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vous ai dit que le comte de Buol, qui était revêtu du titre d'Envoyé Extraordinaire et Ministre plénipotentiaire, servait platôt au Cabinet de Vienne pour la représentation que pour les affaires. M. de Metternich confie au baron de Meysenburg,* Conseiller de la Légation Autrichienne, celles qui, par leur nature, sont délicates et difficiles à traiter. Je viens d'en acquérir la certitude par un fait qui a quelque intérêt pour nous et que je vais rapporter à Votre Excellence.

Vous savez le rôle considérable que M. le Maréchal Comte de la Tour a joué en Piémont lors du mouvement révolutionnaire de 1821. La manière dont il l'a combattu lui a valu de devenir le personnage le plus important de la Monarchie Sarde. Chose étrange, mais qui s'explique cependant assez par la conversion du Prince de Carignan devenu Roi, M. de la Tour est resté très influent sous le règne de S. M. Charles-Albert. Bien que son âge l'eût forcé à se retirer des Affaires, il est encore consulté aujourd'hui sur toutes celles qui ont de l'intérêt, même lorsqu'elles ne sont point discutées en Conseil d'État dont il est Président. Il est aussi le seul personnage qui, chaque jour et à toute heure, puisse entrer chez le Roi. D'ordinaire, il passe chaque matin une heure ou deux chez son Souverain, qu'il a l'habitude d'entretenir d'affaires de toute nature. Les évènements de 1821 ont mis M. de la Tour dans des relations suivies avec le Chancelier autrichien, et depuis que le maréchal piémontais, par sa propre volonté, a quitté le Ministère des Affaires Étrangères, M. de Metternich, qui n'ignore pas qu'il a conservé une grande influence, lui fait lire de temps à autre par ses Agents de ces longs factums dont il est si prodigue pour maintenir ses amis et ses partisans dans ce qu'il appelle "la ligne des bons principes."

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'Je ne sais si dernièrement le Chancelier autrichien a eu des craintes de voir diminuer son influence sur le Cabinet de Turin ou s'il a trouvé qu'il se montrait disposé à s'écarter de cette ligne de quasi-hostilité qu'il avait adoptée vis-à-vis de nous en 1830 et dont il s'est peu éloigné jusqu'à présent; toujours est-il que M. de Metternich-je tiens ce renseignement de bonne source-a adressé, il y a environ trois semaines, un Mémoire à M. de Meysenburg avec ordre d'en donner lecture à M. le Maréchal de La Tour, afin que celui-ci voulût bien faire une démarche vis-a-vis du Roi Charles-Albert dans le sens des conclusions du Chancelier autrichien. Le but de sa longue

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* Meysenburg had been for some years one of Metternich's confidential

At the period, indeed, when the Chancellor sent Count Edward Woyna to St Petersburg, he wrote to the latter, on July 10, 1841 : Vous vous entendrez sur toutes choses avec M. de Meysenburg, qui est un homme de grand sens et qui connaît la Russie, et vous irez bien ensemble.' * In the margin the following words are written in pencil: .M. de Metternich fait ici son rôle d'intrigant.'

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phraséologie était de prouver que: “La Politique de la France n'avait aucune consistance, qu'on ne devait pas s'y fier, que tout, chez nous, était éphémère et passager, en un mot, que les Puissances, situées et organisées comme la Sardaigne, devaient scrupuleusement s'attacher à éviter de se lier avec un Gouvernement, dont la base et les principes étaient révolutionnaires."

"Ce langage était calculé pour faire impression sur le vieux maréchal. C'est un homme modéré par caractère et appréciant très bien une situation politique, surtout celle qu'a acquise la France, sous le point de vue de la stabilité, depuis 1830. Cependant il est souvent entraîné à conclure contre nous par l'habitude qu'il a eu pendant nombre d'années de nous combattre dans les armées autrichienne et anglaise,

'Quoiqu'il en soit, M. de La Tour à fait auprès du Roi Charles-Albert la démarche désirée, et je crois être très certain que Sa Majesté Sarde s'en est montrée peu satisfaite et s'est refusé à prendre des demi-engagements contre nous. Elle a laissé entendre dans sa réponse qu'Elle voulait conserver Son entière indépendance et ne subordonner Sa politique qu'aux convenances et aux intérêts de Son Pays.

'Si ce que je viens d'avoir l'honneur de faire connaître à Votre Excellence n'a rapport à aucun fait particulier, je n'en ai pas moins cru devoir informer le Gouvernement du Roi, car la démarche du Chef du Cabinet autrichien me semble prouver deux choses : la première, qu'il est effrayé du terrain et de l'ascendant que nous pouvons reprendre en Europe ; la seconde, que “la calomnie et les moyens détournés sont bons pour M. de Metternich lorsqu'il s'agit de combattre ceux que, dans le même moment, il caresse probablement.'

The manoeuvre had been skilfully planned, for nobody, as Count Mortier had so justly remarked, had more influence on the mind of Charles Albert, or enjoyed more consideration on his part, than the old Piedmontese Marshal. Nevertheless, the scheme failed; and it failed because the Austrian chancellor, notwithstanding all his finesse, had not succeeded in deciphering the character, so complex, so engaging and so enigmatical, of the monarch who was still il Re Tentenna. Metternich had perceived that the King had two defects-ambition and weakness; but he had not remarked that in Charles Albert distrust had become second nature. The earnest communication that had been sent to him consequently

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had the effect of putting the King on his guard against the projects with which his uneasy and suspicious mind had already credited Austria. It is important, moreover, to observe that Metternich, wishing to have as many trumps as possible in his hand, and forgetting—at least for the time being--the profound dissatisfaction which the attitude of France had given him in connexion with the negotiations concerning the Spanish Marriages, did not overlook the importance of guarding himself from the rear, of putting Guizot on a false scent and of reassuring himself as to his intentions. Refined hypocrite that he was, he took advantage of the first occasion that offered —which he had no difficulty in himself providing-to fascinate and blind Guizot by his protests of friendship and admiration.

After beginning, in the dispatch which he addressed on July 19, 1845, to Apponyi, by criticising, even somewhat severely, certain passages in the letter from Guizot to Eugène Périer, chargé d'affaires at Vienna * (which Marescalchi was ordered to read to him), he took special care to terminate his instructions with the following very characteristic recommendation : Veuillez donner connaissance à M. Guizot de cette explication de ma pensée. J'aime beaucoup à lui parler, car il sait comprendre, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. 'Safe bind, safe find'; and Metternich knew this better than anybody. We may also permit ourselves to believe that, not having the slightest shadow of a doubt as to the impression that would be produced on the cabinet of the Tuileries by the reply and the attitude of Charles Albert, he hoped in this way to forestall any demand for explanations, which could not have failed to be annoying to him, and, by flattering and reassuring Guizot, to lead him to relinquish the idea of entering into, or continuing, any intimate conversation with Turin.

J'ai remarqué,' he wrote to Mortier from Paris on July 31, 1845,6 in reply to his dispatch of the 15th of the same month,

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* Périer had fallen ill, and had, in consequence, entrusted to Count Marescalchi, then secretary of legation, the duty of communicating to the Chancellor the note he had received from the department.

† Turin,' vol. 318, Dispatch No. 36 (in cipher), fo. 83.

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ce que vous me mandez au sujet de la communication que le Prince de Metternich a cru devoir faire au roi Charles-Albert par le canal du comte de La Tour sur les craintes que, selon lui, la situation de la France serait de nature à inspirer à l'Europe. L'accueil fait par Sa Majesté Sarde à cette communication semble indiquer qu'Elle a su l'apprécier à sa juste valeur. J'aime à espérer qu'Elle continuera de repousser avec la même sagesse toutes les insinuations malveillantes qu'on lui adressera contre nous. .

Skilled politician as he was—'homme d'expédients plutôt qu'homme de principes '--Metternich had meanwhile recognised that he had taken the wrong path, and felt that he was greatly in danger of finding the ground on which he had advanced sink from under him. It was necessary to hush up the matter, in order to prevent it from rankling and assuming such proportions that it might become dangerous. More than a past-master in the art of adapting his conduct and his language to the needs of the moment, he renounced the brutal method, which had not given him the results he desired, and changed his tone. Friendly counsels and recommendations took the place of what had appeared severe in his orders. He thus tried to minimise the consequences his communication might have, and to take away the aggressive and comminatory character it had in reality.

Depuis ce que j'ai mandé au Gouvernement du Roi relativement à la communication que M. de Metternich a cru devoir faire au Roi Charles-Albert par

le canal du Comte de La Tour (wrote Mortier to Guizot on Aug. 13, 1845),* j'ai appris de la même source que la communication du Chancelier d'Autriche avait surtout pour but d'engager le Cabinet de Turin à ne point adopter les propositions que nous pourrions lui faire directement, ou que nous chercherions à faire écouter d'ailleurs, relativement à la situation de la Suisse. Je ne crois pas inutile d'ajouter ce renseignement à ceux que j'ai déjà transmis à Votre Excellence.'

Incontestably useful at the time when Mortier trånsmitted it to Paris, this information is far from having lost any of its value to-day. Thanks to these few lines, we have, in reality, one more proof of the extraordinary facility with which Metternich decided to change front,

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* Turin,' vol. 318, No. 60, fo. 90.

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and of the remarkable suppleness with which he knew how to bring the manifestations of his ideas and the aims of his policy into line with the progress of events and the exigencies of the moment. I would not, certainly, go so far as to assert that Metternich's attention had not been closely directed to the turn taken by events in Switzerland at that period, to the emotion that they had caused in Turin, to the attitude adopted by the cabinet of the Tuileries in regard to Spain and in the question of the Spanish Marriages, even to the situation of France and the state of mind there; but I none the less persist in thinking, basing my opinion in this regard on the correspondence and the Memoirs' of the Austrian chancellor, that he acted as the result of quite other preoccupations; and that it was due to political co siderations of a very different nature, although at least as serious, that he was driven to denounce France at Turin and to recommend King Charles Albert not to se lier avec un Gouvernement dont la base et les principes étaient révolutionnaires.'

He pursued, in reality, quite another object when he invited Marshal de La Tour to act as his spokesman. He feared above everything to see the conclusion between France and Sardinia of a pendant to the 'monstrueuse jonction' which had already-momentarily, it is true, but twice in succession-brought together the cabinets of the Tuileries and St James. His acts were inspired, his ideas were haunted, by the danger that might be caused to the realisation of his projects by what I may call “la Contagion de l'Entente Cordiale. It disquieted him to such an extent, this · Entente Cordiale,' that from the month of August 1844, until the end of October 1845, he returned time after time to this question of an accord which, if it came to be established on solid and lasting foundations,* would deal a terrible blow, perhaps a

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* •Il n'est pas douteux,' wrote Talleyrand a long time previously, in the dispatch which he addressed to the Duc de Broglie from London, on Feb. 11, 1833, 'qu'on cherche par tous les moyens de désunir la France et l'Angleterre. ... Il ne faut voir dans tout ceci [the intrigues of the cabinets of Vienna and Berlin against the British government] que ce qui y est vraiment, c'est-à-dire l'humeur qu'on éprouve à Pétersbourg, à Vienne et à Berlin de ce que s'affermit chaque jour davantage une alliance qui place la France et l'Angleterre à la tête de l'Europe et qui, en assurant le maintien de la paix générale, ôte tout espoir de former des coalitions.'

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