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ports de la Russie méridionale, avec l'embouchure du Danube; et lorsque ces relations seront favorisées par l'établissement des bateaux à vapeur, elle communiquera en moins de huit jours avec les ports de cette mer les plus éloignés de l'embouchure du Phase et de celle de la Khopi, et avec Constantinople. Ces relations ont lieu sur une mer fermée, et sont conséquemment à l'abri des interruptions que pourroit causer la jalousie d'une puissance parvenue à la domination maritime. Elles embrassent toute la population de l'Asie occidentale, les cinquante-deux millions d'habitants de la Russie, enfin celle de tout le continent de l'Europe.

Lorsque toute cette partie du monde est en paix, nul obstacle ne s'oppose à ce que des navires partis des bords du Phase, chargés des productions de l'Asie et de celles de la Russie méridionale, déployent leur pavillon dans tous les ports de l'Amérique, et y soutiennent avantageusement la concurrence avec les bâtiments expédiés des ports d'Europe les plus convenablement situés pour ce commerce.

Par la mer Caspienne, domaine exclusif de la Russie, au moins pour la navigation, et qu'on peut appeler le mare clausum de cette puissance, les bâtiments chargés des produits des manufactures européennes peuvent aller en trente-six heures de Bakou à la côte du Ghylan, à celle du Masanderan et d'Asterabad, ou dans le golfe de Balkan; en six jours, les navires se rendent de ce port à Astrakhan. Ainsi, les négociants établis à Tiflis peuvent embrasser dans leurs vastes combinaisons tout l'Afghanistan, la Boukharie, le Cachemire, le Tibet; rétablir l'ancienne route commerciale qui conduisoit en quatre-vingts ou cent jours les marchandises de la province de Chensi, la plus occidentale de la Chine, aux bords de l'Oxus, ou en deux cents jours aux rivages de la mer Caspienne; et afin qu'on ne considère pas cette indication comme hasardée, je rappellerai cette route, d'environ deux mille lieues, que parcourent les draps prussiens pour se rendre de la Silésie à Kiakhta, aux frontières de la Chine. Ces draps, qui payent à leur entrée en Russie un droit de transit de 15 copecs argent par archine, 1 franc par aune de France, ce qui équivaut à environ huit pour cent, supportent celte taxe, parce que les frais de transport ne sont rien en Russie et dans une grande partie de l'Asie, où les animaux s'arrêtent sur des pacages communs, et ne sont assujétis à aucune dépense d'auberge. Aussi ces expéditions laissent

elles assez de bénéfice aux fabricants pour que ces envois se succèdent sans interruption depuis 1818, et s'élèvent quelquefois à quinze mille pièces de drap par an, dont la valeur peut être estimée de 4 millions à 4 millions 500,000 fr.(1).

Robertson, qui a fait tant de recherches sur le commerce de l'Asie, après avoir parlé de la route par Suez et de celle du golfe Persique, indique la communication entre la mer Noire et la mer Caspienne comme une des plus favorables. Il dit que Seleucus Nicator, le premier et le plus habile des rois de Syrie, au moment où il fut assassiné, s'occupoit de cette route nouvelle, et il ajoute : « Que la branche de » commerce que, par cette voie, il eût mise dans » ses mains, étoit assez importante, par son » étendue et son utilité, pour mériter qu'un » grand roi s'occupât des moyens de s'en assurer » la possession (2).

Les caravanes se rendent en quinze jours de Tiflis à Erzeroum, et il ne leur faut pas un temps

erou

(1) J'ai cru utile de joindre parmi les pièces justificatives la copie de l'ukase concernant les draps de Prusse et l'itinéraire de la route de Moscou à Kiakhta sur les frontières de la Chine, route sur laquelle les postes sont régulièrement montées.

(2) Voyez Recherches sur l'Inde , par Robertson, p. 61.

plus long pour arriver à Tauris. En soixante jours, elles parviennent de Tiflis à Bender-Boucher, sur le golfe Persique. De ce port, les marchandises chargées sur les bâtiments qui se rendent fréquemment à Bombay, ne mettent ordinairement que quinze à vingt jours pour leur traversée. Ainsi, Tiflis communique avec l'Inde par une route courte, sûre et facile; mais ce n'est pas à sa situation seulement que Tiflis pourra être redevable de sa prospérité future.

Lorsque sir John Malcolm, dans son Histoire de la Perse, en parlant d’Ormus, dit que cette ville étoit devenue l'entrepôt où les marchands de toutes les parties du globe venoient en foule pour opérer les échanges entre les productions de l’Asie et les produits de l'Europe, parce que, dit-il, « leurs propriétés et leurs personnes » étoient protégées contre l'injustice et l'op» pression, et que de cette ville ils pouvoient » faire un commerce avantageux avec la Perse, » avec l'Arabie et la Turquie, sans être exposés » aux dangers que présente toujours une rési» dence fixe dans ces contrées barbares , » cet habile écrivain a mieux indiqué que je n'eusse pu le faire, le véritable avantage de Tiflis, celui de faire actuellement partie d'un empire chrétien et civilisé. C'est cet immense avantage qui assure à Tiflis une prospérité égale à celle d'Ormus, qui en fera une nouvelle Palmyre, une nouvelle Alexandrie : la force des choses sera plus grande que les hésitations, les obstacles, les oppositions qui jusqu'ici ont, sinon suspendu, au moins ralenti le mouvement qui doit entraîner les relations entre l'Europe et l'Asie vers cette nouvelle route.

« Si l'île d'Ormus, qui n'a ni végétation, ni » eau douce, qui n'a pas vingt mille de circon» férence, où les montagnes et les plaines sont » également formées de sel, où tous les ruisseaux » en sont imprégnés, où il se condense même » à la surface comme de la neige glacée, où la » nature du sol, ou plutôt cette surface unie » qui la couvre, rend les chaleurs de l'été plus » intolérables que dans les îles brûlantes et dans » les provinces qui l'entourent, et qui n'a pour » elle que l'avantage de sa position, et un bon » port (1) »; si cette île a été le centre d'un commerce extrêmement riche; si elle a attiré des caravanes qui apportoient plus d'or, et donnoient lieu à un négoce plus étendu et plus important que celui d'aucun autre marché du

(1) Voyez l'Histoire de Perse, par Malcolm, tome 2, page 332

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