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ce jour-là se mettre en route qu'à cinq heures
du soir, pour aller coucher à la redoute située
à deux werstes de Mozdok, au-delà duTerek(1).
Ce fleuve est extrêmement rapide; il descend
des plus hautes cimes du Caucase; ses eaux,
quoique généralement troubles, passent pour
être saines, lorsqu'on les a laissé reposer pen-
dant quelques jours, et que les parties calcaires
et métalliques qu'elles contiennent se sont pré-
cipitées au fond du vase où on les a versées.
A cette époque de l'année, le Terek, grossi
par la fonte des neiges, avoit emporté un des
deux bacs. Nous traversâmes le fleuve dans
l'autre. Ces bacs appartiennent au Gouverne-
ment : le passage est gratuit (2). Ici, comme en
beaucoup d'autres circonstances, j'ai eu l'occa-
sion de remarquer que l'administration Russe
est peut-être la moins fiscalé de toutes celles

d'Europe.

(1) Par suite d'une nouvelle disposition du général en chef Yermoloff, le convoi, au lieu de partir régulièrement tous les samedis, se met à présent en route deux heures après l'arrivée du courrier de Pétersbourg pour la Géorgie.

(2) Depuis trois ans le passage du Terek a été placé à six werstes à l'ouest de Mozdok, entre cette ville et la staniste (*) d'Erochta. On a construit de l'autre côté du

(o) On appelle stanistes les villages habités par des cosaques.

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Toute la journée, le bac avoit été employé à passer environ cent charriots chargés de farine, destinés à l'armée de Géorgie, et beaucoup d'autres voitures qui profitoient du convoi pour se rendre à Tiflis. Au moment de notre arrivée sur les bords du Terek, les bœufs qui servoient au transport traversoient ce fleuve à la nage; quelques-uns de leurs conducteurs, très-habiles nageurs, les poussoient à l'eau, et s'y jetoient ensuite, les excitant par leurs cris, et les frappant avec de longues gaules pour les empêcher de retourner en arrière. Du moment où ces animaux approchoient du milieu de la rivière, ils étoient entraînés par le courant, et alloient descendre de l'autre côté sur une plage assez plate; ensuite chaque bœuf venoit retrouver son charriot et son maître. C'est ainsi que, dans l'intérieur de l'Afrique, les Maures et les Nègres, suivant le témoignage de Golbéry, traversent les fleuves,

Terek une forteresse avec des casernes, et un hôpital. Ces bâtiments sont placés sur une hauteur, et on a tracé une route nouvelle pour aller à Constantinofskoï. On évite ainsi de traverser les forêts qu'on trouve sur l'autre route, et qui présentent constamment quelques dangers. Malgré ces changements, l'escorte est toujours aussi nombreuse qu'au temps de mon voyage, en 182o.

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soit avec leurs bœufs, soit avec leurs chevaux
et leurs chameaux.
Lorsque tous les voyageurs qui devoient com-
poser le convoi furent réunis, la caravane se
mit en route. Une dixaine de cosaques à cheval
formoient l'avant-garde. Ils précédoient deux
pièces d'artillerie, attelées chacune de quatre
chevaux, et escortées par les canonniers et par
cinquante soldats d'infanterie.Venoient ensuite
les voitures des voyageurs; enfin cinquante che-
vaux de la Kabarda conduits par des Circas-
siens, et les cent charriots de farine. La marche
étoit fermée par un détachement de cinquante
fantassins et de quelques cosaques.
Nous ne fimes ce jour-là que deux werstes
pour arriver à la redoute où nous devions passer
la nuit; elle ne renfermoit que trois maisons. Le
général nous y fit donner une chambre. Selon

l'usage de tous ceux qui voyagent dans la Russie .

méridionale, et surtout dans les provinces d'Asie,
nous avions eu soin d'emporter avec nous les
matelas et les approvisionnements nécessaires.
Au moyen de ces précautions, nous éprouvâmes
peu de privations en route.
C'est une chose assez remarquable que le con-
traste que présentent à cet égard deux pays nou-
veaux, les États-Unis d'Amérique et la Russie mé-

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+ DANS LA RUSSIE MÉRIDIoNALE. 13 | | | |

ridionale. En Amérique, lorsqu'une contrée est
défrichée et occupée par des colons, on y établit
immédiatement des auberges et des voitures
publiques, et ainsi les voyageurs ne sont jamais
dans l'obligation d'avoir une seconde voiture,
et un attirail cher et embarrassant. En Russie, | | |
après vingt ans d'établissement, on ne trouve i

aucunes facilités, aucuns moyens de voyager
sans fatigues et avec économie.
0n ne peut se dissimuler que cette différence
tient en grande partie à ce que les colons de *
l'une de ces contrées sortent d'un pays où la |
civilisation est parvenue au plus haut degré;
tandis que les colons de la Russie méridionale
sont les uns tirés de la Russie même, où l'on
trouve sans cesse les habitudes et les goûts des ·
peuples nomades, les autres des hommes affais- |
sés par le malheur, que la misère a forcés d'aban-

donner l'Allemagne, ou enfin des commer- | çants, des agriculteurs, qui presque tous venus | | dans la seule intention d'un séjour temporaire, - · s'inquiètent peu des améliorations dont ils ne p0urroient pas jouir. Je pourrois ajouter qu'une des choses qui oopposent le plus aux améliorations dont cette contrée seroit susceptible, c'est le peu d'appui qu'on trouve près des administrations infé

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rieures. Ainsi, pendant que le plus grand nombre des gouverneurs généraux et les chefs d'administration se distinguent pâr leur caractère d'équité, par leur zèle pour le service; pendant que les souverains de ce vaste Empire ne négligent aucun moyen pour empêcher tout abus de pouvoir, les employés des treizième et quatorzième classes abusent sans cesse de la foible portion d'autorité qui leur est confiée; et ces vexations obscures, précisément parce qu'elles sont inaperçues, sont par cela même continuelles, et parviennent à échapper à toute inspection, à | toute surveillance. Le général Merlini voulant aller coucher le dimanche à Elisabeth-Skhoi, redoute à soixante werstes de Mozdok, et notre escorte étant composée en grande partie d'infanterie qui faisoit à peine quatre werstes à l'heure, nous partimes à deux heures du matin. Nous étions favorisés par - le clair de lune, et nous traversâmes sans aucun obstacle la première chaîne de montagnes peu élevées qu'on rencontre à trois werstes duTerek. Nous parcourûmes ensuite un terrain assez uni, et de bonne qualité. On y voit quelques plantations. Après avoir franchi une seconde chaîne de montagnes qui, sans être beaucoup plus hautes que les premières, offroient cependant

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