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Les Arméniens, qui ne négligent aucun moyen d'étendre leur commerce, ont déterminé quelques peuplades du Caucase, et particulièrement les Tartares du Daghestan, à planter des vignes dans leurs montagnes : ils leur achètent leurs vins, dont ces peuples mahométans ne font aucune consommation, et qui a beaucoup plus de force que celui des environs de leur ville.

Le gouvernement et plusieurs particuliers possèdent des vignobles dont le vin a de la ré putation, et s'expédie pour Moscou. Indépendamment des vins et des eaux-de-vie, les marchands de Kizlar partagent avec ceux d’Astrakhan le commerce des raisins frais, destinés pour l'ancienne et la nouvelle capitale de la Russie. Ces raisins sont mis dans de la graine de lin, et se transportent en très-peu de temps à Pétersbourg, distant de cinq cents lieues, où ils arriyent en bon état.

Indépendamment de la culture de la vigne, les Arméniens de Kizlar se sont adonnés à l'éducation des vers à soie. On estime à cinq cents pouds (seize mille six cent soixante-six livres) la récolte de la soie dans ce canton; elle est filée avec beaucoup de soin : une partie se consomme dans le pays, où on en fait des étoffes unies trèssolides; le reste s'expédie pour Astrakhan. L'on

cultive aussi dans les environs de cette ville le riz ordinaire dans les parties arrosées, le riz sec dans celles qui sont éloignées du Terek. Le goût de l'agriculture, très-répandu parmi les Arméniens de Kizlar, les porte à tous les essais dont ils espèrent tirer quelques avantages. Ainsi, ils ont commencé à cultiver le coton à courte soie; ils en ont tiré la graine du Mazanderan, et ils ont multiplié la culture du sesame, qui leur fournit toute l'huile nécessaire à leur consommation. Les Arméniens possèdent un très grand nombre de bestiaux. Tous les vivres sont à très-bon marché dans cette ville; la viande n'y vaut souvent que 5 à 6 copecs (ou centimes ) la livre; le gibier et le poisson y sont très-abondants.

Lorsqu'on arrive d’Astrakhan à Kizlar, des saules, des peupliers d'Italie, des frênes, plantés en allées ou disposés en massifs, de nombreux enclos renfermant des mûriers et des vignes, offrent un spectacle ravissant au voyageur, qui, venant de traverser un désert de cent lieues, se trouve transporté comme par enchantement dans un jardin délicieux : un bras du Terek sépare deux pays

d'une nature si différente. Nous étions logés à Kizlar chez un riche marchand Arménien, nommé Makar-ZourabovitchSamizoff, qui fut plein d'attention pour nous. L'archevêque de Tiflis, Narsės, nous avoit aussi adressés à deux Arméniens, et nous eûmes lieu de

remarquer dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, combien ils attachent de prix à la recommandation de ce vénérable prélat.

Pendant notre séjour, nous avons fait la connoissance d'un prince Bekowitz, seigneur Tartare, arrière-neveu du prince du même nom, qui périt si malheureusement dans l'expédition de Khiva, au commencement du siècle dernier. Il est frère d'un prince Bekovitz, aide-de-camp du général Yermoloff, que j'avois connu à Tiflis; il possède d'immenses domaines et de nombreux haras.

L'air de Kizlar passe pour malsain: on compte toujours un assez grand nombrede malades parmi la garnison; mais les Arméniens, plus acclimatés, et dont le régime alimentaire est plus approprié au pays, ne paroissent pas se ressentir de l'influence du climat. La ville étoit peu sûre il y a quelques années : des montagnards traversoient fréquemment le Terek, et venoient la nuit environner une maison isolée, et en enlevoient les habitants, qu'ils ne rendoient ensuite

que contre une forte rançon.

Pendant mon séjour à Kizlar, nous fûmes invités par Mme Taroumoff, veuve d'un ancien major dans le civil (1), à aller passer quelques jours à sa terre, située à vingt-cinq werstes de la ville. Pour y parvenir, il fallut d'abord traverser sur un bac un des bras du Terek, ensuite des terres sablonneuses plantées de quelques saules, et nous parvinmes à un village habité par des Arméniens, qui s'occupent de la pêche et de l'éducation des bestiaux; de là, après une heure de marche, nous arrivâmes à Taroumoff, sur la droite d'un des bras du Terek, dont les eaux étoient accrues depuis deux jours, et nous eûmes beaucoup de peine à le traverser à gué. Nous fümes reçus de la manière la plus aimable par la veuve du major, femme douée d'assez de fermeté de caractère pour s'être décidée, jeune encore, à passer sa vie dans une immense terre, sans cesse exposée aux incursions des montagnards, et où elle couroit le risque d'être assas

(1) En Russie, dans l'administration civile, on a des grades comme dans le militaire. Ainsi, un juge jouit du rang de capitaine, et en porte le titre; un président est colonel. J'ai vu le général Trigouboff, qui avoit long-temps fait la guerre, exercer à Odessa la place de président du tribunal de commerce, et l'administration de la douane de Taganrog étoit confiée à un Grec, M. Makedonski, long-temps officier de la marine impériale.

Les paysans

sinée ou d'être emmenée captive dans le Caucase.

La population de son village est de cent soixante-dix hommes, et de deux cent trente femmes. La mortalité y est d'environ trente personnes par an : mortalité effrayante sur une population de quatre cents åmes. La disproportion si grande qui se trouve entre les hommes et les femmes prouve que c'est surtout sur les premiers, assujétis à un travail fatigant, dans des terres basses et malsaines, que frappent les maladies.

de Mme Taroumoff sont divisés en deux classes : ceux qui sont mariés sont les seuls qui consacrent leur temps à l'agriculture; les autres, moyennant le paiement d'une contribution de 24 à 30 roubles par an,

sont libres de gagner leur vie comme ils l'entendent : ce qui leur est très-commode, dans un pays où la vigne et la pêche exigent tant de bras. Ceux qui sont laboureurs peuvent cultiver autant de terres qu'ils le veulent, avec la seule obligation de remettre à leur maîtresse une portion très-modique de leurs récoltes. Quelques-uns donnent leurs soins aux pâturages et à l'entretien d'un haras de cinq cents chevaux, d'un troupeau de cent cinquante bæufs et vaches, et de six à sept cents moutons, la plupart de race kirghize. Ces paysans nesont tenus qu'à trois jours de travail par

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