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L'acharnement avec lequel ces oiseaux détruisent les sauterelles fait jaillir sur leurs plumes le fluide qui circule dans le corps de ces insectes; il se coagule, et bientôt leur ôteroit la possibilité de voler,si de temps en temps ils n'abandonnoient le champ du carnage pour aller se plonger plusieurs fois dans le Cyrus, ou dans toute autre rivière voisine, jusqu'à ce qu'ayant débarrassé leurs plumes des ordures qui les souilloient, et les ayant séchées, ils puissent de nouveau tomber sur leurs ennemis.

En Egypte, l'ibis, destructeur des serpents, a mérité une place dans les temples; de nos jours, en Hollande, en Allemagne, dans plusieurs cantons même de la France, la cigogne, symbole de l'amour filial, et également ennemi mortel des reptiles, est un objet de respect. Quiconque, en Hollande, tireroit un coup de fusil sur un de ces oiseaux, échapperoit difficilement à la fureur populaire. Enfin, l'hirondelle. qui nourrit ses petits avec des araignées et des insectes, est considérée comme un oiseau de bonheur, et presque partout on lui laisse, avec une entière sûreté, former son nid à la portée de la main de l'homme.

Il n'est donc pas étonnant que le tarby, si utile en Géorgie, y soit considéré comme une

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sorte d'oiseau sacré. Les chrétiens Arméniens et Grecs, et les Tartares eux-mêmes sont aujourd'hui convaincus que, pour faire venir les tarbys dans un canton où leur présence est utile, il faut nécessairement aller chercher dans une cruche de l'eau d'un puits voisin du couvent d’Etchmiadzin, où a résidé le patriarche de l'Arménie jusqu'en 1822, et où il ne reste plus que quelques moines.

Cette eau est bénite par les religieux; l'homme qui la porte ne pose jamais sa cruche à terre pendant tout le voyage; il la suspend, lorsqu'il s'arrête, à un arbre ou contre un mur. En arrivant, elle est de nouveau bénite par un prêtre; on en asperge un champ ravagé par des sauterelles; et deux fois vingt-quatre heures ne se sont pas écoulées, disent les habitants, que les nuées de tarbys apparoissent. En 1823, nous avons vu l'archevêque Narsės recevoir l'eau miraculeuse, et les tarbys n'ont pas tardé à arriver.

Dans les années précédentes, leur apparition a été courte. Cette année-là, arrivés vers le mois de juin, ils se sont d'abord placés sur les hauteurs près de l'hôpital, d'où ils alloient continuellement se jeter sur les champs d'orge et de maïs situés à la gauche du Kour, que les saute- . relles avoient envahis. Bientôt on s'est aperçu

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par leurs courses fréquentes au milieu des immenses décombres et des tas de pierres, résultant des ouvrages dont on s'occupoit au nouveau pont, que leur intention étoit d'y faire leurs nids. Aussitôt la prévoyance de l'administration a fait donner les ordres de suspendre momentanément le travail sur ce point. Alors des milliers de tarbys ont formé au milieu des pierres des nids mal liés avec de la chaux, de petites pierres et du foin, et ils y ont pondu leurs œufs. Dès que les petits sont éclos, ces oiseaux se sont occupés du soin de les nourrir, et on les voyoit pendant toute la journée passer par longues bandes pour aller se jeter sur les champs envahis par les sauterelles ; chacun des oiseaux emportoit dans son bec deux ou trois de ces insectes, en prouvant ainsi combien l'opinion qui ne leur supposoit dans la destruction des sauterelles aucun motif intéressé, étoit mal fondée.

Pendant plusieurs semaines, nous étions témoins de leur manége, que nous annonçoit de loin le bruit de leurs ailes. Le 18 juillet, n'en ayant vu passer aucun, nous apprîmes que d'immenses nuées de tarbys étoient successivement parties depuis quatre heures du matin, se dirigeant vers le midi.

On excusera la longueur de ces détails, puisqu'il ne s'agit pas ici d'un simple objet d'histoire naturelle, mais d'un fait qui peut intéresser les agriculteurs. Volney, dans son Voyage en Egypte, rapporte sur les sauterelles et l'oiseau destructeur des faits à peu près analogues à ceux que j'ai observés en Géorgie.

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Le samedi 4-16 septembre 1820, à trois heures après midi, nous partîmes de Tiflis pour Bakou. En sortant de la ville, et après avoir passé sur le pont des bains, on cotoie pendant quelque temps la droite du Kour ou Cyrus. Son lit étroit et diminué à la suite des sécheresses, répondoit peu alors à la célébrité de son nom. Ses deux rives, sur une largeur d'environ cent toises, sont couvertes de plantations de saules et de peupliers; la partie de terrain arrosée par de fréquents débordements conservoit seule quelque verdure; il est presque entièrement composé d'un sable fin, qui produit quelques genévriers et une espèce de thuya.

A huit werstes de Tiflis, on aperçoit sur la

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