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Kouba, un des plus importants de cette contrée. Dans toutes ces places, il a su se faire aimer et estimer.

L'ancien kan de Kouba , homme d'un caractère martial et remuant, parcourt continuellement les montagnes pour exciter l'animosité des habitants du Caucase contre la Russie, et il prend part à toutes les insurrections. Il étoit lié à celle du Daghestan, que le général Mandatoff a terminée en si peu de temps, et avec tant de succès. Au moment même où j'étois à Kouba, le kan couroit le pays avec quelques cavaliers, cherchant à pénétrer en Perse, pour y rester jusqu'à ce qu'il ait trouvé une nouvelle occasion de se mêler de quelque révolte.

Les peuples de Kouba , qui connoissoient bien son caractère impitoyable, et redoutoient les effets de sa vengeance, si jamais il se trouvoit en position de la satisfaire, n'osoient lui refuser un refuge, ni les moyens d'échapper aux recherches. Ses retraites étoient d'ailleurs favorisées par les hautes montagnes du Caucase, contre lesquelles la province de Kouba est appuyée.

Le Kouba renferme environ dix mille familles, formant soixante mille âmes. La ville de Kouba, située sur les bords d'un torrent assez

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large, et qu'elle domine de plus de deux cents pieds, a une population de mille familles, ou cinq mille habitants. De l'autre côte du torrent, un village est entièrement habité par des Juifs cultivateurs : ils passent pour être fixés dans ce canton depuis un temps immémorial. Leurs maisons sont propres : ils ont l'air de vivre dans l'aisance, et ne paroissent pas livrés à l'usure et à tous les vices qui dégradent une partie des Juifs d'Europe.

De Kouba on aperçoit dans le lointain plusieurs des hauts sommets dų Caucase , dont quelques-uns sont couverts de neige.

L'air qu'on respire à Kouba est très-dangereux pour les soldats, tandis que le village situé dans la plaine, sur les bords de l'eau, jouit d'un climat si salubre, que les Juifs qui y vivent sont presque exempts de maladies. Des officiers qui faisoient partie dų convoi qui nous conduisit jusqu'à Kizlar, m'assurèrent que les soldats qui mouroient à Kouba, avoient presque tous les poumons ou le foie gangrénés,

La transition rapide qu'on éprouve souvent dans la même journée, d'une chaleur excessive, suite de la latitude, à un froid rigoureux qui survient immédiatement lorsque le vent tourne au nord, et passe sur les neiges du Caucase avant

sera

d'arriver dans la ville, paroît une des causes principales des maladies qui attaquent la garnison. Il pleut d'ailleurs beaucoup à Kouba, et comme les rues sont étroites et la population concentrée , l'humidité s'y conserve long-temps. Si on ajoute à ces circonstances celle de la mauvaise qualité des eaux, on sera peu étonné de la mortalité qu'éprouvent tous les ans les régiments cantonnés dans cette ville. C'est par ce motif que le général en chef, en donnant l'ordre de chercher dans le canton de Kouba une position convenable pour y bâtir une grande forteresse, a recommandé surtout de s'assurer qu'il y eût des eaux saines, et que l'air y fût salubre.

Le district de Kouba fournit beaucoup de grains, dont ils approvisionnent le Chirvan, quand la récolte manque dans ce dernier kanat. Il produit, outre de la soie , du safran, de la garance et du coton. On y prépare du salep avec la racine de l'orchis, dont on y trouve plusieurs

variétés. Le pays abonde aussi en chevaux et en , bestiaux de toute espèce, l'humidité y multipliant les foins. Les habitants de Kouba sont agriculteurs, commerçants, et fabriquent de

gros draps, qu'ils échangent avec les peuples - des montagnes contre du miel, de la cire, et plusieurs sortes de pelleteries. Ils excellent surtout dans le tissage des tapis, dont Kouba est le marché principal.

Le général de Wrède, qui étoit plein de prévénance pour nous, avoit aussi accordé l'hospitalité à un pauvre Allemand qu'un grand seigneur faisoit voyager en qualité de botaniste. Il n'avoit que 1,000 roubles assignations (1,000 fr.) par an, pour ses frais de route et de nourriture. Comme ses appointements de l'année étoient consommés, et qu'il n'avoit plus le moyen d'aller en Perse, où il se proposoit de recueillir des plantes, il tâchoit, en donnant des leçons de français aux enfants de quelques officiers Russes, de ramasser un peu d'argent pour pouvoir continuer son voyage. Ce botaniste me fit voir la collection de plantes qu'il avoit recueillies dans la province de Kouba et dans les montagnes du Caucase, et je lui dois les diverses espèces d'orchis que fournit le pays, et quelques autres plantes assez rares que j'ai envoyées au Jardindu-Roi à Paris.

Deux jours avant mon arrivée à Kouba, ma santé, qui jusque-là avoit résisté à toutes les épreuves, commença à se ressentir de l'influence de l'air insalubre des pays que nous parcourions, et de la nourriture à laquelle

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nous avions été réduits. J'eus quelques accès de fièvre à Kouba, et, espérant m'en débarrasser en m'éloignant de cette ville, je me décidai á me mettre en route pour Derbent, où nous comptions nous reposer pendant quelques jours, en attendant la réunion du convoi qui devoit nous conduire à Kizlar.

Après avoir pris congé du général de Wrède, dont les attentions s'étendirent sur tout ce qui pouvoit faciliter notre voyage, et ajouter à son agrément, nous nous mîmes en route le 3-15 octobre. Selon l'usage de ces contrées, quelques officiers de la garnison, dont j'avois fait connoissance chez le général de Wrède, voulurent absolument nous accompagner à cheval pendant les huit ou dix premières werstes du relai que nous allions parcourir. C'est celui de Zia-' kour, qui est à trente-cinq werstes de Kouba. En sortant de la ville, on traverse la Koulinka , dont le passage nous présenta d'assez grandes difficultés, parce que, des deux côtés, les bords sont forts élevés et très-escarpés. Les soldats de notre escorte nous rendirent de grands services dans cette circonstance, et nous mirent à l'abri de tout accident.

Arrivés sur l'autre bord, nous rencontrâmes une partie de l'infanterie et les deux canons des

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