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Les avantages dont jouissent les pays qui exportent leurs productions par les ports de la mer Noire, sont bien loin d'être partagés par ceux qui bordent la Méditerranée. Ainsi, lorsque nos armées occupoient l’Egypte, les Anglais réussirent, pendant une année, à en fermer si exactement toutes les issues, que nos généraux et nos soldats ne purent recevoir aucuns renseignements sur le sort de la France. Ce fut même cette contrariété qui contribua puissamment à inspirer à l'armée le desir d'abandonner un pays qui la séparoit de l'Europe entière. Il est donc facile de juger les inconvénients que pourroit éprouver l'industrie française, si elle avoit pour lieu principal d'approvisionnement en coton l’Egypte, dont les communications avec la France seroient interrompues le jour où l'Angleterre nous déclareroit la guerre.

La chaleur du climat sur les bords de l'Araxe et la fertilité des terres, ne permettent pas de douter que l'indigo ne réussit parfaitement dans une contrée où déjà l'on cultive le coton et d'autres plantes qui demandent au moins une température égale à celle qu'exige l’indigo. Cette culture seroit d'autant plus avantageuse, que ses produits trouveroient leurs débouchés dans la Perse et dans toute la Russie.

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La canne à sucre est indigène dans le Mazanderan, qui n'est que de trois degrés plus méridional que le Karabagh. Tout fait donc présumer que cette plante croîtroit dans les plaines de cette dernière province; elle n'y seroit pas exposée à la gelée comme à la Louisiane, où l'on sait que la canne à sucre a réussi depuis que des colons de Saint-Domingue ont appliqué à sa culture leur expérience et leurs soins, et se sont déterminés à la couper tous les ans avant l'époque des gelées.

Le sesame est cultivé dans le Chirvan et dans le Daghistan. L'huile qui en provient approche, pour la qualité, de l'huile d'olive. J'ajouterai qu'il seroit facile de naturaliser dans presque toutes ces provinces le chêne à liége, le chêne aux noix de galle , l'olivier et le pistachier.

Après avoir donné quelques idées sur la culture actuelle du pays, et sur l'amélioration dont elle est susceptible, je ne puis passer sous silence que les provinces Russes au-delà du Caucase, depuis les montagnes qui séparent l'Immirette de la Kartalinie jusqu'à la mer Caspienne, sont depuis quelques années sujettes aux ravages des sauterelles.

J'ai déjà fait observer que, si ces insectes n'ont jamais pénétré dans les deux royaumes

qui composent l'ancienne Colchide, l'Immirette et la Mingrelie, c'est que ces contrées sont défendues contre leurs irruptions, au nord, au levant et au midi, par de hautes montagnes, et au couchant, par les forêts qui couvrent la Mingrelie.

Les sauterelles, qui font le désespoir des cultivateurs de la Géorgie, sont souvent aussi grosses que les cigales, et ont une portion du corps rose. Elles sont presque toujours amenées par les vents du midi , venant, tantôt de l'Aderbijan, tantôt du kanat d'Erivan. Elles forment d'immenses nuages, qu'on voit arriver avec un sentiment de terreur. Malheur au champ sur lequel ils fondent! car quelques heures suffisent pour ne laisser aucune trace d'une magnifique récolte en blé, en orge ou en maïs : la vigne elle-même n'est pas toujours exempte de la dévastation, bien que moins exposée au ravage de ces insectes.

Après avoir dévoré un champ, ils s'étendent sur un autre; et s'ils rencontrent un espace inculte, ils s'élèvent de nouveau pour aller se je ter sur un canton plus éloigné. Depuis quelques années, les sauterelles ont passé de la Géorgie dans le Daghistan, et, cotoyant la mer Caspienne, leurs ravages se sont étendus vers Kizlar et Astrakhan, et jusque sur les bords du Don. Les récoltes de la Crimée ont même, depuis 1820, tellement souffert des sauterelles qui vraisemblablement, pour y arriver, ont traversé la mer Noire, que des cultivateurs Génois qui s'y étoient établis se sont disposés à abandonner cette terre de malheur, et ont le projet de venir cultiver des terres en Immirette.

Ordinairement les sauterelles ne paroissoient qu'en juillet et août. Pendant l'hiver de 1822 et 1823, qui a été assez doux en Géorgie, une partie de ces insectes destructeurs est restée dans le pays; et comme ils se sont montrés au commencement du printemps, lorsqu'ils n'avoient que peu de force, et que la terre n'étoit pas encore couverte de végétaux, les cultivateurs ont réussi à les rassembler en tas, et à en détruire le plus grand nombre.

Mais de nouvelles bandes de sauterelles n'ont pas tardé à arriver, et plusieurs champs cultivés - ont été entièrement ravagés par leur dent meurtrière.

Les faits dont je viens de rendre compte sont conformes aux observations recueillies dans tous les pays qui, dans les temps anciens et modernes, ont été exposés à ce fléau. Mais les provinces Russes au-delà du Caucase sont, depuis

environ cinq ans, témoins d'une particularité qui mérite bien de fixer l'attention du naturaliste.

A la suite des sauterelles, apparoissent des nuées d'oiseaux qu'on nomme en géorgien tarby, et qu'on croit être le paradisea tristis, connu à l'ile de Bourbon. On pourroit justement l'appeler oiseau libérateur, puisque la Providence semble l'avoir destiné à la destruction des sauterelles. Ces oiseaux, aussi gros que des grives, ont le vol rapide et agité de l'hirondelle; le dos et les ailes sont noirs , mais le ventre est d'un jaune foncé...

Lorsque les nuées de ces oiseaux arrivent, on les aperçoit à une très-grande distance, et on les entend aussi de très-loin, par le bruit que fait le mouvement de tant de milliers d'ailes réunies sur un même point. Ils s'arrêtent d'ordinaire près des champs occupés par les sauterelles ; et après s'être reposés pendant quelques heures, ils se jettent en masse sur ces insectes. Toutes les observations faites jusqu'en 1823 s'accordoient sur un point : c'est que les tarbys ne mangeoient pas de sauterelles, et se bornoient, disoit-on, à les détruire. Cette opinion n'avoit pas peu contribué à entretenir une superstition dont ils sont encore l'objet, et dont je rendrai compte tout à l'heure.

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