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Cette puissance, tantôt signalant à l’Europe la France conquérante, tantôt cherchant à l'effrayer contre la Russie, s'est élevée elle-même d'une manière tout à la fois si rapide et si insensible, qu'on me saura gré, je pense, de présenter à ce sujet quelques aperçus, et de prouver que cet empire si formidable étoit encore, en 1763, dans les limites de l'équilibre de l'Europe.

A cette époque, si glorieuse pour l'Angleterre, si déplorable pour la France qui perdit la Louisiane, après avoir été forcée de céder le Canada et l'Acadie, les charges annuelles, les dépenses ordinaires et extraordinaires de l'Angleterre ne s'élevoient qu'à 14,901,315 livres sterling, faisant 339,937,711 livres tournois (1).

Cependant l'administration de cette contrée présentoit alors tant de difficultés, qu'en quatre années (de 1763 à 1767),

(1) Mém. sur l'adm. des finances en Angleterre; ouvrage attribué à M. Grenville; I vol. in-4°, 1768, page xlij.

il y eut cinq changements de ministère.

Ainsi trente ans seulement séparent l'administration incertaine et timide de Rockingham, de lord North et de Grenville, quand le passif de l'Angleterre ne s'élevoit pas à 340 millions, et l'administration ferme du célèbre Pitt, lorsque la dépense de cet État dépassoit deụx milliards. Il semble que les hommes placent presque toujours la ligne du possible bien en deçà de ses limites, et qu'il faut, pour nous les faire connoître, que la Providence donne à la terre ces génies supérieurs dont le coup-d'oeil s'étend au-delà de toutes les vues communes.

Dans la guerre de la révolution, l'Angleterre avoit à lutter contre la France, dont la population énergique étoit tout entière sous les armes. Elle avoit à combattre un gouvernement qui disposoit des richesses de toute la nation. Au milieu de dangers si imminents, Pitt ne voit que le salut de la patrie, et dès-lors les impôts et les emprunts ne sont que des accessoires dans la marche de son gouverne

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ment. Réduit à la nécessité de les élever dans une proportion effrayante pour tout autre que pour lui, avec quelle grandeur de vue et quelle finesse de tact il découvre dans leur excès même des éléments nouveaux d'une grande prospérité! Il exige du peuple des contributions inouïes; mais il multiplie pour lui tous les moyens de s'enrichir , et chaque année le pouvoir d'acquitter les charges publiques, et de remplir les emprunts, augmente avec les charges et les emprunts eux-mêmes.

Le commerce de l'Angleterre étoit circonscrit : il embrasse à présent le monde. Les débouchés de son industrie souffroient de la concurrence étrangère : la mer n'est plus couverte que de ses seuls vaisseaux.

Dans cette guerre terrible, si fertile en grands événements, soit que le génie de Pitt lutte seul contre l'Europe entière, soit qu'il prenne les armées de l'Europe à la solde de son Gouvernement, si quelques circonstances inattendues, des dispositions difficiles à prévoir , occasionnent une interruption dans le travail des

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manufactures, et arrêtent l'écoulement de leurs produits, il sait créer des primes, des avances, des encouragements qui servent à soutenir les fabriques jusqu'au mo. ment où ses vastes combinaisons leur aient ouvert de nouveaux débouchés. Impassible, doué d'un courage héroïque, il n'enzvisage le danger que pour le braver ou l'éviter; les obstacles, que pour les surmonter; les difficultés, que pour les vaincre : n'ayant que des moyens extrêmes pour résister au torrent, il les saisit et les em ploie avec une énergie et une puissance, dont l'histoire d'aucune contrée n'offre l'exemple.

Si maintenant nous détournons nos regards de l'accroissement de la dette et de la richesse de l'Angleterre pendant une guerre de vingt-cinq ans, pour examiner les progrès de son pouvoir et de son ascendant sur toutes les autres nations, il est impos, sible de ne pas remarquer la profonde politique de Pitt, qui, en fixant sans cesse l'attention de l'Europe sur l'ambition de la France, réunit successivement et dans

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le silence, à l'empire dont le gouvernement lui est confié, la totalité des Antilles, la plus riche partie de l'Asie, les meilleures positions de la Méditerranée et de l'Océan, les contrées de l'Afrique les plus avantageuses pour le commerce et pour l'établissement des colonies. Ses plans et sa doctrine sont, après sa mort, religieusement conservés, et scrupuleusement suivis par ses disciples, les Addington, les Canning,' les Castlereagh; et lorsqu'enfin la puissance de la France s'abaisse, qu'elle est replacée dans ses anciennes limites, l'Angleterre conserve ses vastes conquêtes, et les accroît des dépouilles de son éternelle rivale (1):

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(1) Je n'ai vu dans Pitt que l'administrateur d'un grand État dans un tenips difficile. Il vouloit soustraire l’Angleterre à la domination qui pesoit sur le continent, et qui menacoit de l'envahir; et cette considération puissante déterminoit souvent des mesures qui lui attiroient l'animadversion de ceux qui n'étant pas chargés du fardeau du gouvernement, né voyoient que les principes, et les défendoient avec courage..,' tosi post

Saus aucun doute, pendant sa longue administra.. ţión, quelquefois il parut croire que « la vertu et la

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