée sur la mer Noire, s'est chargée de la défense commune.

A cet effet, tous les trois mois une frégate et un brick ou goëlette de la marine impériale ara rivent à la côte de la Mingrelie, et y restent en station. Pendant les gros temps, ils se mettent à l'ancre dans la baie de Soukoum-Kalé, et quelquefois dans la rade de Redoute-Kalé (1). La rétrocession de ces deux forteresses priveroit

(1) Malgré ces précautions, on sait que lorsque le capitaine Gautier étoit, en 1820, le long de la côte des Abazes, pour en vérifier la position et préparer la belle carte qu'on doit à cet habile officier, il fut menacé d'être attaqué par deux bateaux pirates. — Depuis, en 1823, un allége venant de Trebizonde, monté de cinq Italiens, fut pris et emmené à Pschiat (*). A la suite de ces déprédations, M. l'amiral Greig a ajouté deux bâtiments de guerre àl à station ordinaire; ils louvoyent continuellement le long de la côte, et mettent la navigation marchande hors de tout danger.

(*) L'équipage a été en grande partie racheté des deniers du petit nombre de Français fixés en Géorgie, ..

la marine russe de tout point de refuge sur ces côtes, et les navires européens de toute protection. On ne peut donc admettre sérieusement que la réclamation au sujet de ces forteresses fasse partie des griefs de la Porte.

Les Circassiens et les Abazes sont sur la même ligne que les Barbaresques. Du moment que la Porte n'est pas en état de s'opposer à leurs brigandages, et qu'elle ne veut pas se charger de leur réparation, elle renonce par cela même à la possession des forteresses uniquement destinées à les contenir.

Pendant notre séjour à Soukoum, nous témoignâmes au commandant le desir de faire une excursion dans le pays, et il voulut bien y consentir, en prenant les mesures nécessaires pour notre sûreté. Notre escorte se composoit de deux cents hommes, dont une partie servoit d'éclaireurs, et s'assuroit si on ne nous avoit pas tendu quelques embûches. Le pays que nous visitâmes étoit admirable pour la fertilité de la terre, pour la végétation des plantes et des arbres, parmi lesquels nous remarquâmes surtout de très-beaux noyers et des figuiers d'une grande élévation. Les vallées et les collines se succédoient alternativement, et on y trouvoit partout des sources d'eaux abondantes, des ruisseaux

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limpides, et tous les accidents de terrain qui constituent les plus magnifiques paysages.

Nous avançames à environ quatre werstes (une lieue dans les terres jusqu'à la crête d'une chaîne de montagnes peu élevées, d'où nous aperçûmes un village assez étendu, dont les maisons étoient séparées les unes des autres comme dans la Mingrelie. Ne pouvant sans danger visiter ce village, nous revînmes à Soukoum, après avoir mis cinq heures à notre excursion.

Peu de jours avant notre départ de la forteresse, le capitaine Papayegoroff engagea le jeune prince des Abazes à venir dîner avec nous, et il accepta avec empressement cette invitation, se réjouissant, disoit-il, de se retrouver un instant parmi des Européens; mais au moment de s'embarquer pour se rendre à bord de la frégate, il fut retenu par la nouvelle que deux ou trois mille Circassiens, réunis aux Abazes musulmans, se proposoient de venir attaquer son habitation de Soouksou (eau froide), dont on avoit fait une forteresse entourée de fossés, de palissades et d'un rempart armé de canons et défendu par des soldats russes.

Le jeune souverain qui régnoit alors en Abazie étoit le deuxième descendant d'un pacha turc, né abaze, de la famille Tchetdvasé, une des plus puissantes et des plus anciennes de cette contrée.

Ce pacha, qui se nommoit Kelich-Bey, étoit gouverneur de Soukoum pour les Turcs : il y reçut un pacha proscrit par la Porte, et se déclara son konac. Dès lors, lié à lui par l'hospitalité, dont les devoirs sont si sacrés parmi ces peuples, il refusa d'obtempérer à l'ordre de le livrer qui lui fut donné par le divan. Ce gouvernement, trop foible pour l'obtenir par la force, eut recours aux moyens odieux de la trahison : il se forma une conspiration contre le malheureux prince abaze, et il fut assassiné. Il s'étoit fait chrétien peu avant sa mort, et s'étoit mis sous la protection de la Russie. L'opinion générale du pays place à la tête des conjurés un de ses enfants.

Il a laissé six fils. L'ainé, Saphir-Bey, père du prince régnant, s'étoit aussi fait chrétien ; il avoit le grade de colonel au service de la Russie, et étoit décoré de l'ordre de Sainte-Anne. Il passoit pour être intérieurement attaché à l'islamisme; mais, comme tous les peuples du Caucase, il ne se faisoit nul scrupule de boire du vin, et s'enivroit même assez fréquemment avec du rhum, présent le plus agréable qu’on pût lui faire.

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