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largeur, dont on a garanti la base par des digues en clayonnage. Au moment où nous passions, la route étoit couverte de pierres provenant d'éboulements. Sur les points où le rocher est de granit pur, souvent, au lieu d'être horizontal, le chemin est penché vers la rivière, à cause de la difficulté du travail qu'exige cette roche quand on la taille, et du peu de soin avec lequel il a été fait. Ici, on a été obligé de creuser une large voûte ouverte; là, le chemin est pratiqué au travers d'une grotte longue de trois toises, et à peine assez élevée pour que notre voiture y pût passer. On nomme cette grotte la grotte de la Sainte-Trinité.

Cette portion de la route étoit si étroite que nos chevaux ne pouvoient passer que deux de front. On y a placé un parapet, dont une partie fut renversée par notre britchka. Nous eussions infailliblement été précipités dans la rivière, si huit soldats qui le soutenoient n'eussent prévenu la chute. Deux voitures qui se rencontreroient sur cette route seroient dans le plus grand embarras, parce qu'on n'a pas eu la précaution de pratiquer de distance en distance dans le rocher, comme sur la route d’Aussig à Lowosits, en Bohême, des enfoncements où une voiture se place en attendant que l'autre ait passé.

Autrefois, le chemin continuoit sur la gauche du Terek, entre la montagne et les ruines du château élevé de Dariel. Aujourd'hui, avant d'y arriver, on traverse pour la troisième fois le fleuve sur un pont de bois, et on entre par un défilé dans une forteresse qui est occupée par une garnison d'environ trois cents hommes d'infanterie et quelques cosaques. Elle est entourée de tous côtés de hautes montagnes à pic et presque nues : on y est comme dans un puits. Ces montagnes sont tellement rapprochées les unes des autres, que le soleil ne s'y montre, dans les plus longs jours d'été, que pendant quelques heures. Nous fûmes très-bien accueillis par l'officier commandant du poste. Le logement étoit commode, et nous trouvâmes à acheter, à un prix modique, les provisions qui nous étoient nécessaires.

La forteresse actuelle est séparée par le Terek du vieux château de Dariel; on y voit les débris d'un escalier en pierre, par lequel on descendoit à la rivière sans être exposé aux flèches des ennemis qui se seroient placés de l'autre côté du fleuve. S'il faut en croire la tradition du pays, ce château appartenoit, dans le moyen âge, à une princesse Daria, qui exigeoit de forts péages de tous les passagers, retenoit ceux qui

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lui plaisoient pour partager sa couche, et faisoit précipiter dans le Terek les amants dont elle croyoit avoir à se plaindre. Ce qui est plus important que cette tradition, c'est qu'il suffit de voir Dariel pour reconnoître dans sa position, les Pylæ ou portes caucasiennes. La vallée, qui s'étend sur une longueur de près de deux lieues de Laars à Dariel, étoit évidemment celle dont la défense avoit été confiée aux rois des Huns, qui recevoient à cet effet une rétribution annuelle des monarques byzantins. Léon Ie' refusa de payer ce tribut. Un peu plus tard, ce poste important fut proposé à Anastase pour un prix très-modique; mais pendant que cet empereur calculoit la somme qu'on exigeoit de lui, et la distance, un rival plus vigilant survint au milieu des négociations : Cabade, roi de Perse, occupa par force ce passage du Caucase (1). Ce défilé, la porte Caspienne et la muraille que ce même Cabade fit placer, assure-t-on, sur le front entier des montagnes du Caucase, garantissoient la Perse et les provinces Romaines en Asie contre les incursions des Scythes. Aussi Justinien et Cabade convinrent que la dépense en seroit payée en commun. Procope dit que le

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(1) Voyez Gibbon, tome 9, page 446.

premier payoit en or au roi de Perse une somme énorme, et cet arrangement continua sous Chosroës le' et son fils, si célèbre et si cher aux Orientaux sous le nom de Nourschirvan..

Avant que les Russes eussent établi la route de Mozdok à Tiflis, le pays qu'elle traverse étoit si peu connu, qu’on supposoit généralement que le défilé de Dariel se trouvoit, non sur le Terek, mais sur l’Aragvi, rivière qui coule en sens contraire, puisqu'elle prend sa source au revers de celle du Terek , et va se jeter dans le Kour, près de l'ancienne ville de Miskhetha (1). Dans les montagnes qui entourent Dariel, on trouve assez souvent le touri ou bouquetin du Caucase. Le vautour et l'aigle de la grande espèce sont très-communs au milieu des rochers élevés de toute cette contrée. Dans les environs de Dariel il existe de riches mines de plomb, que la situation du pays ne permet pas d'exploiter.

Nous avions, depuis Vladi-Caucase, voyagé avec le baron d’Hungarn, Livonien, major dans les ponts et chaussées, et qui, depuis cinq ans, habite Vladi-Caucase; il est chargé de la construction et de la réparation des routes jusqu'au

(1) M. Klaproth dit que dans quelqués cantons des montagnes, on donne aussi le nom d'Aragvi au Terek.

delà de Koby. Je lui dois quelques-unes des notions que j'ai recueillies sur cette portion du Caucase.

Partis de Dariel le mercredi 19-31 mai, nous entrâmes dans une vallée un peu plus large que celle que nous avions suivie la veille, laissant le Terek sur notre droite, et nous continuames de traverser un pays fertile, mais qui n'offroit aucune sûreté : il est inculte et peu habité. A chaque moment les points de vue varioient, ainsi que la nature des montagnes. A deux werstes de Dariel nous vîmes à droite, de l'autre côté du Terek, des monceaux de glace, débris de la terrible avalanche descendue du Kazbek en 1817: elle couvrit plus de deux werstes de pays, et arrêta le cours du Terek. Ce fleuve déborda alors de tous côtés, et rendit, pendant deux ans, la route impraticable aux voitures. Il paroit que cette catastrophe se renouvelle tous les sept ou huit ans. Le Kazbek se charge, pendant cet intervalle, d'une masse énorme de neige et de glaces, dont l'accumulation finit par perdre son équilibre, et qui couvre, par sa chute, une vaste étendue de pays.

Un peu avant d'arriver à la redoute de Kasbek ou Stephan-Tzminda, nous rencontrâmes le général Merlini, qui nous avoit quitté à Vladi

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