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rencontre le Gourgain , petite rivière qui descend des montagnes dont la chaîne s'étend parallèlement au Kour; à peu de distance de ce fleuve, elle se divise, près du poste auquel elle donne son nom, en cinq ou six bras extrêmement rapides, et dont les lits changent si fréquemment, que le cosaque qui nous servoit de guide ne savoit où nous indiquer les gués. Malgré tous les efforts des cochers, nos chevaux, qui la veille avoient refusé de boire la mauvaise eau qu'on leur avoit présentée, et qui étoient très-fatigués par une marche de trente-cinq werstes, faite pendant une chaleur accablante, s'arrêtoient à chaque instant pour se désaltérer dans les passages les plus difficiles et les plus dangereux de la rivière que nous traversions. Ils eurent beaucoup de peine à traîner notre voiture au milieu des cailloux que les eaux avoient amoncelés sur plus de deux cents pas de largeur. La force du courant, au moment où nous passions, avoit presque emporté un arabat ou voiture tartare qui traversoit le bras le plus large.

D'après l'état où se trouvoient nos chevaux, nous nous décidâmes à coucher à Gourgane. Ce poste est un des plus mal situés de la route, tant sous le rapport du défaut absolu de vivres, que de la difficulté des abords et de l'air insalubre

qu'on y respire : aussi la fièvre, dont mon fils étoit attaqué de nouveau , y prit un plus grand degré d'intensité, et mon domestique Sicilien en fut également atteint.

Le lundi nous partîmes de Gourgane pour Goktchaï, qui en est à vingt-trois werstes. En sortant de ce poste, on traverse sur des ponts très-peu solides sept ou huit fossés formés par les eaux qui tombent des montagnes de sable que

cotoie le Kour. Plus loin, la terre est entremêlée de glaise, qui alors étoit durcie et fendue par le soleil. Les eaux, en s'y accumulant, forment des marais qui se prolongent sans cesse,

et dont une partie est couverte de roseaux extrêmement élevés. Toute cette contrée est plate, et son uniformité n'est interrompue que par quelques ravins peu profonds, dont nos chevaux eurent beaucoup de peine à nous tirer. A moitié chemin, nous rencontrâmes une cavalcade de quinze à vingt Tartares. L'un d'eux se détacha, et après nous avoir salués, il fit

approcher ses compagnons, et nous présenta un des fils du tchamkal de Tarki, qui alloit à Tiflis : c'étoit un très-bel homme, dont la figure annonçoit de la douceur, mais peu de vivacité et d’intelligence. Il portoit le costume tartare; tout son habillement étoit garni de ces galons d’argent étroits qui se fabriquent dans les montagnes du Caucase, et dont les Circassiens font grand usage. Le jeune prince, qui sut que nous nous proposions d'aller à Astrakhan par Tarki, nous pria instamment de donner de ses nouvelles à son père, pour qui le général Yermoloff nous avoit donné des lettres de recommandation. Nous apprimes depuis que le but de ce voyage étoit de justifier le tchamkal des soupçons de trahison qui un instant avoient plané sur lui à l'époque des derniers troubles du Daghestan.

Le poste de Goktchaï ne nous offrit aucune ressource; mais on nous procura facilement dans un village tartare qui en étoit éloigné d'une werste, tous les vivres dont nous avions besoin. Après nous être reposés quelques heures, nous repartimes pour la station établie depuis peu, à dix-huit werstes de distance, et qu'on nomme Novo-Outchregy-Denuy.

En sortant du poste, on découvre sur la droite une plaine à perte de vue, et dans laquelle on aperçoit de distance en distance des plantations d'arbres qui indiquent les villages tartares et arméniens qui y sont disséminés. Sur la gauche, on cotoie cette affreuse montagne de sable aride qui réfléchit une chaleur si grande, qu'à la fin de septembre, lorsque le matin, le thermomètre de Réaumur marquoit à peine huit degrés, il s'élevoit à midi à trente. L'air qu'on respire autour de ces montagnes est non-seulement d'une chaleur insupportable, mais il est très-mal sain, et contribue à engendrer des fièvres continues et intermittentes, dont les habitants du pays eux-mêmes sont souvent atteints.

Nous passâmes la nuit au poste de Novo-Outchregy-Denuy. Nous parvinmes à nous garantir de l'air extérieur, en tapissant le balagan où nous étions logés avec des couvertures et des bourka. Cette cabane étoit divisée en deux parties : nous habitions l'une; l'autre étoit occupée par le général Vlassoff, attaman de tous les cosaques qui se trouvent de l'autre côté du Caucase. C'est le même officier que nous avions rencontré au poste de la Quirila , en Immirette, et qui déjà, à cette époque, étoit attaqué de la fièvre, dont il n'étoit pas encore débarrassé.

Le général Vlassoff est un officier distingué, âgé d'environ cinquante ans : il a fait la guerre en France, et se louoit beaucoup de son séjour à Épernay, et de l'excellence de ses vins. Nonseulement nous lui fùmes redevables , pour notre route,

de conseils qui nous furent trèsutiles, mais il nous donna un ordre général pour tous les postes de cosaques jusqu'à Derbent. Ils devoient nous fournir tous les fourrages nécessaires pour nos chevaux, en nous laissant à nous-mêmes le soin d'en fixer la valeur. Sans cet ordre, dont l'exception étoit autorisée par les circonstances, il nous eût été impossible de continuer notre route : en effet, la disette des vivres, et surtout celle des fourrages, dont j'ai souvent parlé, ne tenoit pas seulement à la sécheresse excessive de l'été de 1820, elle avoit été produite par une toute autre cause.

A la suite des troubles du Daghestan, le kan du Chirvan, qu'on avoit soupçonné d'y avoir pris part, reçut du général en chef l'ordre de venir à Tiflis. Comme il différoit d'obéir, et qu'on s'attendoit à des hostilités de sa part, on prescrivit à tous les postes de cosaques placés dans le Chirvan de se replier en ramenant leurs approvisionnements sur la frontière. Cette mesure avoit été exécutée; mais, au lieu des hostilités auxquelles on s'attendoit, le kan du Chirvan crut plus sage de s'enfuir en Perse, en abandonnant aux Russes sa belle province, ses revenus, ses chevaux et presque tout son mobilier. Cet événement avoit eu lieu peu de jours avant notre départ de Tiflis. Les postes de co

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