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Koumis, la permission de faire paitre, moyennant une rétribution convenue, deux cent mille moutons sur son territoire, qui s'étend de la rive gauche du Soulak au Terek.

Depuis quelques semaines, ces animaux avoient déjà passé la rivière, et paissoient sur les terres du scheffy, lorsque celui-ci, ayant eu une altercation avec le tchamkal, exigea que ses deux cent mille moutons repassassent immédiatement la rivière, qui est peu large, mais qui, dans ce moment, étoit extrêmement rapide, par conséquent dangereuse et difficile à traverser. Le tchamkal craignoit donc avec beaucoup de raison de perdre une partie de ses moutons, si le scheffy insistoit sur leur trajet immédiat, qui ne pouvoit avoir lieu qu'à la nage. Ce différend avoit été soumis au général en chef, dont on attendoit la décision.

Nous fimes à Kasiourte nos adieux au gouverneur et aux jeunes princes, qui, dans l'état de mésintelligence où se trouvoit leur père avec le scheffy, ne pouvoient nous accompagner plus loin. Nous ne pouvons trop nous louer des prévenances et des attentions dont nous avons été l'objet pendant tout le temps que nous sommes restés dans les États de ce prince Tartare.

Un peu avant de parvenir à la rivière, à dix ou douze werstes dans les montagnes, on laisse sur la gauche la petite ville d'Andrew, faisant partie des États du tchamkal. On y a construit l'année dernière une forteresse occupée par des troupes Russes. La plus grande partie de sa population est composée de Juifs descendus de ceux qui furent dispersés après la captivité de Babylone. Ils sont armuriers, chaudronniers et forgerons : d'après leur tradition, ils sont de la tribu de Gad, dans laquelle on prétend que doit naître l'antechrist.

Il étoit trois heures lorsque le convoi arriva aux bords du Soulak. Sur la droite du fleuve est la forteresse russe; sur la gauche, le village appartenant au scheffy : tous deux portent le nom de Kasiourte. Le commandant du fort, major d'infanterie, qui avoit été prévenu de notre arrivée, vint au devant de nous pour nous engager à entrer chez lui, et à accepter une collation qu'il nous avoit fait préparer.

La garnison de Kasiourte consiste dans un régiment de carabiniers, infanterie, une vingtaine de

cosaques, et un assez grand nombre de soldats d'artillerie; quelques canons de remparts, et plusieurs pièces de campagne, mettent le chef de ce poste en état de braver toutes les forces des montagnards, qui sont très-effrayés de l'artillerie européenne.

Le major est, depuis quelques années, à Kasiourte, et sa santé s'est ressentie de l'air insalubre qu'on y respire. Il attendoit avec impatience, ainsi que ses officiers, le moment où il leur seroit permis de rentrer en Russie. Les environs de Kasiourte sont extrêmement abondants en gi, ier de toute espèce. Le sanglier, ou plutôt le cochon sauvage, y est très-commun. Sa chair est délicate et légère, qualité que Chardin avoit reconnue dans les cochons de Mingrelie. Le commandant de la forteresse avoit formé une faisanderie; a ussi non-seulement nous donna-t-il des faisans à la collation, mais il eut la bonté de nous en envoyer trois pour notre provision de route.

Le départ du gouverneur, des deux jeunes princes, et des nombreux cavaliers qui les accompagnoient, avoit diminué

le moment notre escorte, mais ce vide ne tarda pas à être rempli. En effet, le commandant de Kasiourte, selon les ordres qu'il avoit reçus, joignit quarante carabiniers à notre convoi : ils étoient commandés par un jeune officier, qui paroissoit très-heureux de s'éloigner pour quelques jours du poste de Kasiourte. Le scheffy, de son côté, n'ayant pu venir lui-même, nous envoya un de ses parents, qui nous prévint que, le lendemain, au moment de notre départ, il se réuniroit au convoi avec soixante Tartares à cheval, et nous conduiroit jusqu'à Kizlar.

pour

Le village de Kasiourte est situé à mi-côte, sur la rive gauche du Soulak. Il renferme environ cinq cents maisons. Sa population est estimée à trois mille åmes. Ses habitants sont des Tartares-Koumis, des Tchetchens, des Lesghis, et autres peuples des montagnes. Le scheffy est toujours prêt à donner asile à tous les fugitifs, même à ceux coupables de quelques crimes , soit à Kasiourte, soit dans un autre village plus rapproché des montagnes, auquel, en l'honneur du souverain régnant, il a donné le nom d'Alexandrow. Ainsi il a successivement augmenté la population de ses États et sa force. Depuis la première invasion de Pierre-leGrand, les princes de cette maison ont toujours été attachés à la Russie. Celui qui étoit à la tête de notre escorte nous fit voir un trèsbeau sabre donné à son père par l'impératrice Catherine, et sur la lame duquel étoit gravée une inscription qui attestoit la fidélité du prince des Tartares-Koumis.

C'est dans les montagnes voisines des États du scheffy qu'on trouve deux beaux villages habités par un peuple actif, industrieux, sobre, laborieux, riche, indépendant, et dont les mæurs et la religion n'ont aucun rapport avec ceux des autres nations dont il est environné. On croyoit assez généralement qu'ils descendoient d'une colonie de frères Moraves. Cette tradition étoit tellement répandue, que les Moraves de Sarepta y envoyérent, il y a trente ans, une députation de trois personnes pour fraterniser avec eux; mais, soit que le fait fût controuvé, soit que deux ou trois siècles de séjour dans ces montagnes n'eussent plus laissé parmi ces peuples aucune trace de leur langue, de leur origine, de leur religion, les députés revinrent convaincus qu'il n'y avoit aucun rapprochement à espérer avec cette peuplade.

L'industrie des habitants de ces deux villages est très-variée : ils sont bons fourbisseurs; ils fabriquent de la poudre, dont ils approvisionnent tous les montagnards; ils façonnent des meubles de toute espèce, qu'ils vendent aux peuples du Caucase. M. le major Delpozzo étant prisonnier dans ces montagnes, avoit visité ces deux villages, et me parloit souvent avec admiration de ces hommes sages, tranquilles et laborieux. Leur industrie et ses produits sont considérés

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