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cèrent les troubles du Gouriel. Nous changeåmes d'escorte avec elle.

Sur toute la route depuis Souram , il n'y a ni auberge ni refuge pour les voyageurs. Les Immirétiens qui transportent, soit à dos de cheval ou de beuf, soit sur des arabats les marchandises qui s'expédient de Redoute-Kalé à Tiflis, campent au milieu des forêts, dans les endroits où ils trouvent des pâturages, et presque toujours dans le voisinage des sources qu'ils connoissent. Ils se couchent par terre près d'un grand feu, et évitent par cette précaution le danger qu'ils courroient pour leur santé en bivouaquant au milieu de ces forêts humides, dans lesquelles le soleil pénètre rarement.

C'est à une lieue de Souram qu'on trouve la crète des montagnes qui séparent la Kartalinie de l'Immirette. Dès qu'on est sur le revers occidental, les montagnes et les vallées se succèdent, les sources et les torrents se multiplient. A chaque demi-heure, le point de vue change, et quelquefois le paysage est admirable. M. Fontanier, voyageur naturaliste du Gouvernement français, a reconnu des produits volcaniques sur quelques points de ces montagnes qu'il a traversées en se rendant, en 1822, de RedouteKalé à Tiflis. Nos bæufs ne faisant, à cause dų mauvais état des chemins, que deux à quatre werstes par heure, il étoit six heures lorsque nous arrivâmes à Novo-Malinski.

Les cosaques ont leur poste à mi-côte, sur la rive gauche de la Molita , à peu de distance du village du même nom. Près des barraques qu'ils occupent, on a construit un corps de casernes où sont logés cinq cents hommes d'infanterie; quelques artilleurs campent dans la même vallée avec quatre pièces d'artillerie. On y a bâti aussi deux cabanes destinées aux étrangers : celle où on nous logea se composoit d'une chambre assez petite et d'une pièce en avant si mal couverte que

l'eau

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tomboit de tous cotés. Elle étoit entièrement dépourvue de meubles. En compensation de ce mauvais gîte et d'un temps affreux, nous eûmes beaucoup à nous louer du caractère plein d'obligeance du lieutenant qui commandoit le poste : il pourvut à tous nos besoins, et nous procura le lendemain de bonne heure six paires de beufs pour conduire notre voiture. Pendant les huit premières werstes, les plus mauvaises du chemin que nous avions à parcourir pour gagner le poste de Zakarakède, le cantinier chargé de l'approvisionnement des troupes nous vendit, moyennant 2 roubles et demi d'argent (10 francs), huit tonques de vin, faisant environ cinquante-deux bouteilles. Nous en remplimes notre outre pour notre provision de route.

Lorsque nous partîmes de Novo-Malinski, le lieutenant du poste voulut nous accompagner, afin de veiller aux mesures à prendre par les soldats qui nous servoient d’escorte, dans les chemins escarpés et dangereux qu'on rencontre pendant les six premières werstes. A cette distance, nous nous arrêtâmes une heure chez un noble Immirétien, dont la maison est peu éloignée de la Molita, qui, tombant en cascade du haut des montagnes, coule sur ce point avec assez de rapidité.

Cet Immirétien étoit venu nous inviter la veille à prendre chez lui une collation que nous avions acceptée : elle fut servie dans un bosquet entouré de beaux arbres et de plantations de mais. J'adressai à cet homme quelques questions sur sa propriété. Elle avoit quatre werstes de longueur, sur quatre de largeur, environ trois mille arpents de France, et consistoit uniquement en forêt : il l'avoit payée 1050 ducats. Les bois étoient très-beaux; malheureusement ils sont éloignés de toute rivière navigable, et on n'en pourroit tirer parti que par l'établissement d'une usine : une pareille terre vaudroit en France au moins un million.

Les anciens disoient qu'il falloit attendre la fin de la vie d'un homme pour décider s'il avoit été . heureux ou nialheureux : nôtre hôte offroit un exemple de cet adage. Immirétien de la classe des nobles qui dépendent de leur seigneur, et n'ont aucune fortune, il avoit été enlevé très-jeune par des Turcs d’Akhaltzikhe, qui l'avoient vendu à des marchands de Constantinople. Devenu esclave du capitan-pacha, il le servit avec fidélité, et reçut au bout de quelques années sa liberté avec un présent de 500 ducats. Il s'embarqua alors sur un bâtiment grec, fit le commerce en Egypte, à Smyrne, à Marseille, et revint encore assez jeune dans sa patrie, après avoir augmenté par son industrie le capital primitif que

lui avoit mérité sa bonne conduite. Il a eu la sagesse de placer ses fonds dans cette propriété. Il vit heureux au milieu de sa famille et d'une quinzaine de serfs. Cet homme, qui avoit voyagé en France en 1794, n'avoit retenu de la langue française que le mot de citoyen : il fut très-étonné lorsque nous lui apprimes que cette dénomination n'étoit plus en usage.

Après avoir pris congé de notre hôte, nous continuâmes notre route. A peu

de distance,

on trouve à droite une rivière très-rapide qui se jette dans la Quirila au-dessous de Schorapana. Les ingénieurs ont dirigé ce chemin par les montagnes les plus escarpées , tandis qu'en lui faisant décrire un détour peu considérable, il eût traversé des vallées, ou suivi le cours de la rivière. Il suffiroit de la construction de deux ponts de bois

pour éviter un passage extrêmement dangereux (1). Avant d'y arriver, on s'arrête au poste de cosaques placé dans une situation trèsagréable, presque au bord de la rivière. A peu de distance de ce poste, on voit, sur le haut d'une montagne qui domine tout le pays,

les ruines assez importantes d'un ancien château.

A la dix-huitième werste, on se trouve dans une partie des forêts où l'on aperçoit des traces de culture, et de temps en temps des maisons isolées. La beauté du maïs qu'on y cultive en grande quantité, la force de la végétation des figuiers, des

des cognassiers et des grenadiers épars au milieu des arbres forestiers, presque tous entourés de ceps de vigne et de houblon sauvages, nous frappèrent d'admira

noyers,

(1) En 1823, ce chemin a été refait en entier. C'est un travail dû au baron de Fritz, et qui lui fait véritablement honneur, ainsi qu'au général Gortschakoff, sous les ordres de qui il est employé.

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