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CHAPITRE XVIII.

Climat.-Hôpitaux.- Arsenal de la marine.-Culture.

Pêche du Wolga.--Ancienneté du commerce d'Astrakhan. Avantages de la position de cette ville.--Détails sur la navigation de la mer Caspienne. - Voyage de quatre marchands du golfe Persique à Astrakhan..Bateaux en usage sur le Wolga.--Mesures fiscales qui ont nui au commerce avec la Perse,-Dispositions prises par Pierre-le-Grand pour attirer le commerce dans ses États. Départ d'Astrakhan pour Taganrog et Pétersbourg.

Le climat d'Astrakhan passe pour être peu salubre, et cependant un médecin très-instruit de cette ville m'a assuré que la mortalité n'étoit ordinairement que d'un trentième environ, ce qui est la proportion des décès à Paris. En 1817 la mortalité a été plus foible encore : sur quarante-cinq mille habitants, il n'en est mort que quatorze cents. Malgré l'introduction de la vaccine, les enfants de cinq ans et au-dessous formoient le tiers des morts : on comptoit dans cette ville quelques centenaires.

L'hôpital d’Astrakhan est situé en très-bon air; les cours et les jardins sont vastes; les chambres sont très-proprement tenues. Il s'y trouvoit

peu

de malades. Dans le local destiné aux aliénés, on en voyoit sept couchés, et tous atteints de folie mélancolique.

L'hôpital de la marine, que nous avons été voir ensuite, étoit encore mieux tenu. Les maladies vénériennes étoient celles qui y dominoient. Après l'avoir visité, on nous conduisit à un hangar, où nous considérâmes avec admiration deux chaloupes construites par le tzar Pierre-le-Grand lui-même. On peut croire sans peine qu'elles sont aujourd'hui dans un grand état de dégradation; mais les cordes qui servoient à leur gréément, et qui sont également fabriquées de sa main avec une rare perfection, se sont très-bien conservées.

Les bâtiments qui servent à l'amirauté sont très vastes, ainsi que le parc et les chantiers. Cependant on s'occupe très-peu de constructions, et toutes les forces de la mer Caspienne consistent en quelques bricks et goélettes. Les Russes, naviguant seuls sur cette mer, et n'ayant aucun ennemi à y combatire, ont beaucoup réduit le matériel de leur marine sur la mer Caspienne. Mais s'il leur étoit utile d'y former des

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armements, il est peu de chantier en Europe qui puisse être approvisionné avec plus de facilité et à meilleur compte que celui d'Astrakhan.

Lorsque les vents de nord-est arrivent dans cette ville, après avoir passé sur les immenses plaines qui s'étendent jusqu'en Sibérie, cette transition d'une grande chaleur à un froid excessif influe naturellement sur l'agriculture de cette contrée, et nuit beaucoupaux plantes qui doivent rester en terre pendant l'hiver.

Au milieu des terres généralement sablonneuses et arides qui environnent Astrakhan, on s'est attaché avec beaucoup de succès à la culture de la vigne: on prend seulement quelques précautions pour la préserver des gelées. Les premières plantations de vignes sont dues à un prisonnier Autrichien, qui en 1613 embrassa la religion grecque. S'étant fait moine, il cultiva dans les environs de son monastère des ceps de vigne qu'on lui avoit apportés de Chamakhie, et ils y réussirent si bien, que le tzar Mikail-Fodorovitch lui fit donner l'ordre d'établir un vignoble pour le compte de la couronne. Depuis ce temps, la culture de la vigne s'est multipliée dans les jardins d'Astrakhan, et le raisin qui en provient est envoyé frais à Pétersbourg comme celui de Kizlar.

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Une grande partie des terres de ce canton sont couvertes d'une couche de sel, et à peu de distance d'Astrakhan on trouve plusieurs lacs d'eau salée , une mine de sel gemme, et des carrières d'ardoises, de

gypse et d'albâtre. Mais la richesse d'Astrakhan

repose

moins sur l'agriculture que sur la pêche et le com

merce.

On ne peut se faire une idée de l'immense quantité de poissons que fournit le Wolga. L'empereur Paul, chez qui toutes les passions étoient portées à l'extrême, et dont la générosité pour ceux qu'il aimoit étoit sans limites, avoit fait présent aux deux princes Kourakin de la pêche de l'embouchure du Wolga. Le riche grec Varvachi, dont j'ai souvent parlé, en fut long-temps le fermier au prix annuel de 500,000 roubles assignations, et y fit une immense fortune. Cette pêche est aujourd'hui louée 900,000 roubles à un marchand russe nommé Sapojnikoff, qui, avec ses associés, s'y est également enrichi. Il occupe huit à dix mille ouvriers; il couvre tout le fleuve de ses barages et de ses hameçons, et approvisionne la population de la Russie de la plus grande partie des poissons salés et fumés qu'elle consomme pendant ses longs carêmes; enfin il fournit à l'Italie et à la Grèce le caviar,

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les carpes,

et à presque toute l'Europe, la colle de poisson réclamée par ses besoins.

Je suis descendu à l'embouchure du Wolga pour être témoin de cette pêche, et j'ai examiné les vastes caves dans lesquelles on sale et on conserve le poisson. Dans cet établissement tout est gigantesque. On ne peut se figurer l'énorme dimension des ésturgeons qu'on nomme balouga; il en est qui pèsent jusqu'à deux mille quatre cents livres; les assetrines, les saumons,

les sterlets, tout est hors de la proportion des poissons en Europe. Je renvoie au surplus le lecteur aux ouvrages de Pallas et de Guldenstadt, pour les détails pleins d'intérêt qu'ils donnent sur la pêche du Wolga, et sur celle des phoques ou veaux marins dans les îles de la mer Caspienne.

Astrakhan, par l'effet de sa position, a toujours été une ville commerçante. Dans le moyenâge, nous la voyons servir d'entrepôt pour les relations

que les villes anséatiques avoient établies avec l'Asie. C'est par cette voie que Bremen, Hambourg, quelques autres ports situés sur la Baltique et la mer du Nord, l'Angleterre et la Hollande, recevoient les épices, les aromates, les pierreries, les riches étoffes de l'Inde, dont l'Italie et la France étoient alimentées par

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