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Après avoir traversé le Kour sur un pont très-ancien qui sépare la ville du faubourg d’Avlabari, et après avoir monté un chemin escarpé pour sortir de la ceinture des montagnes qui entourent Tiflis de trois côtés, on traverse pendant dix werstes un pays plat; on entre ensuite dans des montagnes plus ou moins élevées, dont on ne sort qu'après vingt-quatre werstes de marche.

Toute cette contrée étoit extrêmement aride; le

peu de blé qu'on y voyoit étoit tellement clair-semé, et les épis si maigres, qu'ils valoient à peine les frais de la récolte; quelques portions de ces terres avoient été ravagées par les sauterelles, fléau qui, cette année, s'étoit étendu dans une grande partie des provinces de la Géorgie, et auquel cette contrée est souvent exposée.

A six werstes des montagnes que nous venions de quitter, on trouve deux villages allemands, éloignés d'une werste l'un de l'autre, et situés sur les bords de l'Iori, autrefois le Cambysus, nom sous lequel cette rivière est connue dans les écrivains anciens, et qui lui fut donné par Cyrus, en l'honneur de son père. L'un de ces villages se nomme Pétersdorf; il ne renferme que vingt-sept maisons; sa population est de quatre-vingt-onze âmes. L'autre, Marienfeld, contient trente-une familles, formant ensemble cent soixante habitants. C'est dans ce dernier village que nous nous arrêtâmes.

Les maisons occupées par les colons sont bàties en pierres blanches et tendres et en bois, plâtrées extérieurement; elles sont distribuées d'une manière commode, et presque toutes décorées d'un péristyle à colonnes : elles ont une cour assez grande et des étables. Chaque famille a obtenu trente-cinq disséatines de terres en toute propriété, environ quatre-vingt-dix arpents; les maisons n'ont coûté à la couronne que 125 roubles d'argent, ou 500 francs. Cette avance doit être remboursée au bout de dix ans, sans intérêt : alors seulement les colons seront assujétis à une imposition de 20 copecs par

disséatine, c'est-à-dire

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roubles par propriété: jusques-là ils seront exempts de toutes charges et impositions quelconques.

Avec les avantages attachés à la proximité de la ville de Tiflise

, les Allemands qui composent ces colonies doivent prospérer; mais la première année de leur, établissement la sécheresse a été excessive, et les foibles productions qu'ils ont récoltées ont obligé le gouvernement de la Russie à venir au secours des colons.

L'air du pays occupé par les deux villages est généralement sain; l'eau de l’Iori est très-bonne, et cependant la mortalité a été assez considerable dans le village de Marienfeld, qui a perdu, dans une seule année, onze personnes sur cent soixante. Les renseignements que j'ai pris sur les causes de cette mortalité m'ont prouvé qu'elle n'a tenu qu'à l'ignorance de quelques circonstances locales. Dans tout ce canton, pendant l'été, les jours sont excessivement chauds et les nuits très-froides : cette différence de température détermine des pleurésies et des fièvres pour ceux qui n'ont pas l'attention de prendre des précautions contre le froid. Une autre cause de cette mortalité tient à la nature des eaux de l'Iori, qui, descendant des montagnes du Caucase, couvertes de neiges, sont excessivement froides, et dont l'usage en été est très-dangereux. Les historiens Romains disent que Pompée, étant à la poursuite de Porose, roi des Albaniens, traversa le Cambysus, et que quelques-uns de ses soldats ayant bu de l'eau de ce fleuve pendant la chaleur du jour, moururent victimes de leur imprudence. A Pétersdorf, la mortalité n'a été que de trois sur quatre-vingt-onze; et, avec quelques précautions, les fièvres dont les habitants ont été attaqués eussent pu être évitées.

Parmi les colons de ces deux villages, qui viennent du Wurtemberg, on compte quatre familles hongroises : ces colons sont déjà propriétaires d'un assez grand nombre de chevaux. Leurs vaches sont généralement petites; leurs moutons, de l'espèce qu'on nomme chamtouk, mais dégénérée, sont beaucoup moins gros que ceux de la race primitive. Presque tous ces colons, comme ceux des environs de Tiflis, sont venus d’Odessa, et la superstition a seule déterminé leur demande de translation.

Le voisinage des Lesghis expose souvent les Allemands à se voir enlever quelques bestiaux; mais, grâce aux mesures énergiques adoptées par le

gouverneur général, ils seront bientôt à l'abri de tous dangers.

Nous reçûmes à Marienfeld l'hospitalité chez le directeur de la colonie : c'est un gentilhomme polonais de la Lithuanie.

Les Wurtembergeois ont un moulin sur l’Iori: ils voudroient qu'on appliquàt une partie des eaux de cette rivière à l'arrosement de leurs terres; mais les travaux nécessaires pour y parvenir exigeroient de nouvelles avances, que le gouvernement Russe n'est pas disposé à ajouter à tous les sacrifices déjà faits pour ces colons, et dont jusqu'ici il a retiré très-peu d'avantage.

II

у a à Marienfeld un poste de douze cosaques, destinés en même temps à garantir les propriétés des habitants contre les incursions des Lesghis, et à mettre le chef de la colonie à l'abri du mécontentement que les colons avoient manifesté dans le principe de leur établissement. Ils refusèrent de travailler, prétendant que la Russie n'avoit

pas

tenu les conditions auxquelles elle s'étoit engagée envers eux. Depuis cette époque, ils se sont livrés à la culture avec zèle, et tout annonce un commencement de

prospérité.

Nous partîmes le lendemain, vers neuf heures, de Marienfeld pour Moucravane, camp du régiment des grenadiers de Géorgie, que commande le colonel Yermoloff, parent du général en chef. Pour s'y rendre, on traverse une vallée pierreuse, dans laquelle coule l'Iori.

Le camp occupé par les grenadiers de Géorgie paroît destiné à devenir un jour une ville. Sa situation est à mi-côte, sous un climat salubre, à peu de distance des montagnes qu'habitent les Lesghis. On ne pouvoit choisir un point de défense plus convenable. D'ailleurs il n'est qu'à quelques werstes du chemin qui, de Tiflis, conduit dans la Kakétie, et qu'on se propose de continuer, d'un côté, jusqu'à Der

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