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Piémontais, long-temps au service de France, colonel du régiment d’Astrakhan , d'aller passer sept ou huit jours à la belle terre du prince Toumin , située à cinquante ou soixante werstes d'Astrakhan. Cette terre est d'une étendue immense. Le prince possède quatre mille chevaux, parmi lesquels il y en a de très-beaux, dix mille boufs et quarante mille moutons. Dans cette contrée très-abondante en gibier de toute espèce, le plaisir de la chasse est un de ceux auxquels le prince se livre avec le plus d'ardeur. La plus amusante est celle des cygnes sauvages avec le faucon et l'épervier. C'est aux Huns, sortis des contrées environnantes, qui, sous la conduite d'Attila, vinrent ravager l'Italie et les Gaules, que nous devons l'usage de la chasse au faucon.

Avant de terminer mon article sur les Calmouks et leur prince, je dirai qu'il existoit, il y a un siècle, à l'embouchure du Terek, sur la mer Caspienne, une ville du nom de Toumin, et qu'elle est aujourd'hui couverte par les eaux.

On estime à environ quatre mille le nombre des Arméniens fixés à Astrakhan. Il étoit impossible qu'une nation aussi intelligente n'eût pas d'établissement dans une ville si bien située pour le commerce. Elle en a profité pour établir de vastes relations avec Orembourg, la

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Perse et toute la Boukharie. Je parlerai ailleurs de ces relations.

En 1812, neuf mille familles nomades de Turcomans, après avoir demandé à l'empereur Alexandre un asile dans ses États, se sont embarqués avec leurs kibitkes.et leurs troupeaux à Kotchak-Koultuk, le point de la rive orientale de la mer Caspienne le plus rapproché d'Astrakhan, et sont arrivés dans cette ville. Quelquesuns y demeurent; le plus grand nombre parcourt les plaines de la droite du Wolga, que l'empereur leur a abandonnées. Cette émigration, dont les exemples sont fréquents depuis quelques années, a été déterminée par la réputation de douceur dont jouit le gouvernement Russe; et, afin d'appuyer cette opinion d'un témoignage qui, dans cette circonstance, ne peut être suspect, je rappellerai que sir Robert Wilson, dans un écrit publié en 1817, dont le but étoit de tirer le canon d’alarme contre la Russie, convient que cette puissance n'impose aucune restriction coloniale aux provinces incorporées, qu'on y jouit de la plus grande liberté religieuse; qu'il n'y existe aucune proscription politique excitée contre les étrangers; que partout la Russie respecte les croyances et les coutumes établies, si elles ne sont pas contraires à

l'humanité; qu'elle ouvre enfin à tous ses nouveaux sujets la carrière des emplois civils et militaires.

Parmi les nations asiatiques fixées à Astrakhan, je dois citer encore les Boukhares et les Géorgiens. Les premiers ont été attirés dans cette ville par le commerce; les autres s'y sont réfugiés à la suite de l'invasion des Persans, en

1795.

On trouve enfin dans cette ville des Grecs, des Allemands, des Polonais, quelques Anglais et des Italiens; mais ils y sont en très-petit nombre. Il faut ajouter à cette population les marins faisant partie de la flotte impériale, et le régiment de garnison (1) d’Astrakhan, composé d'environ douze cents hommes, dont quatre cents sont cantonnés à Kizlar. M. le comte d'Orfingo, de qui j'avois reçu le meilleur accueil, se louoit beaucoup de la discipline qui régnoit dans son régiment, et de la bonne conduite de ses soldats; et cependant, me disoit-il, un grand nombrea mérité d'être condamné à l'exil en Sibérie, et ne m'a été envoyé que par commutation de

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- (1) On appelle en Russie régiments de garnison ceux qui restent constamment dans les villes de l'intérieur, et ne vont à la guerre que dans le cas d'une extrême urgence.

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peine. Il me citoit à ce sujet un fait qui prouve le pouvoir des remords sur un criminel.

Un soldat qui s'étoit distingué par la conduite la plus exemplaire, mais chez qui on avoit toujours remarqué un air de tristesse, vint un jour le trouver, et lui dire qu'ayant commis un crime affreux avant d'être soldat, il venoit lui en faire l'aveu, et le conjurer de le remettre entre les mains de la justice. Le comte, touché de ses larmes et de son désespoir, l'engage à garder son secret, et à continuer à se bien conduire, lui donnant l'assurance qu'il ne feroit à son égard aucune recherche. Le soldat insiste, et, avec l'accent de la plus profonde douleur, lui annonce qu'il a assassiné un pope et volé des vases sacrés, ajoutant que ni Dieu, ni les hommes ne doivent pardonner un pareil attentat. Le comte, après de nouvelles et inutiles représentations, est enfin forcé de le livrer à la justice, dont il subit la sentence avec un courage et un sentiment de résignation qui indiquoient assez qu'il n'étoit pas né pour le crime.

Cette longue énumération des divers peuples qui composent la population d’Astrakhan fait pressentir d'avance les nombreux cultes qu'on trouve réunis dans cette ville.

Les Russes, les Grecs et le peu de Géorgiens qui y sont fixés suivent le rit grec; ils y ont vingtcinq églises. J'ai été témoin des cérémonies qui accompagnoient le service divin à la métropole, le jour de la fête de Pâques. Vladimir-le-Grand, frappé de l'éclat et de la pompe de l'Église Grecque, lui donna la préférence sur l'Église catholique, alors bien foiblement dotée dans les parties de l'Allemagne que les agents du tzar étoient chargés de parcourir pour lui rendre compte de l'état des deux religions chrétiennes, et de le mettre à même de se déterminer dans son choix.

On ne pouvoit assez admirer dans l'église la richesse du costume de l'archevêque, et des vêtements de cette multitude de prêtres qui l'assistoient dans ses fonctions. Leurs longues barbes, ondulées à la manière des anciens, donnoient à leur tête un caractère à la fois grave et religieux; des perles et des pierres précieuses ornoient la mitre, la croix, tout ce qui servoit au culte. La musique étoit admirable, surtout la musique vocale, qui, pour le chant d'église, semble exiger de fortes basses-tailles, comme on les trouve en si grand nombre dans toute la Russie.

Indépendamment de la religion grecque, telle que l'admet le saint synode, il existe en Russie

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