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échangées contre des marchandises européennes, et la France, sans aucun doute, est de tous les États de l'Europe, celui qui, par la variété de ses produits industriels, pourra trouver le plus d'avantage dans ces nouvelles relations dont on n'apprécie pas assez l'importance.

Chardin raconte que, quand Chah-Abbas Ier transporta les Arméniens de la ville d'Yulfa dans un faubourg d'Ispahan, auquel il donna le nom de leur ancienne patrie, ces négociants étoient entièrement ruinés; mais au bout de trente ans, ils étoient si riches, que plus de soixante d'entre eux avoient chacun un million et demi à deux millions de couronnes (8 à 10 millions de francs). Si cet exemple ne peut pas s'appliquer au temps présent, il prouve du moins ce que pourroit être le commerce dans ces contrées, je ne dis

pas si un gouvernement régulier y étoit établi, mais même si le despotisme, comme sous Chah-Abbas, tomboit en des mains habiles.

Pour citer un fait plus rapproché, je dirai que le Grec Varvachi, si connu par son généreux dévouement à la cause de ses compatriotes, m'a raconté

que, dans le principe de son établissement à Astrakhan , il gagnoit souvent quatre capitaux sur les marchandises qu'il envoyoit dans

en peu

les ports du Ghilan et du Mazanderan, et qu'il en obtenoit deux ou trois sur les retours.

En 1737, les marchandises qui étoient expédiées des bords de la mer Caspienne pour l'Europe ne jouissoient pas de l'avantage d'y arriver

de temps et sans beaucoup de frais, en traversant les provinces Russes au-delà du Caucase. Il en étoit de même pour les produits de l'Europe destinés à la consommation de l'Asie. Cependant ce commerce parut assez important au gouvernement Anglais pour qu'il'en concédât le privilége à la factorerie de Pétersbourg , malgré les réclamations de la compagnie du Levant et de celle des Indes-Orientales, qui prétendoient l'une et l'autre que la mer Caspienne étoit dans leurs attributions. C'étoit de Pétersbourg sur Astrakhan que se faisoient les expéditions des marchandises d'Europe pour la côte du Ghilan; et celles du Ghilan, envoyées en retour, prenoient la même route: les marchandises payoient au gouvernement Russe un droit qui équivaloit à huit pour cent; enfin, à cette époque, on étoit exposé en Perse à mille dangers, et la protection dont avoit besoin Hanway, le chef des comptoirs anglais sur la mer Caspienne, n'avoit aucune stabilité. Malgré ces désavantages, cet établissement a prospéré depuis 1737 jusqu'en

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1745, et n'a été abandonné que parce qu'un ukase, de 1746, enleva aux Anglais la concession du transit. Ainsi, des exemples viennent appuyer les considérations que j'ai présentées sur l'importance que doit acquérir le commerce de Bakou.

J'ai indiqué de nouveaux marchés, des débouchés importants pour l'industrie manufacturière; j'ai parlé de l'avantage de positions de Tiflis et de Bakou, des nombreux consommateurs,

de la facilité des retours; j'ai prouvé que le commerce trouveroit dans ces contrées une entière sûreté, principale condition qu'il réclame. Mais tous ces moyens de succès seroient inutiles, și de grandes compagnies ou des maisons puissantes confioient l'administration de leurs affaires à des hommes inhabiles.

Si de nouveaux Brue (1), des Dupleix, des Labourdonnaye dirigent les comptoirs, les ressources de l'Asie seront presque sans limites : ils découvriront immédiatement les lieux d'ex

(1) Lorsque M. Brue, le plus célèbre des gouverneurs de la compagnie du Sénégal, étoit à Saint-Louis, les affaires en Afrique prospéroient; mais l'administration de la compagnie en France étoit mal dirigée ; s'il étoit rappelé à Paris, l'ordre ne tardoit pas à s'y rétablir, et au Sénégal la compagnie n'éprouvoit plus que des pertes.

traction de toutes les matières premières : ils établiront des relations de commerce, non-seulement avec les principaux marchands de l'Asie, mais avec les souverains eux-mêmes : ils trouveront des débouchés immenses pour tels

produits de nos fabriques, dont aujourd'hui, en Orient, on ne soupçonne pas l'existence. Si on y

envoie des hommes médiocres, ils rencontreront partout des difficultés, des obstacles, et on abandonnera des marchés, dont plus tard des hommes plus habiles sauront profiter. L'importance de la situation de Bakou, sous le rapport du commerce, fera excuser la longueur de cette digression.

Pendant notre séjour dans cette ville, les attentions de M. le colonel Melikoff pour nous ne se sont pas démenties un instant : il les

prolongea même au-delà de notre départ, en nous donnant avec abondance toutes les provisions qui nous étoient nécessaires, et que nous eussions difficilement pu trouver sur notre route.

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CHAPITRE XIII.

Départ de Bakou. — Fours à chaux. Kaliasi. -- Dividje.

Dangers que présentent les pâturages de cette contrée pour les chevaux.-Kouba.-Détails sur cette ville.-Insalubrité de son climat.-Renseignements sur la population de Kouba ---Culture et productions de cette province. -Ziakour.—Sa population.--Aspect du pays.--Koular. --Le Zamour.m-Arrivée à Derbent.

Nous partimes de Bakou le mercredi ( 22 septembre 4 octobre 1820) pour le CaravanserailSoumgaita, qui en est éloigné de trente werstes.

En sortant de la ville, on reprend le chemin de Caravanserail-Arbat, et on le suit pendant les dix premières werstes. Nous détournames alors sur la droite, et après avoir traversé deux beaux villages Tartares et quelques champs, où nous vimes des fours à chaux allumés

par

le gaz naturel, nous arrivâmes à la poste de Soumgaita : elle est placée dans un ancien caravanserail assez bien conservé. On en voit un grand nombre sur toutes les routes qui commu

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