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serviteurs présentèrent aux convives des bassins remplis d'eau pour se laver les mains, usage que la manière de manger rend indispensable.

La profusion des mets de toute espèce qui couvroient les tables fait juger aisément que, lorsque nous les quittåmes , chacune d'elles se trouvoit encore suffisamment garnie pour régaler les nobles Tartares et les commensaux de la maison qui n'avoient pas pris part au premier repas. On recula alors les tapis et les plateaux. Quelques nobles se placèrent à la table que nous avions occupée; des Tartares d'un rang inférieur se mirent à la seconde. Quant à ceux qui étoient ou de la classe la plus commune ou des domestiques, ou les poussa avec une espèce de brusquerie hors du salon, et on plaça la troisième table et les mets qui la couvroient dans l'antichambre, où tout fut bientôt dévoré.

Nous restâmes encore une heure dans la salle. Avant notre départ, la princesse me fit témoigner tous ses regrets de ce que l'usage du pays ne lui permettoit pas de me recevoir. Mais elle me fit dire en même temps que si je desirois quelques approvisionnements pour mon voyage, je pouvois donner mes ordres. On nous fit voir ensuite l'avant-cour de la partie du palais occupée par la princesse et les autres femmes du

tchamkal : nous y remarquâmes un très-beau bassin qui servoit de baignoire, et qui étoit alimenté par une des nombreuses sources d'eau vive qu'on trouve sur tous les points de cet immense amphithéâtre. Enfin, après être remontés à cheval, nous fûmes reconduits jusqu'à notre logement par le cortège qui nous avoit amenés. Cette fois nous primes la route des bazars : ils n'avoient pas ce mouvement d'activité et de vie que nous avions rencontré à Tiflis et à Bakou; les boutiques étoient généralement mal approvisionnées.

A peine nous étions rentrés, que deux Tartares apportèrent chacun un plateau chargé de vivres et de fruits destinés pour mon fils, qui, retenu dans sa chambre par la fièvre, n'avoit pu nous accompagner.

L'après-midi, nous reçûmes la visite de deux femmes, l'une d'environ quarante-cinq ans, l'autre jeune et belle: c'étoient la mère et la fille. Elles venoient me prier d'intercéder en faveur, l'une de son fils, l'autre de son frère, pour obtenir sa grâce du tchamkal, qu'il avoit offensé assez gravement, en séduisant une des femmes de la princesse. Les sollicitations de ces femmes étoient vives : elles fondoient en larmes; il n'en falloit pas tant pour me rendre favorable à leura

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veux. Le jeune homme s'étoit rendu coupable d'un crime regardé comme irrémissible dans ces contrées. J'en parlai au gouverneur des jeunes princes, qui m'assura que le tchamkal ne me refuseroit pas la grâce si je la lui demandois. Je remis alors aux deux suppliantes une lettre dans laquelle je sollicitois le pardon entier du coupable. Elles partirent avec la certitude qu'elles reverroient bientôt celui pour lequel elles montroient un si grand attachement.

Avant de nous quitter, les princes Tartares nous déclarèrent leur intention de nous escorter avec soixante-dix cavaliers jusqu'à Kasiourte qui est à deux journées assez fortes de Tarkou. Le capitaine des cosaques leur ayant dit alors qu'il comptoit partir le lendemain à six heures, ils nous quittèrent, en nous assurant qu'ils seroient exacts au rendez-vous. Dans la soirée . nous reçûmes un nouvel envoi de pains, de gåteaux, de pillau et de confitures. Il y eut de quoi alimenter une partie de notre escorte.

Le tchamkal de Tarkou possède un territoire assez vaste, et dont la population s'élève au moins à soixante mille âmes. Ses terres sont fertiles; mais le défaut de débouchés nuit à la prospérité de l'agriculture, et en empêche l'accroissement. Les habitants s'occupent particulièrement d'éle

ver des chevaux et des bestiaux de toute espèce. Les Arméniens font la plus grande partie du commerce de la ville et du

pays.

Ils

voyagent d'ordinaire dans toutes ces contrées sous la sauvegarde de quelques princes, auxquels ils payent une rétribution, et qui leur servent de konac.

Dans nos possessions du Sénégal, le gouvernement du roi payoit aux Mandingues, aux Yoloffs, aux Poules et aux autres peuplades qui habitent sur les bords du fleuve, pour prix de leur tranquillité, une sorte de contribution en produits de nos manufactures, nécessaires à ces peuples. On donnoit à ces dons le nom de coutumes : ils n'ont jamais eu rien de déshonorant. Ne seroit-il pas possible qu'en adoptant un pareil système pour les peuples du Caucase, on parvienne à obtenir, sinon leur soumission, du moins la certitude de les voir renoncer au brigandage, et de remplacer cet affreux usage par les bénéfices plus certains que

leur

procureroient l'agriculture et le commerce,

s'ils étoient en paix avec la Russie?

Vers les dix heures du soir, après le départ des princes, nous étions à peine couchés, lorsque le capitaine des

cosaques
vint me dire

que, voulois me mettre en route à minuit, nous

si je pourrions le lendemain arriver à Angiourte, village situé à cinquante-deux wei stes de Tarkou, et dépendant du tchamkal, ajoutant que j'y trouverois un très-bon logement, et que la caravane pourroit s'y procurer les approvisionnements de toute espèce qui lui étoient nécessaires; tandis que si nous ne partions qu'à six heures du matin, comme il avoit été convenu d'abord, nous serions obligés de camper. Je me rendis sans peine à cette invitation : deux heures après nous étions en route.

Le gouverneur avoit laissé près de nous quelques Tartares pour nous servir; j'en envoyai un pour le prévenir de ce nouvel arrangement, et lui témoigner tous mes regrets de ne pouvoir lui faire mes adieux. Je le remerciai en même temps de la noble hospitalité du tchamkal, et lui fis dire que , ne voulant pas causer aux jeunes princes une fatigue sans objet, puisque notre escorte suffisoit pour notre sûreté, je l'engageois à ne pas nous accompagner plus loin.

Le temps étoit très-beau; la lune brilloit de tout son éclat; nous traversions un pays plat et peu

cultivé : dans cette saison, il étoit encore couvert d'herbes vertes, qui servoient de pâturages à des troupeaux de bæufs et de moutons. De temps en temps nous rencontrions des col

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