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san, tout Arménien évite les opérations de commerce trop étendues, celles qui, par leur éclat, pourroient donner une trop haute idée de son opulence. Depuis deux siècles, le Persan thésaurise, dérobe son argent à tous les regards, et l'industrie, l'agriculture et le commerce tombent dans une décadence complète (1) : aussi tous ceux qui peuvent réaliser leur fortune, et la transporter sur le territoire russe , ne manquent pas de s'y retirer.

Parmi les Arméniens qui sont arrivés à Tiflis en 1820, l'un d'eux a fait construire un vaste caravanserail dont il a payé le terrain, qui est à peine de huit toises de largeur sur trente ou quarante de longueur, 81,000 roubles assignations (81,000 fr.), et encore a-t-il été obligé, pour garantir sa propriété contre l'inondation

(1) Ce mode de contribution étoit encore en usage en France sous Louis XIII. Stuart, qui, dans son Traité sur l'Économie politique, entre dans de grands détails à ce sujet, dit que lorsque les partisans, nom qu'on donnoit alors aux entrepreneurs et aux fermiers, abusoient trop du mode de perception dont on les laissoit les maîtres, souvent leurs employés étoient massacrés par le peuple; et il ajoute que rarement on poursuivoit pour ces sortes d’assassinats, parce que la crainte d’être victime de la fureur des contribuables étoit le seul frein qui arrêtoit l'avidité excessive des traitants.

du Kour, d'élever un mur et une large terrasse. Ce caravanserail est beaucoup plus considérable que deux autres qui se trouvent aussi dans l'ancienne ville.

L'entrée et la sortie continuelles des chameaux et des chevaux, la vivacité des marchands persans, en contraste avec la tranquillité des Turcs et des Arméniens, enfin le transport des marchandises de tant de sortes différentes, et provenant de

pays si éloignés, tout donne un aspect singulier et un mouvement extrêmement actifà ces espèces d'hôtelleries, où les marchands de tant de pays et de langues si diverses semblent vivre dans une sorte de communauté. On n'y

pour le logement, ni pour le magasinage des marchandises; mais on alloue au propriétaire un pour cent de commission sur les ventes et sur les achats.

Les trois caravanserails sont situés au milieu du bazar, qui est divisé en plusieurs rues et places, et toujours remplis de promeneurs. Un quartier particulier du bazar est affecté à chaque genre d'industrie manufacturière.

A l'approche d'une petite place entourée de boutiques, un tintamarre horrible annonce qu'on est dans le quartier des chaudronniers. Le cuivre, qui leur est vendu brut par le gouvernement,

paye rien

provient des riches mines de la Somkétie; ils le mettent eux-mêmes en feuilles avant de le façonner. A peu de distance, un grand nombre de potiers étalent des vases d'argile, dont les formes, conservées d'âge en åge, sont généralement élégantes. Une vingtaine de boutiques sont consacrées aux orfèvres. Ces ouvriers ont toujours du travail, l'argenterie étant un des objets de luxe de cette contrée; ils excellent dans l'art d'émailler. Près des bains d'eaux sulfureuses, on trouve les fourbisseurs les plus renommés. Pour donner à leurs sabres et à leurs quindjals une trempe supérieure, ils se servent d'un acier qu'ils tirent du Khorassan, ct qui est devenu tellement rare, qu'on le paye aujourd'hui au poids de l'or. Ils savent aussi parfaitement damasquiner les armes. Dans l'intérieur du bazar, quelques ouvriers fabriquent des couvertures de feutre, ornées de dessins bizarres, pour les chevaux persans; non loin de là, se trouvent des fileurs de soie qui ont le talent de lui donner, avec les fleurs et les plantes du pays, des couleurs brillantes et solides. Des corroyeurs, au lieu de tanner le cuir, l'apprêtent en le passant continuellement en lanières entre deux cylindres de bois, et finissent par lui donner une élasticité et une force très-supérieures aux

cuirs préparés dans nos ateliers. Enfin, un grand nombre de boutiques sont occupées par des bottiers et des fourreurs. Ceux-ci fabriquent les bonnets de peau de mouton et d'agneau d'Astrakhan, noirs et gris, également en usage en Perse et en Géorgie, et ne différant chez les deux peuples que par la forme plus ou moins élevée.

Les marchands de draps, de soieries, de toiles, d'épices et d'aromates de l'Orient, sont réunis dans une partie du bazar. Sur une petite place voisine qui forme l'entrée du pont, la foule se presse; des Lesghis, des Tartares, des Ossètes, cherchent à y vendre quelques fourrures, des tapis, des chaussettes en laine, dont les dessins en couleurs variées ne manquent pas de goût, ou à les échanger contre des marchandises de Perse ou d'Europe. Au milieu de cette agitation, des boufs, des chameaux, chargés de marchandises, venant de Bakou et de la Perse, traversent la place pour aller de l'autre côté du fleuve, où ils s'arrêtent sur un pacage commun. Les marchands

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trouvent un caravanserail construit depuis quatre ans, et qui leur offre des logements moins chers qu'en ville.

Un des deux anciens caravanserails de la ville est spécialement habité par des Persans; les Arméniens de Kars, d’Erzeroum et de la Perse, fréquentent habituellement l'autre.

La population de Tiflis a pris depuis quelques années un accroissement remarquable. En 1820, Tiflis renfermoit environ vingtquatre mille habitants. En 1825, sa population étoit évaluée au moins à trente-trois mille âmes. On comptoit alors, tant dans la ville

que

dans les faubourgs,

2,500 familles arméniennes,
1,500 géorgiennes,

500 tartares et persanes, 4,500 familles, qui ne peuvent s'estimer à moins de six personnes par famille; ce qui fe

27,000 âmes. Garnison, employés de l'administration, étrangers.

6,000 33,000 âmes.

roit....

J'ai lieu de croire que l'augmentation a constamment continué, à cause de l'émigration des chrétiens de la Perse et de la Turquie, qui n'ont pas cessé d'arriver.

D'après les renseignements que l'archevêque Narsės a bien voulu me communiquer, il paroît que la mortalité annuelle parmi les Arméniens

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