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werste. Il étoit trop profond pour que les équipages, les pavosques et l'infanterie pussent le traverser à gué; heureusement trois pontons larges et commodes sont continuellement employés pour ce passage. Notre convoi étoit devenu tellement nombreux, que le trajet dura plus de trois heures.

Nous étions passés avec le premier ponton. On nous avoit préparé une chambre commode dans une chaumière qui sert de logement aux bateliers. Le vieux parent du scheffy nous avoit fait ses adieux de l'autre côté du lac, et avoit laissé à un de ses frères beaucoup plus jeune le soin de nous accompagner avec ses Tartares jusqu'à Kizlar. Celui-ci avoit une trèsbelle figure et des manières prévenantes et affectueuses. Il se lia d'amitié avec mon fils. Il me demandoit la permission de le considérer comme son frère, et d'avoir pour moi le respect et l'attachement d'un enfant envers son père.

Lorsque tout le convoi fut rassemblé, nous partimes pour la quarantaine de Nachthourin, qui n'est qu'à trois werstes de l'étang. On avoit envoyé d'avance un cosaque pour prévenir le directeur de l'arrivée de la caravane, et lui remettre les lettres et les déclarations qui attes

dans tout le pays que nous venions

toient que,

de traverser, il n'y avoit aucune apparence de contagion.

Après avoir attendu près d'un quart-d'heure à la porte, elle fut enfin ouverte. Dès que mon britchka se fut arrêté devant un bâtiment servant de magasin et de logement épuratoire, on nous fit entrer dans une petite chambre, où on avoit placé un réchaud, sur lequel on avoit jeté des matières destinées à produire une fumigation : l'effet en fut tel, que si on ne nous avoit pas immédiatement ouvert la porte, nous courions le risque d'être asphyxiés. Sortis de cette épreuve, nous entrâmes chez l'inspecteur, qui nous offrit avec beaucoup d'obligeance une chambre chez lui

pour y passer le temps de la quarantaine. Nous ne pouvons assez nous louer de toutes ses attentions pour nous pendant notre séjour. La quarantaine de Nachthourin est vaste; les bâtiments servant au logement des voyageurs et des marchandises sont grands et commodes : malheureusement le pays est plat, entouré d'amas d'eau mal saine et propre à donner la fièvre à ceux qui séjournent quelques semaines dans ce lieu.

De la quarantaine à Kizlar, on compte treize werstes. Le chemin traverse une plaine souvent inondée : après la pluie, elle doit être un véritable marais, qui ne peut manquer de présenter le plus grand obstacle au passage des voitures.

Si le chemin de Kizlar à Derbent devient une des routes principales pour le commerce de l'Asie, son amélioration devra être la première chose dont le gouvernement de la Russie aura à s'occuper. Les habitants de Kizlar en sentent tellement l'importance, que, selon ce qu'on m'a assuré, ils ont proposé récemment de l'établir à leurs frais. Il ne s'agit que de la construction d'une levée qui seroit

peu

coûteuse. A neuf werstes de la quarantaine, on traverse le Terek sur un bac très-commode. Cette branche de ce fleuve n'existe que depuis une quinzaine d'années, le Terek changeant fréquemment son lit et le nombre comme la direction des bras par lesquels il verse ses eaux dans la mer Caspienne. Un peu plus loin, nous passåmes à gué avec beaucoup de difficultés un second bras du Terek : quelques instants après, nous arrivâmes à Kizlar le 25 octobre 6 novembre 1820.

CHAPITRE XVI.

Description de Kizlar. - Progrès du commerce des Armé

niens de cette ville. — Vignes, mûriers. Terre de madame Taroumoff.—Mode de culture.-Moyens de port de Kizlar à Astrakhan. - Départ de Kizlar. Mauvais chemins. Rencontre d'une tribu nomade. Remarque sur les steppes.-Difficulté du passage du lac Beloï.-Arrivée à Astrakhan.

Kızlar a été bâtie en 1736 sous l'impératrice Anne, pour remplacer la forteresse de SainteCroix, qu'on avoit abandonnée. Elle est au 43° 51' de latitude septentrionale, et au 64° 10' de longitude orientale,

La forteresse est solidement construite, bien armée de canons, et a toujours une garnison assez nombreuse. Les Arméniens

composent la plus grande partie de la population, et occupent la ville extérieure, qui s'étend jusqu'au Terek. Ses rues sont larges et tirées au cordeau; les maisons sont séparées les unes des autres , et ont généralement de grandes cours et des jardins.

Depuis mon passage à Kizlar, en juin 1818, les relations des Arméniens avec les habitants du Caucase et du Daghestan ont pris un trèsgrand accroissement, et ont tellement augmenté leurs richesses, qu'on compte plusieurs millionnaires dans cette ville. Aussi, sans s'écarter de leur économie intérieure, ont-ils mis une sorte de luxe dans leurs monuments publics, et dans ce moment ils achèvent une très-belle église bâtie en pierres de taille, qu'ils tirent de très-loin, et dont la construction leur coûtera plus de 600,000 roubles assignations. Les Arméniens ont aussi à Pétersbourg un député qu'ils payent généreusement, et qui est chargé d'y suivre leurs affaires.

Aux richesses acquises par le commerce, ils ont joint les bénéfices que leur ont procurés le produit de leurs vignobles et la fabrication des eaux-de-vie. Ils en expedient de fortes quantités pour la Russie, surtout à l'époque de la foire de Makariew. Cependant le peu de force de leurs vins doit contribuer à réduire le bénéfice de cette fabrication. Pour obtenir une partie d'eaude-vie, ils emploient neuf à dix parties de vin, et payent à la couronne 2 roubles assignations de droit par wedro (treize pintes un tiers de Paris).

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