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C'est une tâche qui n'est pas à envier; c'est même un rôle ingrat, considéré sous le point de vue des satisfactions que l'amour-propre fournit à ceux qui sont assez faibles pour subordonner aux impressions d'un sentiment la voix de leur conscience. Comme j'ambitionne peu les jouissances de ce genre, rien ne peut me faire dévier de la ligne que je poursuis, et je regarde comme un accident heureux toute occasion dans laquelle je puis me livrer au sentiment d'être compris.

‘M. Guizot reconnaît que l'esprit anarchique menace la Monarchie Constitutionnelle comme la Monarchie Pure. parfaitement raison, et je crois qu'on peut en dire autant de la République. Ma religion repose sur le symbole de la Conservation. Ce symbole est applicable à toutes les formes gouvernementales et, dans son application, il offre une différ

Il ne faut la chercher que dans le plus ou moins de forces de résistance que renferment les formes de l'ensemble des conditions sous lesquelles est placé un État. permets ici une remarque que je regarde comme essentielle, vu qu'elle exerce une influence directe sur mon jugement.

‘M. Guizot met en regard la Monarchie Constitutionnelle et la Monarchie Pure. Je crois devoir substituer l'expression : “Régime Représentatif" à celle de "Régime Constitutionnel," car toutes les formules gonvernementales reposent sur une base, laquelle a la valeur d'une Constitution. Aussi, M. l'Ambassadeur, n'est-ce pas là que les partis du mouvement trouvent de l'étoffe pour remuer la Société ? Les factions puisent leurs ressources dans l'opposition qu'elles établissent entre le "Système Représentatif moderne et les Régimes Constitutionnels anciens," lesquels admettent la représentation plus ou moins étendue partout où l' “ Aristocratiene forme pas les points de départ et d'arrivée de la Constitution d'un État. Si, pour rendre cette remarque intelligible, il me fallait citer un exemple, j'en trouverais de tout prêts dans notre propre Empire. Il n'offre pas un point qui ne soit soumis à un “ Régime Constitutionnel," quelles que puissent être leurs différences. Or, ce sont ces régimes contre lesquels se meuvent les factions révolutionnaires, soit afin d'introduire le système de la “Monarchie Représentative moderne,” soit pour y substituer la "République Fédérative" ou la “République Une et Indivisible.

'Je demande pardon aux lecteurs de la présente dépêche des corollaires qui peuvent résulter de ces remarques ; mais je tiens à ma définition, car c'est tout juste sur ce terrain qu'il faut chercher la source de bien des erreurs, dont tous les partis savent faire leur profit. Deux Écoles, si je puis me servir de cette expression, renferment aujourd'hui les éléments

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de perturbation les plus actifs : l'une, c'est l' « École Anglaise," l'autre, l' “École Américaine."

'Personne, plus que moi, n'est dans le cas de saisir davantage cette vérité, et cela, par la raison que ma conscience gouvernementale est éminemment "Constitutionnelle" et que, par cela même, je suis journellement dans le cas de combattre les influences des deux Écoles que je viens de vous signaler.

'Ceci établi, je n'hésite pas à abonder dans le sens de M. Guizot: Que, sans se perdre dans un examen minutieux des avantages qu'un régime peut avoir sur un autre, tous ont un besoin égal du triomphe de l'esprit de conservation sur celui de l'anarchie,* quelle que soit la couleur que celui-ci arbore; et cet aveu renferme à la fois la clef de ma politique. Cette marche n'a certes rien de commun avec l'idée de la “séparation des Monarchies en deux camps politiques " ; et ceux qui, à cet égard, mettraient en doute notre pensée, non-seulement ne la comprendraient pas, mais prouveraient qu'ils sont aveugles.

6" L'Entente Cordiale" ne nous a jamais causé un instant de souci. Prise au point de vue " politique," je lui trouve un avantage négatif, parce qu'elle fait taire des rivalités qui, autrement, risqueraient de s'entrechoquer. Sous le point de

"moral," cette Entente renferme un élément de paix, et, n'est-ce pas cet élément qui gêne le plus les factions ? Moi, qui non seulement ne suis pas opposé à cet élément de paix, mais qui suis moi-même établi sur ce terrain, j'ai donc la conscience tranquille et je désire que celle du Chef du Cabinet français le soit à un égal dégré, quant à l'application que nous faisons de l' “Entente Cordiale" à l'égard de tous ceux qui savent comprendre. Parfaitement d'accord avec les deux premières conditions de la vie sociale, ce ne saurait être que sur des questions de détail qu'une divergence pourrait s'élever entre M. Guizot et moi. Eh bien, M. l'Ambassadeur, je ne crois pas courir le risque de me tromper en admettant que tel n'est pas en réalité le cas.

* Albert Sorel justly says ('Essais d'histoire et de critique, Metternich,' p. 19):

Il [Metternich] condamnait avec une même sévérité et un égal dédain les hommes qui provoquaient l'anarchie et ceux qui s'efforçaient de diriger la Révolution, ne faisant guère de différence, au point de vue des principes, entre la Constitution de 1793 et la Constitution anglaise, détestant le système parlementaire plus peut-être que les Carbonari, et déclarant la politique des doctrinaires de Paris plus dangereuse que le radicalisme.' And in support of this judgment Sorel adds the following note, which he borrows from Metternich himself: "J'aurais préféré Robespierre à l'abbé de Pradt, disait-il. Il trouvait qu'au début de son règne Charles X penchait dangereusement du “ côté gauche," et il écrivait en 1828 :

“ La France et l'Angleterre peuvent être regardées comme n'ayant pas de gouvernement,"?

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* Passant rapidement en revue les questions spéciales à l'égard desquelles, tout en étant d'accord quant aux "vues et aux "voeux," nos "impressions” pourraient néanmoins différer. M. Guizot fait en premier lieu mention des positions espagnoles. Il admet que je puisse regarder le parti Carliste comme plus fort en Espagne qu'on ne le juge à Paris, et il comprend que nous placions notre pivot politique dans ce parti, tandis que la France le cherche ailleurs, tout en voulant aussi fortement que nous la fin de l'état révolutionnaire. Le jugement que nous portons sur la situation des partis en Espagne, a besoin de quelques développements. Ce n'est pas le parti Carliste, en autant qu'il soit lié à la personne de don Carlos, que nous avons jamais regardé, et qu'aujourd'hui moins que jamais nous serions disposés à regarder, comme le plus fort. C'est le parti Royaliste, coupé en deux fractions, que nous regardons comme le plus fort, si l'on parvient à faire cesser le schisme et si la force réunie de ces deux fractions est mise en opposition avec la force du parti Radical.

· L'Espagne est royaliste; et le Carlisme, si tant est que don Carlos ait personnellement encore des partisans, est une fraction du parti Royaliste. Telle était indubitablement la disposition d'esprit de la nation espagnole; nos vœux et nos efforts n'ont cessé de tendre, dans l'intérêt de la pacification de ce malheureux royaume, à amener la fusion des deux partis royalistes. Notre position n'a pas changé, et l'avenir, nous en nourrissons le sentiment intime, ne nous donnera pas tort. Le seul moyen calculable de rétablir la paix en Espagne se trouve dans l'union de la fille de Ferdinand VII avec le fils de don Carlos. Tout ce qui se fera en dehors de ce moyen perpétuera les troubles ou les fera revivre à la première occasion opportune, même dans le cas où on croirait pouvoir se flatter d'avoir assis la paix sur une autre base.

L'Autriche n'a aucun intérêt, à elle propre, à se faire valoir dans la Péninsule Ibérique. Notre unique désir, c'est que le repos intérieur s'y rétablisse et que ce Pays cesse d'être une cause d'irritation perpétuelle pour les États que leur position géographique met en contact plus particulier avec lui. Toute la correspondance du Cabinet de Vienne fait foi que jamais nous n'avons entendu prendre en considération les Affaires d'Espagne sous un point de vue de personnes. Ce point de vue est, à notre avis, du domaine du pays lui-même, tandis que l'Étranger n'a à s'occuper que des conditions de paix intérieures autant qu'à la longue elles sont inséparables de celles de la paix politique. Nous resterons fidèles à cette religion.

"Quant à l'Italie, je nourris la pleine conviction qu'entre

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les deux Cabinets il n'existe pas de différence dans les sentiments. On dit vouloir à Paris ce que nous voulons à Vienne, c'est-à-dire ni plus ni moins que le maintien de l'indépendance des divers États qui composent la Péninsule, indépendance qui ne peut être assurée que par la tranquillité intérieure de ces États. Ce qui est arrivé à la suite des premières ouvertures que nous avons naguère adressées à Paris a constaté la justesse de nos convictions à ce sujet.

• Comme il saute aux yeux que des bouleversements en Italie rejaillissent nécessairement sur les deux grandes Puissances voisines, il est évident que deux Cabinets qui réfléchissent n'iront pas compromettre tant de graves intérêts pour complaire à une bande d'expulsés, d'émigrés volontaires à l'intérieur, ou à l'extérieur, d'idéologues ou de coureurs d'aventures. Ce n'est pas en Italie qu'il faut de nos jours chercher l'art de gouverner.

Le courage nécessaire pour attaquer n'y existe pas davantage. Les Puissances bien avisées doivent se borner à remédier, suivant leurs facultés, aux maux existants. La faute, la plus grande que pourraient commettre ces Puissances, serait de puiser ces remèdes dans des vues fausses à leur essence et dont l'effet serait désastreux.

‘En résumant ce long travail j'arrive à une conclusion bien rassurante : c'est, qu'au fond, entre la marche de l'esprit de M. Guizot et celle du mien, il n'existe aucune différence essentielle. Nous partons des mêmes principes, nous visons au même but, et, si quelque divergence devait se montrer sur des termes intermédiaires entre le point de départ et celui de l'arrivée, il ne saurait être difficile pour nous de nous entendre. M. Guizot n'est pas un propagandiste; moi, de mon côté, je n'appartiens pas à cette classe d'esprits étroits qui ne savent pas porter leurs regards au delà des limites restreintes d'une idée qui, pour être fixe, n'en est que plus privée de toute application pratique. Je suis toujours prêt à faire la part aux positions données. Que M. Guizot nous attende toujours là où il est sûr de nous trouver et qu'il soit bien convaincu, qu'à mon tour je saurai le rencontrer.*

* When he penned these lines, Metternich certainly did not imagine that, within four years, he would meet Guizot in person, although involuntarily. Flying before the Revolution, the Austrian Chancellor and the minister of Louis Philippe both found themselves as refugees in London. But, as Albert Sorel remarks (op. cit., p. 6: 'Ni l'abdication du souverain dont il avait été le guide, ni sa propre chute, ni son exil ne parvinrent à troubler un instant l'impassible suffisance du prince. .. En 1848, raconte Guizot, pendant notre retraite commune à Londres, il me dit avec un demisourire qui semblait excuser d'avance ses paroles : “ L'erreur n'a jamais approché de mon esprit.” Ces mots prononcés sur une pareille scène, cette déclaration et ce jeu de physionomie, ce fond inébranlable d'orgueil et ce Vol. 233.—No. 463.

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Veuillez lui donner lecture de la présente dépêche et le prier, de ma part, de me pardonner le temps que lui coûtera cette lecture. Si tout ne me trompe, elle ne fera que lui confirmer ce qu'il sait déjà. • Veuillez, etc., etc.

METTERNICH.' The year 1844 and the earlier months of 1845 passed without any cloud arising to disturb the harmony between the two courts, or any serious controversy occurring to disturb the amicable relations that existed between the two great statesmen who were at the head respectively of the cabinets of Vienna and the Tuileries. For all this, however, neither had ceased to follow the line of policy he had laid down for himself in regard to Spain, or to continue the campaign he was leading, in connexion with the Spanish Marriages, in favour of the candidate on whom his choice was fixed. They were, moreover, still far from seeing eye to eye in regard to Swiss affairs, or from attributing to them the same degree of gravity. In all this, however, there was nothing of a nature to bring about, still less to justify, the communication, as brutal as it was unexpected, that Metternich thought fit to make to Charles Albert, or to excuse the haughty language, full of bitterness and perfidy, but above all hostile to France, to which Count Mortier, the French ambassador at Turin, had every reason, in his dispatch of July 15, 1845, to call the attention of his minister. The step taken by the old Marshal de la Tour, at the instigation of Metternich, must, indeed, have been all the more surprising to M. Guizot and the French Government from the fact that there had been nothing in the reports that had been received from Vienna by the Ministry of Foreign Affairs to lead any one to anticipate any development of this kind or such a violent explosion of bad temper. Count Mortier's dispatch to Guizot runs as follows:

Turin, le 15 juillet 1845,* 6 Monsieur,

Je vous ai entretenu dans ma correspondance de la composition du personnel de la Légation d'Autriche. Je

sourire, concession dédaigneuse, politesse ironique à l'évidence des faits et au bon sens vulgaire-voilà bien Metternich tel qu'il fut dans la réalité et tel qu'il se présente lui-même à l'histoire.'

* «Turin,' vol. 318, Direction Politique,' No. 53, fo. 66-9.

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