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étoient tellement fatigués, que nous ne partîmes de Kasiourte qu'à midi, le 20 octobre 1" novembre. Le vieux parent du scheffy, dont j'ai parlé, et soixante Tartares se joignirent au convoi

pour nous acompagner jusqu'à Kizlar. On marcha sans interruption jusqu'à sept heures du soir, et l'on parcourut environ vingt-une werstes dans une steppe, où nous rencontrions de temps en temps des mares d'eau assez larges et profondes, et dont le passage présentoit quelqués difficultés. Nous fîmes halte dans une jolie prairie, où un hasard heureux nous servit pour notre campement. Une horde de Calmonks avoit choisi cette plaine, près de laquelle on trouvoit de très-bonne eau , pour y dresser ses tentes; ils s'empressèrent de m'offrir la plus grande pour y passer la nuit, et elle fut en un instant transportée sur le point de la prairie qui parut le plus sec. Rien de si léger et d'aussi facile à déplacer que ces tentes, dont la carcasse se compose de lattes de bois réunies en forme de clissage, et, soutenues par quelques pièces de bois, elles ont absolument la forme d'une ruche. La carcasse est entièrement couverte d'un feutre gris ou noir, impénétrable à l'air et à l'eau; la porte d'entrée, assez étroite, et ayant à peine quatre pieds de hauteur, est également couverte

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d'un feutre. L'intérieur avoit près de neuf pieds de diamètre. On fait le feu au milieu: à cet effet, on laisse dans le haut une ouverture d'environ dix-huit pouces, qu'on ferme avec un tampon en bois couvert en feutre, lorsqu'on n'y fait pas de feu. Au moyen de cette précaution, et d'un tapis qui couvroit toute la surface intérieure, nous nous trouvâmes aussi bien logés et aussi à l'abri du froid et de l'humidité que dans une maison tartare. Les Calmouks avoient, selon leur usage, tracé une rigole circulaire, dans laquelle la tente entre très-exactement; ce qui empêche l'air d'y pénétrer.

Une pareille tente, garnie de ses feutres, ne coûte qu'environ 60 roubles : elles seroient extrêmement utiles pour les nouvelles colonies et comme habitations provisoires. Lorsqu'on veut les transporter, on les place tout entières sur des voitures à roues basses. Leur usage seroit bien autrement utile que celui des tentes en toile, qui, mal attachées avec des piquets, n’abritent d'ordinaire que très-imparfaitement contre la pluie et le vent.

Tous les peuples de cette contrée connoissant la fabrication du feutre, le bas prix du poil de chèvre et de la laine leur permet de le vendre à très-bon compte. Pour une somme très-mo

dique, on a une quantité de feutre suffisante pour

couvrir une tente. Astrakhan est un des lieux où l'on peut se procurer cette marchandise au plus bas prix.

Ces tentes sont, depuis bien des siècles, la demeure des peuples nomrades qui parcourent les steppes situées à la gauche du Don. Le

pays

ой nous nous trouvions en est séparé par le Terek, mais il est absolument de même nature. Peu de terres sont sillonnées par le soc. L'entretien des chevaux et des bestiaux forme la seule occupation comme la seule richesse de ses habitants. Nous remarquions de temps en temps, dans la plaine unie et assez aride, des campements de Tartares et de Calmouks avec leurs troupeaux, dans lesquels on voyoit toujours quelques cha

meaux.

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A huit heures, nous fimes halte près d'un ruisseau bordé de saules et de peupliers. Toutes les fois que nous nous arrêtions, notre tente étoit à peine dressée, que nous y recevions la visite du parent du scheffy et de ses Tartares, qui, malgré la défense du prophète, buvoient avec plaisir le rhum que nous leur offrions.

Après le déjeûner, la caravane se remit en · route vers dix heures; à midi, elle arriva sur les

bords d'un étang assez large, et long d'une demi

werste. Il étoit trop profond pour que les équipages,

les

pavosques et l'infanterie pussent le traverser à gué; heureusement trois pontons larges et commodes sont continuellement employés pour ce passage. Notre convoi étoit devenu tellement nombreux, que le trajet dura plus de trois heures.

Nous étions passés avec le premier ponton. On nous avoit préparé une chambre commode dans une chaumière qui sert de logement aux bateliers. Le vieux parent du scheffy nous avoit fait ses adieux de l'autre côté du ļac, et avoit laissé à un de ses frères beaucoup plus jeune le soin de nous accompagner avec ses Tartares jusqu'à Kizlar. Celui-ci avoit une trèsbelle figure et des manières prévenantes et affectueuses. Il se lia d'amitié avec mon fils. Il me demandoit la permission de le considérer comme son frère, et d'avoir pour moi le respect et l'attachement d'un enfant envers son père.

Lorsque tout le convoi fut rassemblé, nous partîmes pour la quarantaine de Nachthourin, qui n'est qu'à trois werstes de l'étang. On avoit envoyé d'avance un cosaque pour prévenir le directeur de l'arrivée de la caravane, et lui remettre les lettres et les déclarations qui attes

dans tout le pays que nous venions

toient que,

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que mon

de traverser, il n'y avoit aucune apparence dė contagion.

Après avoir attendu prés d'un quart-d'heure à la porte, elle fut enfin ouverte. Dès britchka se fut arrêté devant un bâtiment servant de magasin et de logement épuratoire, on nous fit entrer dans une petite chambre, où on avoit placé un réchaud, sur lequel on avoit jeté des matières destinées à produire une fumigation : l'effet en fut tel, que si on ne nous avoit pas immédiatement ouvert la porte, nous courions le risque d'être asphyxiés. Sortis de cette épreuve, nous entrames chez l'inspecteur, qui nous offrit avec beaucoup d'obligeance une chambre chez lui pour y passer le temps de la quarantaine. Nous ne pouvons assez nous louer de toutes ses attentions pour nous pendant notre séjour. La quarantaine de Nachthourin est vaste; les bâtiments servant au logement des voyageurs et des marchandises sont grands et commodes : malheureusement le pays est plat, entouré d'amas d'eau mal saine et propre à donner la fièvre à ceux qui séjournent quelques semaines dans ce lieu.

De la quarantaine à Kizlar, on compte treize werstes. Le chemin traverse une plaine souvent inondée : après la pluie, elle doit être un véri

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