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l'âme et le chef de la nation Arménienne, établir désormais sa résidence chez un peuple qui, pour l'une des nations, est un objet de haine implacable, et pour toutes les deux un sujet de terreur. Quoi qu'il en soit, le général en chef donna ordre d'accueillir avec distinction le patriarche, qui choisit son domicile au couvent de Sanain en Somkéthie.

Depuis ce temps, les instances du kan d'Erivan, et celles d’Abbas Mirza lui-même, n'ont pu déterminer le général Yermoloff à consentir à laisser retourner le patriache à Etchmiadzin. En dernier lieu, un ambassadeur extraordinaire vint, de la part du prince héréditaire, solliciter de nouveau le retour du patriarche, en protestant qu'il seroit respecté, et jouiroit de la plus grande sûreté. Le général répondit avec sévé, rité, qu'il étoit étonnant que le prince insistât. sur le retour du patriarche dans un couvent exposé à être pillé par les Kourdes, contre lesquels le prince n'avoit pu protéger les religieux.

J'ai parlé des divers peuples qui habitent le gouvernement de la Géorgie; qu'on me permette de dire quelques mots sur les jeux et les usages des Géorgiens mêmes. Du temps d'Héraclius, et avant l'occupation

de cette contrée par les Russes, il étoit naturel que les plaisirs des Géorgiens se ressentissent de leur état habituel de guerre.

Les princes et les nobles, toujours à cheval, s'exerçoient, en courant au galop, à tirer au but avec leur fusil, à le recharger sans s'arrêter, et à tirer en arrière. Quelquefois, comme les Turcs à Constantinople, ils s'amusoient à lancer le gerid, ou la lance; et souvent on pouvoit dire de ce jeu meurtrier ce que disoit un ambassadeur Turc ou Persan qui assistoit à un de nos tournois : Si c'est pour s'amuser, c'est trop; si c'est pour se battre, c'est trop peu. Quoi qu'il en soit, le gouverneur-général Yermoloff, témoin des malheurs qui résultoient de l'ardeur des hommes qui entroient en lice, les a forcés de substituer une baguette au bâton autrefois en usage; et, malgré cette précaution, les accidents sont encore fréquents.

Ces jeux guerriers avoient passé des princes parmi le peuple; et si chez lui la manière de s'attaquer étoit moins noble, elle n'en étoit que plus meurtrière. Les dimanches et les jours de fêtes, les Géorgiens se réunissoient en grand nombre sur le revers de la montagne contiguë au faubourg d'Awlabari, et se divisoient en deux bandes. Bientôt les enfants se provoquoient. et en ve

noient aux mains à coups de fronde et de bâton. Lorsqu'un des partis s'avouoit vaincu, l'adolescence prenoit sa place, et étoit bientôt suivie par les hommes faits.

Le général en chef voulut un jour être témoin de cet exercice, et sa présence anima les Géorgiens à un tel point, qu'il y eut un grand nombre de blessés, et que trois hommes restèrent morts sur la place avant qu'on fût parvenu à mettre fin à un jeu qui avoit fini par dégénérer en véritable frénésie. Depuis, on a sévèrement défendu le renouvellement de ces divertissements dangereux. Cependant il est rare qu'il se passe un dimanche sans que ces exercices recommencent; et avant que la police ait eu le temps d'arriver et de séparer les combattants, il y a ordinairement quelques blessés.

A ces divertissements sanguinaires, on peut en opposer d'un genre plus doux : tous les soirs, pendant les beaux jours de l'année, si communs à Tiflis, les terrasses d'un grand nombre de maisons arméniennes et géorgiennes sont couvertes de jeunes filles, de femmes et d'enfants. Les premières dansent ordinairement une ou deux au plus à la fois, pendant que les mères et les femmes attachées au service de la maison les accompagnent du tambour de basque, et en

ouver

battant des mains en mesure. Cette danse est extrêmement lente : les danseuses ne s'élèvent jamais de terre, et se bornent à des mouvements de tête, de bras et de corps. La multitude de ces amusements donne en élé à la ville de Tiflis un air de gaîté, emblème de la sûreté et du bonheur dont son peuple jouit depuis qu'il est à l'abri des invasions des Barbares.

CHAPITRE VIII.

Situation avantageuse de Tiflis pour le commerce.-- Rela

tions que cette ville peut établir par la mer Noire et par la mer Caspienne.-Sûreté de ce nouveau marché.--Détails sur Ormus. — Marche des caravanes à diverses époques.-Causes qui se sont long-temps opposées au commerce de Tiflis.- Changements survenus depuis que la Géorgie appartient à la Russie.--Arméniens à la foire de Léipsick.—Mesures indiquées pour l'avantage du commerce de Tiflis.

Il est difficile de nier que Tiflis, capitale de la Géorgie, ne possède au plus haut degré la première condition nécessaire pour devenir florissante par le commerce, celle d'être située avantageusement.

Eloignée d'environ cent lieues de la mer Noire et de la mer Caspienne, elle peut en tout temps entretenir avec ces deux mers des communications faciles, promptes, exemptes de tous dangers, et sujettes à peu de frais.

Par la mer Noire, elle peut établir des relations avec toute la côte de la Natolie, avec les

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