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et des munitions destinées pour la Géorgie. Ces divers détachements, avec quelques officiers qui avoient obtenu des congés, les cosaques qui servoient et accompagnoient l'artillerie, des femmes et des enfants d'officiers qui alloient à Kizlar, et un assez grand nombre de domestiques coniplétoient l'ensemble de la caravane, qui étoit d'environ deux cent soixante personnes. Nous étions suivis par un grand nombre de voi. tures et de chariots tartares mis en réquisition pour transporter les fourrages.

Le convoi étoit commandé par le capitaine de cosaques

Soubkoff. Il venoit nous voir souvent pour s'assurer du jour où nous pourrions nous. mettre en route. Enfin la fièvre, qui ne m'avoit pas quitté pendant mon séjour à Derbent, cessa, et nous partimes le 15-27. octobre. Lögés près de la porte de Kouba , nous traversåmes la ville du nord au sud, pour descendre ensuite dans une plaine qui borde la mer, et après l'avoir cotoyée pendant environ treize werstes, nous arrivâmes à une mauvaise redoute entourée de palissades, qui étoit occupée par un bataillon d'infanterie Russe.

Le convoi avec lequel nous devions voyager étoit déjà réuni depuis deux heures à la forteresse,

et nous attendoit pour se mettre en route.

Cependant la veuve d'un officier mort depuis trois mois, étant accouchée au moment du départ, nous nous proposions de passer la nuit à la forteresse et d'en repartir le lendemain matin, lorsque nous reçûmes la visite de Joak-Bey, frère naturel d'Amiranza, souverain de Bereckey. Il étoit envoyé par ce prince avec trente Tartares, pour se réunir au convoi, et ajouter à notre sûreté. Joak-Bey nous sollicita vivement de continuer notre route jusqu'à Bereckey, qui n'est qu'à quinze werstes de la forteresse, en nous assurant que nous y serions mieux logés; comme son escorte suffisoit

pour

notre sûreté entière, nous acceptâmes son offre avec empressement, après avoir reçu l'autorisation du chef du convoi. Nous nous mimes seuls en route au milieu de nos Tartares, et arrivâmes en moins de deux heures à Bereckey. Le prince, prévenu de notre arrivée, nous avoit fait préparer un logement commode dans une des plus grandes maisons de la bourgade. Nos deux chambres étoient éclairées avec luxe; un grand feu brûloit dans les cheminées; cinq ou six Tartares étoient désignés pour nous servir.

A peine descendus de notre voiture, nous reçûmes la visite de Joak-Bey et d'un assez grand nombre de nobles Tartares. Nous leur offrimes du thé, et cette boisson leur parut d'autant plus agréable, que le rhum y entroit au moins

pour moitié. Cette liqueur, n'étant pas le produit du raisin, n'est pas comprise dans celles dont le prophète interdit l'usage, du moins pour les peuples du Cansase , qui ne sont pas de zélés Musulmans.

Après nous avoir quittés, le prince ne tarda pas à nous envoyer un immense pillau garni de poulets et viande de mouton, et un plateau couvert de très-beaux fruits. Il avoit fait mettre en même temps quelques moutons à notre disposition. Nous en fimes tuer un; les autres furent remis au capitaine des cosaques pour les distribuer aux officiers qui faisoient partie du convoi. Il s'étoit décidé à se mettre en route peu

de temps après notre départ, et étoit arrivé à Bereckey quelques heures après nous.

Bereckey est une petite bourgade dont les maisons sont éparses, et où le capitaine ne jugea pas

à

propos de disperser les troupes sous ses ordres et les voyageurs confiés à sa garde. La caravane entière fut placée sous des tentes , dans une cour contiguë à la maison où nous étions logés, et dans une assez grande prairie qui l'environnoit.

Le lendemain, de bonne heure, nous nous

peu

remimes en route pour Kayayoute, qui est à trente werstes de Bereckey. Le prince voulut absolument nous accompagner avec un grand nombre de Tartares à cheval, jusqu'à un village qui dépendoit du prince son frère.

Le pays que nous parcourûmes pendant toute cette journée étoit, comme celui que nous avions traversé la veille, entrecoupé de collines peu élevées, et de lits de torrents, où il y avoit très

d'eau dans ce moment. Le chemin cotoyoit souvent la mer. Enfin, nous arrivâmes de bonne heure à Kayayoute, grand village situé à mi-côte, dans une très belle position, assez près de la mer. Nous y trouvâmes un logement commode qu'on nous avoit préparé.

Les habitants de Kayayoute sont riches eri troupeaux, et s'occupent de la fabrication des tapis, qui sont d'une espèce beaucoup plus commune que ceux que nous avions achetés à Kouba. Ces tapis sont; en général, rayés rouge et vert, et toujours de couleurs très-solides.

Le troisième jour de notre départ de Der bent, nous fîmes seulement vingt-sept werstes pour venir coucher au village de Bousinac. Le pays que nous parcourûmes ce jour-là étoit assez peuplé : on jouit presque sans interruption de la vue de la mer. Dans cette contrée, les chevaux et les bestiaux nous parurent composer la richesse des habitants; le riz que leur fournit le canton de Kizlar étant leur aliment principal, on ne voyoit que peu de terres labourées.

Bousinac est un beau village, dont le chef eut pour nous les plus grandes attentions: il pourvut abondamment à tous nos besoins et à ceux de la caravane. De la maison où nous logions, nous pouvions apercevoir la mer. Dans notre cour, le chef du village avoit placé, pour nous servir, quelques Tartares à qui nous ne pûmes faire accepter la moindre gratification. Nous eûmes souvent occasion de remarquer le même désintéressement chez ce peuple.

Dans la soirée, le capitaine des cosaques vint nous trouver, et nous proposa de partir à minuit, pour arriver le lendemain soir à Tarkou, distant de cinquante-deux werstes, où nous pourrions séjourner pendant vingt-quatre heures. J'acceptai cette offre avec d'autant plus de plaisir , qu'entre Bousinac et Tarkou, il n'y avoit, nous avoit-il dit, pas un seul village où nous eussions pu passer la nuit.

Le convoi partit vers une heure du matin, et marcha

presque sans s'arrêter jusqu'à sept heures. Nous bivouaquâmes alors dans une gorge, près d'un lac dont l'eau étoit assez mauvaise.

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